Nawa9iss.ma: Les autres chiffres du chômage au Maroc
Par Larbi. jeudi, septembre 8 2011, 12:30. | Lien permanent.

Le gouvernement Abbas El fassi (tiens on l’avait oublié celui-là !) s’est rappelé au bon souvenir des Marocains en créant un site-web à la gloire de sa grande œuvre.
Il parait que l’avion Maroc a décollé, la crise a été dépassée, et personne n’est au courant. Certes on ne sait toujours pas qui est le pilote vu que Monsieur El fassi a tout fait « conformément aux hautes orientations royales et aux priorités que Sa Majesté le Roi que Dieu l’assiste a définies » (discours de politique générale, octobre 2007). Mais en nihilistes sincères passons.
Ainsi donc le gouvernement exhibe fièrement les chiffres du chômage qui sont tous à la baisse quoiqu’en pense le peuple non-reconnaissant. L’important n’est pas le nombre de chômeurs mais le moral des survivants :
C’est quoi ces chiffres ?
La première chose qui vient à l’esprit est une question : mais d’où ils sortent ces chiffres ? Depuis 1999, les chiffres du chômage et l’emploi au Maroc sont calculés par la « Division des Enquêtes sur l’Emploi » de la « Direction de la Statistique » du Haut-Commissariat au Plan (HCP). A la tête du HCP on trouve un certain Ahmed Lahlimi Alami , de l’USFP (gauche gouvernementale en fin de vie), ancien ministre des affaires générales du gouvernement El Youssoufi (auteur d’un discours dit de Bruxelles) .
Le HCP emploi de bons scientifiques mais il n’est pas une institution indépendante. Monsieur Lahlimi, nommé par le roi, est quasi-membre du gouvernement allant même jusqu’à contester le classement du Maroc selon l’indice de développement humain alors que théoriquement ce n’est pas son affaire puisque son rôle est de faire des statistiques fiables et neutres et non de défendre le bilan d’un gouvernement.
Comment calcule-t-on les chiffres ? Par sondage. Chaque année un échantillon de 60 000 ménages (dont 20.000 ruraux) sont questionnés et on déduit de cette enquête les chiffres officiels de l’ensemble.
Maintenant, continuons dans le nihilisme sincère, faisant foi aux statistiques du HCP et passons en revue les omissions de la communication gouvernementale. Les chiffres qui suivent sont tous officiels et tirés des Rapports « activités, emploi et chômages » de 2007 et 2010 téléchargeable sur ce lien.
Combien de chômeurs ?
Le plus logique c’est quand même de commencer par ça. En 2007 le Maroc comptait officiellement 1 092 000 de chômeurs en 2010 il en comptait 1 037 000. Donc tout ça, c’est pour 55 000 chômeurs en moins …en presque quatre ans ! Il n’y a pas de quoi pavoiser ! Le nombre de chômeurs n’a pas baissé tout au plus le gouvernement est arrivé à employabiliser les nouveaux arrivants (on verra comment). Il y a autant de chômeurs officiels à fin 2010 qu'en 2007.
Ah ces … « inactifs »
Officiellement nous étions 21 852 116 de Marocains âgés de plus de 15 ans en 2007. 1 229 202 en plus à fin 2010 (et en bon corporatistes nous saluons particulièrement les 20févriestes d’entre eux).
Pour simplifier supposons que le Maroc compte 1000 Marocains uniquement. Qu’ils sont tous âgés de plus de 15 ans. Selon, les statistiques officielles, en 2010 sur nos 1000 Marocains de plus de 15 ans:
- 496 sont des actifs occupés ou en chômage
- 504 sont des inactifs qui ne sont pas en recherche d’emploi et qui seront donc ignorés lors du calcul du taux de chômage.
