Avec des précautions épistémologiques, nous allons nous pencher aujourd’hui sur le cas des baltajias marocains. On excusera l’abus du langage, on aurait pu les appeler Chmakriyas ou « mouvement 20 dirhams » mais le terme baltajia s’est progressivement installé pour devenir un usage courant.

Purification médiatique

Leur dernière victime ? Les journalistes d’Akhbar Al yaoume, traités de traitres, des exemplaires de leurs quotidien brûlés au bûcher et leur local échappant de peu à une invasion. Mais quel crime a donc commis le journal ? Il est soupçonné de soutenir le mouvement 20 février. C’est que les baltajias adorent la purification médiatique. Que toutes les télévisions publiques, radios privées que la majorité de la presse écrite soient anti-feb20, ça ne leur suffit pas. Le plébiscite et rien de moins, c’est leur vœu le plus cher. Aux pieds la presse ! Toute la presse !

Purification médiatique : les journaux au bûcher !

A quelque chose malheur est bon. Cette attaque a permis au moins à certains de se rendre compte de la gravité des agissements de ces bandes ou du moins prouver qu’elles existent vraiment.
Mai 2011. Pour arrêter les manifestations du mouvement 20 février, l’Etat marocain a mobilisé ses forces et diverses unités de répression dont certains on en ignorait jusqu’à l’existence, pour matraquer violemment les manifestants. Près de Témara et à Sbata, les images de la répression sont d’une violence insoutenable. Elles font le tour du monde. Les missions diplomatiques à Rabat font comprendre au pouvoir marocain que ces méthodes sont nuisibles à son image, la seule qui compte. Changement de tactique, les élus locaux et les agents d’autorité sont priés de mobiliser des « civils » présentés comme de simples citoyens pour faire le boulot à la place de la police d’Etat , attendu que les démons de cette dernière la poussent à réprimer de temps en temps par intermittence. C’est ainsi qu’on a assisté à une drôle de répartition de rôles entre blatajias payés à la tâche et forces de l’ordre fermant les yeux, dans une indifférence totale alors que des actes de violences sont commises souvent devant ses yeux.

Au début c’était moul Chakor

Début de la saison de machettes



C’est Moul Chakor (le type à la hache) qui donna en premier visage médiatique au mouvement des baltajias. L’image est insoutenable, un type exhibant une hache à la main s’adresse aux manifestants 20 février et promet de les brûler vives. La vidéo a été depuis été supprimé de youtube pour « représentation d’activités dangereuses » et bien qu’il ait été identifié, le type à la hache ne sera jamais inquiété par les autorités malgré son appel au meurtre.
A sa décharge il aurait changé d’avis après une rencontre avec des jeunes 20 février, se déclarant même pour le mouvement ! Mais le fait est là : pour peu qu’il s’agisse des manifestants 20 février, vous pouvez appeler au meurtre des manifestants sans jamais risquer une poursuite. Une jurisprudence est née !

Des bandes armées

Progressivement commence à s’installer dans le paysage des bandes armées (parfois à la hache) qui se déplacent sur des moyens de transports spécialement affrétés pour eux et exécutent la mission qui leur est donnée : intimider le manifestant 20 février, quitte à l’agresser physiquement en totale impunité.

Ceci n’est pas une fiction de mauvais goût

C’est ainsi donc que le port des haches et des matraques est légalisé du moment que les criminels portent le drapeau national et la photo du roi et se proclament défenseurs du trône. Ils blesseront, agresseront beaucoup de manifestants sans qu’il y ait jamais une seule poursuite judiciaire contre eux. Pas une seule.

Extension du domaine de  baltajisme 

Captures de "guerre"

Progressivement la légalisation des délits et des crimes s’entend à la « capture » des manifestants et au vol de leurs téléphones. L’impunité est devenue dans les habitudes au point que les baltajias ne se gênent pas d’exhiber leurs « faits d’armes » sur Internet avec la conscience  qu’ils ne seront jamais inquiétés.




Comme qui dirait du cannibalisme

lâché de ...

La routine s’installe… à chaque manifestation 20 février, un bus ou un utilitaire de transport ramène des bandes de blatajias  souvent des adolescents dans un état second qui, devant les forces de l’ordre, insultent caillassent et agressent les manifestants. Leur moment préféré : à la fin des manifestations quand ils peuvent prendre les activistes un par un les passant à tabac et quand ils s’adonnent à une véritable chasse au manifestant 20 février.
Autre scène terrible quand ils commencent à crier « tal9ouna 3alihoum tal9ouna 3alihoum » (lâchez nous sur eux [Pour qu’on les agresse], lâchez nous sur eux [Pour qu’on les agresse])  . Pour tous ceux qui ont vécu cette scène, régulière, la première chose qui vient à leur esprit est ce mot : cannibalisme.



