Oooh, Nadia, Nizar,… attendez-moi, faut que je fourre mon nez dans ce qui ne me regarde pas. Au fait je n’ai pas compris.

Reprenons la polémique. Le week-end dernier l’Economiste a publié un dossier alarmant intitulé « FINANCES PUBLIQUES: UN SÉISME À 9,2% » (les Majuscules ne sont pas de moi mais d’eux) . Comme quoi la Loi de Finances table sur un déficit de 75 milliards ce qui ramène le ratio par rapport au PIB à 9,2% et non comme 5% annoncé lors du vote de la dite loi. Et comme quoi on nous ment et toutes ces choses-là. 

Suite à quoi le ministre des finances est monté au front dans un communiqué menaçant « Ces projections erronées et ces déductions fausses ne sont pas basées sur les indicateurs réels de la conjoncture économique nationale des cinq premiers mois de l'année en cours… le déficit sera maintenu à 5%, soit le niveau prévu dans la loi de finances 2012. »

Troisième séquence, dans un édito très bizarre, de l’Economiste d’aujourd’hui, Nadia Salah se rétracte sans vraiment se rétracter. Personnellement je n’ai pas trop compris si elle est toujours à 9,2% ou plutôt 5%. Mais le ton de l’édito, et le malaise qu’il dégage, m’a poussé à y regarder de près.

Au fait d’où vient le déficit de 5% annoncé par le gouvernement ?

C’est facile à calculer, tout est agrégé dans le Rapport économique et financier accompagnant la Loi de Finances 2012 et qui a été présenté devant les deux chambres du Parlement. On va le calculer ensemble.

On a besoin du PIB, extrait du rapport :

Et on a besoin du déficit (dernière ligne – solde du budget)

Après le calcul est simple

On retrouve nos 6,1% de 2011 et les 5% prévues en 2012.

Et d’où vient le « séisme » à 9 ,2% de l’Economiste ?

Je n’étais pas présent avec la journaliste qui a écrit le dossier, mais je peux deviner ce qui s’est passé.  Début de la semaine dernière, notre journaliste, a reçu le « Bulletin Mensuel de Statistiques des Finances Publiques - Mai 2012 »   . Comme c’est une bonne journaliste, elle a regardé de près les chiffres élaborés par la Trésorerie Générale du Royaume:

Quelque chose a attiré son attention, à juste titre, ce sont les 75 milliards de dirhams de déficit affiché dans la colonne LF 2012. Autrement dit selon les prévisions de la loi de finances le déficit atteindrait 75 et non 43 milliards. Il ne s’agit pas ici des réalisations, qui bien entendu varient en fonction de la conjoncture, mais des inscriptions dans la LF.

Alors elle a refait le calcul, en réactualisant la croissance du PIB (3,4 % au lieu des 4,2 %):

D’où le « séisme » à 9,2%. Et au fait elle a aussi raison.

Comment expliquer ce gros écart ? Prenons par exemple les charges de la compensation. Les crédits qui y sont destinés sont au montant de 46,5 milliards. 32,5 destinés à la compensation des prix et 14 milliards destinés à « l’apurement des arriérés de compensation au titre de l’année 2011 ».

Le gouvernement Benkirane ne prend pas en compte les 14 milliards dans son calcul de déficit car il estime que ce n’est pas imputable à son exercice. Le gouvernement El Fassi ne les prend pas en compte non plus dans le déficit de l’année dernière (6,1%) car elle estime qu’il n’avait pas à les supporter car non constatés au cours de l’exercice. Du coup les 14 milliards ne sont pris dans aucun calcul de déficit. Ils s’évaporent par la joie de l’ingénierie comptable !

Nadia Salah, qui aurait pu être diplomate, résume la situation comme suit :

Mais que se passe-t-il dans les données budgétaires, pour qu’on ait un tableau de chiffres en provenance du Trésor, un autre de la Trésorerie générale (qu’il ne faut pas confondre avec le Trésor tout court), un troisième chez le Haut Commissariat au Plan, en attendant celui de Bank Al-Maghrib?

D’abord il faut bien mettre les choses au point: pas de «syndrome grec» chez nous. Autrement dit, le Maroc ne ment pas sur ses chiffres.

Les différences viennent de ce qu’on ne regarde pas la réalité sous un angle unique. Et c’est heureux.

Par exemple, quand le gouvernement a payé en 2012 des dettes de 2011 avec des bons du Trésor, a-t-il soldé ses comptes? Oui, pour la norme comptable; non, pour l’analyse économique. Et quand le gouvernement précédent avait retardé le paiement de ses dettes, son ratio déficit du Trésor/PIB était-il vraiment juste? Le ratio était exact, mais il n’était pas sincère.

Maintenant, bien malin celui qui dira quel est le vrai déficit !