En 2007, nos 1000 Marocains de plus de 15 ans étaient répartis comme suit :
- 510 sont des actifs occupés ou en chômage
- 490 sont des inactifs qui ne sont pas en recherche d’emploi
Les lecteurs qui suivent, et ils ont du mérite, auraient remarqué une chose : la proportion des inactifs qui ne travaillent pas et ne cherchent pas du travail a augmenté. En 2007, 490 personnes sur mille étaient inactives donc non concernées par l’emploi, en 2010 elles deviennent majoritaires puisque on en compte 20 de plus. Or le taux de chômage est calculé en ignorant ces inactifs : si on en ignore plus on a un taux de chômage plus bas, c’est mathématique.
Il y a des explications démographiques à cette « heureuse » baisse du taux de l’activité: le Maroc compterait plus d’étudiants, de retraités et d’infirmes. Mais prenons le cas des femmes, en milieu urbain, âgées de 25 à 44 ans. A priori ce n’est pas une population d’étudiantes, encore moins de retraitées et vu l’évolution de la société il y a surement moins de femmes aux foyers et plus de femmes actives et indépendantes.
Sur 1000 femmes de 25 à 44 ans en milieu urbain, nous avions en 2007 :
- 270 femmes actives (travaillent ou cherchent du travail)
- 730 femmes inactives : elles ne veulent/peuvent pas travailler et demandent aux enquêteurs de les ignorer dans leurs statistiques de chômage.
En 2010, malgré l’évolution de la société, le web2.0 et la modaouana, nos 1000 femmes de 25 à 44 ans en milieu urbain se répartissent ainsi :
- 255 femmes actives (travaillent ou cherchent du travail)
- 745 femmes inactives : elles ne veulent/peuvent pas travailler et demandent aux enquêteurs de les ignorer dans leurs statistiques de chômage.
Autrement à croire les statistiques officielles, les jeunes citadines Marocaines sont de moins en moins demandeuses de travail. Le monde à l’envers.
Vous l’aurez compris selon les statistiques officiels le taux d’activité a baissé, pas uniquement pour des questions démograhiques, la proportion des marocains qui ne peuvent/veulent pas travailler a augmenté. Ces inactifs ne sont pas pris en compte pour le calcul du taux de chômage.
Ah les … « aides familiales »
Maintenant que vous avez baissé le taux d’activité, vous vous retrouvez avec des gens qui ont un emploi ou des gens qui cherchent un emploi. Vous vous demandez : mais au fait ceux qui ont emploi c’est quoi leur statut ?
Supposons que les Marocains est un peuple de 100 habitants de plus de 15 ans. Comment se répartissent-ils selon le statut :
- 44 sont salariés
- 28 sont indépendants (catégorie fourre-tout des vrais indépendants aux survivors du système D)
- 23 travaillent dans le cadre des … « aides familiales ».
- Les 6 restants sont employeurs, apprentis ou autres situations.
Le gouvernement remercie son ministre le plus performant : les familles marocaines qui, en mode rural en particulier, permettent à 23 personnes sur 100 employées d’avoir du travail.
Ah… l’agriculture
On a beau crier à tout bout de champs : offshoring, service, industrie et autres Plan Maroc machin , il n’en demeure pas moins que la répartition de la structure de l’emploi selon les branches d’activité économique est étonnante !
Supposons que les Marocains qui ont un emploi sont 100. Comment se répartissent-ils par activité économique :
- - 40 travaillent dans l’agriculture, forêt et pêche
- - 13 dans le commerce
- - 12 seulement dans l’industrie
- - 10 dans le BTP et 10 dans la fonction publique et collectivités.
- - Les 15 restants se répartissent sur les services et autres secteurs.
A fin 2010, l’agriculture continue à employer 40 travailleurs sur 100 !
Et le sous-emploi ?
Le sous-emploi, il en explosion (+ 22%) ma petite dame …. et ce sont les statistiques officielles qui le disent.
Supposons que le Maroc compte 1000 actifs. Selon les statistiques officielles, les 1000 personnes actives se répartissent ainsi à fin 2010 :
- - 804 ont un emploi
- - 106 ont un sous-emploi
- - 91 sont au chômage
En 2007 la répartition était :
- - 813 ont un emploi
- - 89 ont un sous-emploi
- - 98 sont au chômage.