Fanatisation




Les insultes ont fusé



Triste époque où des baltajias incapables d’aligner deux phrases s’en prennent dans la rue à un militant comme, Abdelhamid Amine, 67 ans,  grande figure des droits humains  au Marocain. A la présidente de l’AMDH, et aux membres du bureau central de l’association marocaine, essayant de les forcer à dire « Vive le roi ».


Et c’est de ces tentatives d’intimidation qu’est né le slogan « vive le peuple ». Lassés de la simplification de la donne politique et de l’intimidation des activistes marocains visant à les forcer à dire « vive le roi », les manifestants du mouvement 20 février y ont répondu par un « vive le peuple » qui sera scandé  dans chaque manifestation à chaque fois que les baltajias se manifestent.

Parmi les moments les plus pénibles vécus par l’auteur de ces lignes,  un sit-in organisé la veille du referendum à Rabat où la haine d’une foule fanatisée,  ramenée dans des bus publics, dépassait l’inimaginable. Isabelle Mandraud, du monde, était parmi nous ce jour-là, elle racontera plus tard :


Le malaise vient aussi de ceux que les manifestants nomment, comme en Egypte, les baltaguis, des provocateurs partisans du pouvoir. La veille du vote, à Rabat, Le Monde a pu constater que les manifestants du Mouvement du 20 février, guère nombreux au demeurant, ont été encerclés et menacés par une foule haineuse venue en bus, équipée de sonos et vêtue de T-shirts rouges. Des hommes portaient un faux cercueil sur lequel figuraient, barrées, les photos des principaux animateurs du 20 février. En face, les manifestants brandissaient des billets, façon de démontrer que leurs agresseurs étaient payés. Les insultes ont fusé, les coups aussi et les militants du 20 février n'ont dû leur survie qu'aux forces de sécurité.

Dans une lettre ouverte adressée le 6 juillet au ministre de l'intérieur, Abdelhamid Amine, membre de l'Association marocaine des droits de l'homme et figure bien connue de la gauche radicale, a décrit ces incidents. "On a permis à ces baltaguis, devenus pratiquement des forces auxiliaires, non officielles (...) de traiter les militants de vendus, d'ennemis du roi, d'athées, de mangeurs du Ramadan, de prostituées, d'homosexuels..." Des débordements qui se sont produits ailleurs d'autant plus superflus que le oui était assuré de l'emporter.



Le bureau politique des blatajias


le chef du bureau politique reçoit les consignes


« L’alliance Royaliste » est le bureau politique des baltajias, c’est elle qui a fixé dès le 9 mars la doctrine de leur mouvement  basé sur deux principes :
  • 1-    Au lieu de manifester pour défendre ses idées, il faut plutôt aller empêcher les autres de manifester pour défendre les leurs
  • 2-    Simplifier à l’extrême le débat institutionnel sur la démocratie, la séparation du pouvoir et la réforme de la constitution. Et le réduire à une question « êtes-vous pour ou contre le roi ? ».
Drôle d’alliance royaliste qui non seulement veut être plus royaliste le roi mais qui a essayé d’engager le pays dans un débat dangereux sur la personne du roi au lieu de ses prérogatives et ses pratiques comme le veut feb20. Alliance qui de surcroît  a de drôle d’encadreurs démasqués par la chaine de télévision TV5



Un baltaji nommé Taliyani





Ceci est une « victime »


Le mec en photos s’appelle Mohamed dit Hamouada. Il est connu sous le surnom  « Taliyani »  (l’Italien). Il se revendique « Représentant de la communauté marocaine en Italie » et en son nom il dit oui à la constitution. Il est connu des manifestants 20 février à Casablanca, par ses gestes obscènes, ses provocations et ses tentatives d’agression à l’encontre des militants du mouvement.
Et c’est ce baltaji , au profil peu glorieux,  qui est à l’origine de la plainte contre Moad Lhaqed l’accusant de coup et blessures.   Depuis plus de trente jours, le rappeur du mouvement 20 février est en prison dans l’attente du procès. Taliyani quant à lui on l’a vu il y a neuf jours en plein action à Hay mohamedi, fidèle au poste, entrain de provoquer les manifestants lors de la marche du mouvement 20 février. Le lendemain il s’est présenté enfin auprès du juger pour faire sa déposition. Pendant   plus de trois semaines le tribunal était incapable de la convoquer laissant croupir Moad Lhaqed en prison. En racontant ça, on résume tout.

Et pour finir

A nos amis anti-« 20 février ».  Je ne fais pas d’amalgame entre baltajias et ceux qui sont contre le mouvement.  La plus grande insulte faite aux antis -« 20 février », et croyez bien que j’en ai dans ma petite famille et parmi mes amis proches,  ce sont ses pratiques venant d’un autre temps condamnables sur le fond et sur la forme. Vous valez, nous valons tous, mieux que ça.




Ce billet a été écrit avec une pensée particulière pour Moad Lhaqed, pour toutes les victimes 20 février des agressions de baltajias et pour les journalistes d’Akhabr Al yaoume .