Autrement nous sommes passés, très officiellement, d’un taux de chômage et sous-emploi de 18,7% en 2007 à 19,6% en 2010. Et ils appellent ça un progrès.
Mais n’acharnons pas trop, et passons ici sur le plein emploi en mode rural (3,9% de chômeurs uniquement !) qui ferait pâlir de jalousie les Suédois et les Hollandais. D’ailleurs si j’étais concepteur de Makassib, c’est ce chiffre que j’aurais mis à la une du site tant il constitue un exploit mondial.







Commentaires
sympa l'analyse
Belle façon de présenter la réalité... malgré qu'il faut prendre (tous) les chiffres du département de M. Lahlimi avec pincettes.
Avec un taux de chômage (officiel) de 9.1% on fait aussi bien que les États-Unis et mieux que la France. Bientôt il va falloir exiger le visa pour ces pays, sinon leurs citoyens viendront nous voler nos jobs...
Le taux de chômage officiel 9.1% annoncé par le gauchiste Roi du HCP est archifaux.
Ce taux ( bit.ly/qk7VAw ) est obtenu en considérant que le taux de chômage moyen en milieu rural est de 4%, alors que sa valeur réelle, comme tout marocain le sait, ne peut être que supérieure à 50%.
Le hcp utilise un taux de chômage rural complètement irréel pour avoir un taux de chômage national de 9.1%.
Idem ( bit.ly/qk7VAw ), ce gouvernement dirigé par le parti de l'istighlal utilise un taux des sans diplômes complètement irréel pour arriver à son 9.1%
La réalité est que le taux de chômage réel au maroc ne peut descendre sous celui de l'espagne en période de crise.
C'est ça l'exception marocaine dans le référentiel de ceux qui abusent des marocains par alternance.
Si tous les ingénieurs marocains installés à l'étranger retounaient au bled pour créer des entreprises au lieu de s'acheter des dizaines d'appartements et des hectares de terrains, je crois que ce pays se porterait mieux!
Un sujet de Sa Majesté au chômage a été tabassé et arrêté hier à Safi par la police de Sa Majesté pour avoir réclamé ses pleins droits de citoyenneté !
La vidéo :
De Safi, je veux être Citoyen :
من أسفي أريد أن أكون مواطن مغربي
http://lakome.com/%D9%85%D8%B1%D8%A...
http://lakome.com/%D8%B3%D9%8A%D8%A...
@Ould-Derb
Les conditions du retour ne sont pas favorables. Je suis parmis ces "ingenieurs" qui pourraient rentrer au Maroc et avoir ma petite boite qui pourrait employer au moins 4 ou 5 personnes. Mais je ne le fais pas parceque le regime est pourri. Les flics ringards. Une petite anecdote: On voulait aller a la plage, mais on ne savait pas comment y aller, on va vers un flic de service dans un roind-point. On s'arrete devant lui pour lui demander notre chemin. Tu sais ce que l'imbecile a fait? Il nous a colle un PV de 400 Dhs pour ne pas avoir marque le stop a 5 metres de lui. On s'etait arretes devant lui. Des anecdotes comme ca, il y'en a des millions. C'est ce qui nous force a rester sous la protection de democraties reelles. Pas la dictature de M-6 et de son makhzen.
@Ould-Derb
Rentrer au Maroc? Et dire adieu a la liberte d'expression? Et aller en prison parce qu'on est gay? Et aller en prison parce qu'on ne jeune pas? Et devoir vivre sous l'autocratie de M6 et la corruption qui y sevit?
Non merci!
Le Makhzen veut s'offrir une legitimite basee sur la "performance" apres la faillite de la legitimite religieuse, traditionnelle, nationaliste et politique. Mais c'est un grand piege ou le Makhzen peut se faire bien casser la gueule. Si on juge apres 20-25 annees de gouvernements "technocratiques" dont le but etait officiellment de relever les defis du developpment social et economique (en dessus de toute ideologique et politique partisane), on voit bien que c'etait un echec cuisant. Il me semble que le Mkhzen ne sait plus a quel sait se vouer: la Zaouia ou l'entreprise moderne. Mais ni l'un ni l'autre ne poura desormais justifier l'autoritarisme. C'est fini!
Le vrai taux du chomâge :
http://www.youtube.com/user/antityr...
Ces chiffres ne refletent pas du tout la realite sur le terrain. Je sais de quoi je parle. Je n'ai pas besoin de chiffres pour savoir que le taux de chomage au Maroc est largement superieur a celui de l'Espagne ou du Portugal. En fait, cette comparaison avec l'Espagne et le Portugal n'a aucun sens. Meme ceux qui ont "travail" au Maroc ne font que survivre. Les boulots avec un salaire qui permette a une personne de vivre dignement sont tres rares. Ces connards qui nous dirigent insultent notre intelligence quand ils nous avancent ces chiffres. J'ai perdu toute confiance dans le Makhzen. C'est un systeme de serfs qui ont tous peur pour leurs petits boulots. C'est ce qui explique pratiquement tout au Maroc. Le Makhzen insiste pour qu'on napprenne JAMAIS a penser avec un esprit critique. La ou je vis, c'est un sujet enormement important. Apprendre a penser librement, a analyser les donnees avant d'arriver a une conclusion lgoque, sont des sujets absents de l'education nationale. Comment voulez vous trouver des cadres capables de reflechir et trouver des solutions inedites adaptees aux conditions du Maroc? Il n'y'en pas beaucoup. Et les imbeciles au sommet de l'etat ne sont bons qu'a se plier devant M-6 et a louer ses louanges. Ce n'est pas avec des idiots pareils que le Maroc va avancer.
Merci d’alerter les militants :
Le jeune rappeur Mouad, militant au sein du Mouvement du 20 Février arrêté par la police politique [ DST] du despote…
Sûrement sur ordre du despote lui-même qui apparemment a été profondément vexé par cette chanson très osée qui dit les choses comme elles le sont au pays du Makhzen :
Ecoutez cette superbe chanson :
http://www.youtube.com/watch?v=6zU6...
Moncef Belkhayat : A8gate !
Un titre de presse a récemment dévoilé l’existence d’un contrat de location longue durée liant le Ministère de la Jeunesse et des Sports et une société de location ayant pour objet la voiture de fonction du Ministre, Monsieur Moncef Belkhayat.
J’ai pu avoir copie de ce contrat de location et j’ai tenté de recouper les informations qui y sont mentionnées auprès de plusieurs sources mais ces dernières ont exigées l’anonymat et le “off”.
Ainsi je laisse le soin au Ministre de confirmer ou d’infirmer les clauses de ce contrat disponible en ligne :
1. - Le Contrat de location serait d’après le contrat d’une durée de 36 mois
2. - La date de signature du contrat est le 10 août 2010
3. - Le document est signé par M’hamed Regragui, directeur de l’équipement et du Budget au Ministère de la Jeunesse et des Sports et Saoud Mohamed Griche, directeur général de la société Griche Car.
4. - La contrepartie de mise à disposition du véhicule avec le supplément des frais de carburant (article 3 contrat ) est :
* Le loyer mensuel forfaitaire s’élève à 75.000 DH
* Les frais de carburant supplémentaire/mois 15.000 DH
* Le montant total de la facture est de 90.000 DH
* 90.000 par mois x la durée du contrat 36 mois = 3.240.000 millions de DH
5. - Clause de résiliation du contrat (article huit) : en cas de résiliation du contrat, le Ministère de la Jeunesse et des Sports sera assujetti à payer une pénalité équivalente à 35% du montant restant des traites à payer.
Pour information, le prix d’une Audi8 au Maroc, en fonction des modèles, varie entre 1,1 et 1,3 millions de DH.
Toute réaction de Moncef Belkhayat sur les termes de ce contrat est la bienvenue…
Le contrat est téléchargeable en intégralité en ligne.
http://www.jankari.org/moncef-belkh...
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voila la gouvernance au maroc, des millions gaspillés et des diplômés chômeur qu'on a pas de budget pour les embaucher.
Lettre ouverte à Monsieur le Ministre du Dénigrement de la Jeunesse et de la la Marchandisation du Sport
Karim Tazi répond à Moncif Belkhayat
Monsieur le Ministre
Dans un récent tweet, vous m’avez accusé d’avoir “exploité un duopole dans le domaine de la literie” et de m’être rendu coupable de “contrefaçon dans les bouteilles de Javel”, crime qu’aurait commis une filiale de mon groupe, la société SIMEC, à l’encontre d’un de vos anciens employeurs et dont vous affirmez “détenir les preuves”. Bigre !
Vous avez conclu votre message en réaffirmant votre répugnance pour ceux qui, comme moi, “crachent dans la soupe”, mais sans vous donner la peine d’expliquer de quelle “soupe” vous parlez.
Devinons donc ! Cette soupe est probablement celle dont s’est nourrie et engraissée, pendant plus de quarante ans, une partie de la bourgeoisie d’affaires marocaine, sous le regard maternel de l'Etat, et dont les ingrédients seraient, pêle-mêle, de grosses louches d’agréments, des litres et des litres de marchés d'état, plusieurs cuillerées de protection douanière, d’importantes quantités de foncier public gratuit et, pour donner plus de saveur à ce bouillon, de généreuses pincées de délits d’initié impunis. Dois-je y ajouter d’importantes doses d’indulgence fiscale ?
Voyons si la soupe, dont ma famille s’est nourri depuis cinquante ans et dans laquelle j’aurais craché avec tant d’ingratitude, comporte certains de ces ingrédients.
Commençons par les agréments et autres rentes octroyées et disons d’emblée qu’ils n’ont jamais figuré dans notre régime alimentaire ; pas plus d’ailleurs que les marchés d’Etat. Nous n’exploitions aucun agrément et n’opèrons dans aucun secteur régulé ou à accès réglementé. Notre principale cliente est la ménagère marocaine, de moins de cinquante ans et de revenus moyens ou modestes.
Régime sec également en ce qui concerne le foncier public gratuit ou à bas prix : nous n’en avons jamais demandé, et on ne nous en a jamais attribué.
Reste la protection douanière. Et là, je serais bien malhonnête si je prétendais que nous n’en avons pas profité. Oh, rien de spécifique ou de taillé sur mesure ! Juste le régime général ! Mais il était assez calorique, il faut bien le reconnaître ! A quoi ont servi ces vingt-cinq ans de sucre et de vitamine C douaniers, outre à nous enrichir ? A construire un groupe industriel qui est encore debout et solide, cinquante ans après sa création, et dix ans après que libéralisation et importations en sous-facturation aient réduit cette protection à néant.
La Bourse ? Là encore, je serais bien malhonnête de nier que nous n’y avons pas réalisé quelques plus-values substantielles, très largement supérieures même aux bénéfices dégagés par l’industrie. Mais il est très facile de vérifier qu’aucun de nos placements boursiers n’a porté sur les titres qui ont fait l’objet de délits d’initiés et que toutes les plus-values réalisées ont bien été “dégraissées” de l’impôt retenu à la source.
Voilà pour la soupe, passons maintenant au crachat. Il consiste, je suppose, en ma participation au Mouvement du 20 Février et en la rédaction de quelques tribunes dans la presse ? Qu’ai-je postillonné au juste ?
Que le mouvement de réformes, qui avait insufflé une immense vague d’espoir et d’enthousiasme dans le début du règne, s’est essoufflé ; que cet essoufflement est devenu globalement préjudiciable et qu’il est urgent que la dynamique réformiste se remette en marche. Sachez tout d’abord que je suis fier d’avoir modestement soutenu un mouvement authentiquement populaire auquel revient le mérite d’avoir réveillé la dynamique réformiste dans notre pays, mouvement animé par des jeunes que vous avez d’abord traités de “traîtres à la solde du Polisario”, avant d’aller jusqu’à les inviter, toute honte bue, à intégrer les rangs de votre parti.
Je me suis également prononcé en faveur d’une monarchie parlementaire. A ce sujet, sachez, Monsieur le Ministre, que je l’ai fait par dépit et par réalisme, car tout le monde sait qu’en homme d’affaire pragmatique et soucieux d’efficacité, j’ai été un supporter du concept de monarchie exécutive, lorsque son opérationnalisation était confiée à de grands commis de l’Etat intègres et efficaces. C’est la montée en puissance de gens comme vous, Monsieur le Ministre, qui en a discrédité l’expérience et conduit beaucoup de déçus à placer leurs espoirs dans la méthode classique, longue et parsemée d’embûches, de la monarchie parlementaire. Notez bien que, dans tout cela, à aucun moment, il n’a été question de république ou de califat.
Comme vous, mais à un débit bien moindre, il m’arrive de “poster” et de “twitter”, et il vous est facile de vérifier, en vous reportant à ma Page FaceBook que, dès la mi-mars, j’ai été le premier à m’inquiéter de l’influence grandissante des extrémités droite et gauche du mouvement.
Alors “crachat”, dites-vous ? Pour ma part, je dirais plutôt “absence d’hypocrisie” car, vous le savez, je n’ai dit dans chacun de mes écrits que ce qui se disait tout bas dans ces mêmes salons où, durant ces derniers mois, vous et vos amis vous êtes employés à me lyncher.
Arrêtons-là l’ironie et venons-en aux faits, à ceux qui méritent d’être rappelés, car bien des choses ont été dites pour me diffamer, depuis que j’ai commis ce crime décidément impardonnable de soutenir le 20 Février.
Fait vérifiable n°1 : pendant que la majorité des investisseurs nationaux fuyaient l’industrie pour se convertir dans la promotion, l’importation ou la spéculation, ma famille s’est cramponnée à ses usines, quitte à être taxée d’imbécillité pendant les folles années de bulles immobilière et boursière.
Fait vérifiable n°2 : alors qu’en raison de la libéralisation douanière, il nous a fallu fermer plusieurs unités industrielles, dans lesquelles travaillaient plus de cinq cents personnes, nous n’avons pas licencié un seul employé et avons donc préservé tous les emplois, en investissant massivement dans de nouvelles unités ultramodernes, notamment dans les domaines du linge de lit et de l’ameublement.
Fait vérifiable n°3 : alors que, dans ce qui reste de l’industrie marocaine, beaucoup assurent leur compétitivité, soit en ne déclarant pas tout ou partie de leur personnel, soit en rognant sur le SMIG ou sur les charges sociales, nous garantissons à la totalité de nos ouvriers un salaire dont le plus bas est de 5% supérieur au SMIG, avec en plus assurance maladie et assurance vieillesse et, pour leurs enfants, colonies de vacances et cours de soutien scolaire.
Fait vérifiable n°4 : alors que beaucoup sont restés spectateurs et victimes de l’effondrement de la formation professionnelle publique, nous avons investi plus de quinze millions de dirhams pour créer une Académie maison qui comprend une école de vente, une école de gestion de stocks et une école de maintenance.
Fait vérifiable n°5 : Alors que nous vivons dans un pays où une majorité d’entreprises présentent au fisc, année après année, des bilans déficitaires, aucune société de notre groupe n’a déclaré de pertes, même pendant ces dix années qui furent de restructuration forcée pour toute l’industrie marocaine.
Fait vérifiable n°6 : Notre groupe a été accusé d’opérer dans une logique de zone franche fiscale, et de ne quasiment pas payer d’impôts. A titre d’illustration, il convient d’indiquer que, pendant la décennie passée, nous avons été parmi les très rares groupes familiaux à dépasser le chiffre du milliard de Dirhams au titre de la TVA.
Fait vérifiable n°7: Le duopole, dont vous parlez d’un ton si péremptoire, a été pulvérisé au début des années 2000. Le marché marocain compte aujourd’hui 52 fabricants de matelas et 12 fabricants de mousse (éponge), et les nouveaux arrivants assurent aujourd’hui 51% des parts de marché dans la mousse et 59% dans le matelas.
Fait vérifiable n°8 : Alors que beaucoup d’entreprises marocaines se sont confortablement installées dans le négoce de produits importés, avec le résultat que l’on sait sur notre balance commerciale et nos réserves en devises, notre Groupe n’a cessé de se battre pour exporter des produits de qualité “Made in Morocco » devenus, sur bien des marchés, des ambassadeurs de l’Art de Vivre marocain.
Fait vérifiable n°9 : Pendant ces mêmes dix années, notre groupe a financé, sponsorisé et accompagné sur le long terme, des centaines d’initiatives et de projets associatifs à caractère culturel, social ou caritatif, pour une enveloppe de plusieurs millions de Dirhams chaque année.
Enfin, vous nous accusez du crime de contrefaçon. Vous avez omis, fort à propos, de mentionner que l’action en justice de votre ancien employeur s’est attaqué initialement aux embouteilleurs d’eau de Javel qui commercialisaient leurs produits sous des marques susceptibles de tromper les consommateurs. Nous n’étions concernés qu’en tant que façonniers pour la fabrication de l’emballage, activité microscopique à l’échelle du groupe. Le problème grave que soulève votre accusation est qu’elle procède du discours de “Tous pourris”, qui prétend que personne n’est propre et crédible, au moins parmi les “élites”, et que donc personne n’est en droit de crier au scandale lorsque les affaires de l’Etat et de la collectivité nationale sont bafouées.
Ces faits m’autorisent ils à me considérer comme un parangon de vertu ou une référence morale ? Certainement pas. J’ai commis ma part d’erreurs économiques et politiques. Mais, permettez que je m’étonne que ma personne et le groupe dans lequel je travaille aux côtés de mon père et de mon frère, soyons passés dans le discours de certains zélateurs, en quelques mois de tensions politiques, du statut d’“entrepreneur engagé” et d’“entreprises citoyennes”, à celui de “donneur de leçons qui crache dans la soupe”, et d’“entreprise opaque”, et qui’on nous prête d’avoir fait l’objet de “milliards de dirhams” de redressement fiscal. Ce changement de fortune n’a été possible que grâce à un effort inlassable et minutieusement orchestré, de propagande diffamatoire. Heureusement que les Printemps ne durent qu’une saison car, à ce rythme, je serai vite devenu l’Ennemi public n°1.
Parmi les plus actifs relais de cette immense campagne de dénigrement, il y a un homme d’affaire dont je ne citerai pas le nom. Vous le reconnaîtrez aisément si je vous dis que son nom est lié a la création d’un réseau mort-né d’épiceries dont la vie éphémère a coûté une fortune à son principal actionnaire et a laissé dans la détresse la plupart des petits franchisés qui avaient cru en lui, et qu’on dit qu’il cumulerait une activité de distribution de cigarettes avec des fonctions gouvernementales en charge du sport.
Ce discours de “crachat” et de “soupe”, que vous et vos amis répétez, urbi et orbi, est un discours non seulement stupide mais dangereux, et ce à plusieurs titres.
Stupide, parce qu’il laisse entendre qu’aucune fortune dans ce pays n’a été gagnée honnêtement ou à la sueur du front, que tous les riches sont pourris, que leurs fortunes ont toutes été octroyées par l’Etat, et que la nécessaire contrepartie de ce cadeau doit être le “béni-oui-ouisme” ou le silence.
Stupide aussi, parce que les méthodes d’octroi, que j’ai énumérées plus haut comme ingrédients de la soupe, sont toutes éminemment sujettes à caution, et qu’un Etat ne saurait se prévaloir d’ y avoir recouru pour exiger gratitude et reconnaissance.
Dangereux, parce que si toutes les fortunes ont été octroyées, ceux qui n’ont pas bénéficié de la distribution seraient fondés à demander les raisons de leur exclusion du festin. et à exiger d’y avoir accès à leur tour.
Dangereux enfin, parce que ces pratiques de lynchage et d’incitation à la haine ont contribué à installer dans le pays le climat délétère que nous connaissons aujourd’hui, dans lequel tout le monde se tait et se terre, espérant ainsi qu’aucune balle perdue ne viendra le foudroyer. Un climat bien peu propice au rétablissement d’une confiance sans laquelle aucune reprise, économique ou politique, n’est possible.
Tout cela est fort regrettable pour notre pays, car la réalité y est bien plus nuancée : si beaucoup de fortunes se sont faites et continuent à se faire grâce à des rentes octroyées, d’autres, beaucoup d’autres, se sont constituées normalement.
Parmi les divers mérites qu’il faut reconnaître au régime marocain, il y a celui d’avoir permis que, dans beaucoup de secteurs, règne une libre concurrence qui permet aux meilleurs de prospérer sans rien devoir à qui que ce soit. Il y a également celui d’avoir permis à des hommes comme moi d’exprimer à l’encontre du système des critiques parfois sévères, tout en continuant à s’occuper de leurs affaires. Je cracherais véritablement dans la soupe si je niais cela. Or, je ne le fais pas.
En proférant dans deux messages de 140 caractères, et avec une légèreté peu compatible avec les fonctions qui sont les vôtres, des accusations d’une telle gravité, vous n’avez fait qu’enrichir le prodigieux bêtisier de votre, pourtant courte, carrière de ministre. Mon seul souci est que, le temps que je finisse de rédiger cette réponse, vous aurez probablement déjà commis une autre gaffe, sur laquelle se précipiteront journalistes et internautes, laquelle fera oublier celle-ci et rendra immédiatement obsolète cet effort rédactionnel.
Pendant ces sept mois historiques qu’a connus notre pays, vous avez dépensé énormément d’énergie à attaquer et à diffamer tant et plus tous ces “ennemis de la patrie”, dans tant de tweets, posts et dîners dans la bonne société... En me réservant une part appréciable de vos vitriolées incontinences, en me choisissant comme l’un de vos ennemis, vous avez cependant clarifié une chose : votre attitude, vos comportements et vos ambitions sont aux antipodes de mes valeurs, principes et éthique. En mettant cela en évidence, avec le talent qui est le vôtre, vous me faites tous les jours, cher Monsieur le Ministre, le plus beau des compliments. Soyez-en ici amplement remercié.
Mohamed VI et sa bande de copains ne font que s’amuser follement avec l’argent des Marocains, mais légalement selon la nouvelle-ancienne Constitution de Sa Majesté !
Car selon cette nouvelle-ancienne Constitution le despote, ses proches et sa bande de copains sont au-dessus des lois, ils ne rendent de comptes à personne !
L'idée d'avoir des comptes à rendre à quelqu'un ou à un groupe implique qu'une personne dotée de pouvoir assumera ses responsabilités envers ceux qui n'en ont pas; or, le despote et sa clique s’en moquent et n’en ont cure !
Accorder à quelqu'un le pouvoir illimité de faire ce qu'il lui plaît sans avoir à rendre compte de ses actes ni à les expliquer ou les justifier, c'est accepter tacitement d’en être abusé !
Il faut en finir avec cette duplicité ! Il faut appeler un despote un despote, un hors-la-loi un hors-la-loi et le mettre en cause directement et afficher clairement son non officiel sur les banderoles et le prononcer aussi clairement dans les slogans comme celui de ses copains et appeler clairement à changer de régime puisqu’il ne veut pas se réformer !
Larbi, Citoyen et leurs amis,
C'est pour quand l'apocalypse au Maroc?
@ Optimiste:
Il n'y aura pas d'apocalypse au Maroc mais il y'aura la contagion des mouvements sociaux comme partout dans la region et le jeu politique ne sera plus jamais le meme. L'enchainement des mouvements pourrait certainement faire chuter la monarchie. Ce n'est pas un apocalypse c'est un ajustement de l'ordre des choses.
Ok, j'ai mal compris. Je pensais que Larbi et ses amis annonçaient l'apocalypse au Maroc.
@Optimiste
Ne t’emmêle pas les jambes, l’Apocalypse ne sera que pour le Régime !
Pour le Maroc et son Peuple, il ne s’agira que de Renaissance !
La date exacte est un secret de polichinelle !
merci super article
merci super article