Le gouvernement Abbas El fassi (tiens on l’avait oublié celui-là !) s’est rappelé au bon souvenir des Marocains en créant un site-web à la gloire de sa grande œuvre.

Il parait que l’avion Maroc a décollé, la crise a été dépassée, et personne n’est au courant. Certes on ne sait toujours pas qui est le pilote vu que Monsieur El fassi a tout fait « conformément aux hautes orientations royales et aux priorités que Sa Majesté le Roi que Dieu l’assiste a définies » (discours de politique générale, octobre 2007). Mais en nihilistes sincères passons.

 Ainsi donc le gouvernement exhibe fièrement les chiffres du chômage qui sont tous à la baisse quoiqu’en pense le peuple non-reconnaissant. L’important n’est pas le nombre de chômeurs mais le moral des survivants :

C’est quoi ces chiffres ?

La première chose qui vient à l’esprit est une question : mais d’où ils sortent ces chiffres ? Depuis 1999, les chiffres du chômage et l’emploi au Maroc sont calculés par la « Division des Enquêtes sur l’Emploi » de la « Direction de la Statistique » du Haut-Commissariat au Plan (HCP). A la tête du HCP on trouve un certain Ahmed Lahlimi Alami , de l’USFP (gauche gouvernementale en fin de vie), ancien ministre des affaires générales du gouvernement El Youssoufi (auteur d’un discours dit de Bruxelles) .

Le HCP emploi de bons scientifiques mais il n’est pas une institution indépendante. Monsieur Lahlimi, nommé par le roi, est quasi-membre du gouvernement allant même jusqu’à contester le classement du Maroc selon l’indice de développement humain alors que théoriquement ce n’est pas son affaire puisque son rôle est de faire des statistiques fiables et neutres et non de défendre le bilan d’un gouvernement.

Comment calcule-t-on les chiffres ? Par sondage. Chaque année un échantillon de 60 000 ménages (dont 20.000 ruraux) sont questionnés et on déduit de cette enquête les chiffres officiels de l’ensemble.
Maintenant, continuons dans le nihilisme sincère, faisant foi aux statistiques du HCP et passons en revue les omissions de la communication gouvernementale. Les chiffres qui suivent sont tous officiels et tirés des Rapports « activités, emploi et chômages » de 2007 et 2010 téléchargeable sur ce lien.

Combien de chômeurs ?

Le plus logique c’est quand même de commencer par ça. En 2007 le Maroc comptait officiellement 1 092 000 de chômeurs en 2010 il en comptait 1 037 000.  Donc tout ça, c’est pour 55 000 chômeurs en moins …en presque quatre ans ! Il n’y a pas de quoi pavoiser ! Le nombre de chômeurs n’a pas baissé tout au plus le gouvernement est arrivé à employabiliser les nouveaux arrivants (on verra comment). Il y a autant de chômeurs officiels à fin 2010 qu'en 2007. 

Ah ces … « inactifs »

Officiellement nous étions 21 852 116 de Marocains âgés de plus de 15 ans en 2007. 1 229 202 en plus à fin 2010 (et en bon corporatistes nous saluons particulièrement les 20févriestes d’entre eux).

Pour simplifier supposons que le Maroc compte 1000 Marocains uniquement. Qu’ils sont tous âgés de plus de 15 ans.  Selon, les statistiques officielles, en 2010 sur nos 1000 Marocains de plus de 15 ans:

  • 496 sont des actifs occupés ou en chômage
  • 504 sont des inactifs qui ne sont pas en recherche d’emploi et qui seront donc ignorés lors du calcul du taux de chômage.

 En 2007, nos 1000 Marocains de plus de 15 ans étaient répartis comme suit :

  • 510 sont des actifs occupés ou en chômage 
  • 490 sont des inactifs qui ne sont pas en recherche d’emploi

Les lecteurs qui suivent, et ils ont du mérite, auraient remarqué une chose : la proportion des inactifs qui ne travaillent pas et ne cherchent pas du travail a augmenté. En 2007, 490 personnes sur mille étaient inactives donc non concernées par l’emploi, en 2010 elles deviennent majoritaires puisque on en compte 20 de plus. Or le taux de chômage est calculé en ignorant ces inactifs : si on en ignore plus on a un taux de chômage plus bas, c’est mathématique.

Il y a des explications démographiques à cette « heureuse » baisse du taux de l’activité: le Maroc compterait plus d’étudiants, de retraités et d’infirmes. Mais prenons le cas des femmes, en milieu urbain, âgées de 25 à 44 ans. A priori ce n’est pas une population d’étudiantes, encore moins de retraitées et vu l’évolution de la société il y a surement moins de femmes aux foyers et plus de femmes actives et indépendantes.

Sur 1000 femmes de 25 à 44 ans en milieu urbain, nous avions en 2007 :

  • 270 femmes actives (travaillent ou cherchent du travail)
  • 730 femmes inactives : elles ne veulent/peuvent pas travailler et demandent aux enquêteurs de les ignorer dans leurs statistiques de chômage.


En 2010, malgré l’évolution de la société, le web2.0 et la modaouana, nos 1000 femmes de 25 à 44 ans en milieu urbain se répartissent ainsi :

  • 255 femmes actives (travaillent ou cherchent du travail)
  • 745 femmes inactives : elles ne veulent/peuvent pas travailler et demandent aux enquêteurs de les ignorer dans leurs statistiques de chômage.

Autrement à croire les statistiques officielles, les jeunes citadines Marocaines sont de moins en moins demandeuses de travail. Le monde à l’envers.
Vous l’aurez compris selon les statistiques officiels le taux d’activité a baissé, pas uniquement pour des questions démograhiques, la proportion des marocains qui ne peuvent/veulent pas travailler a augmenté. Ces inactifs ne sont pas pris en compte pour le calcul du taux de chômage.

Ah les … « aides familiales »

Maintenant que vous avez baissé le taux d’activité, vous vous retrouvez avec des gens qui ont un emploi ou des gens qui cherchent un emploi. Vous vous demandez : mais au fait ceux qui ont emploi c’est quoi leur statut ?
Supposons que les Marocains est un peuple de 100 habitants de plus de 15 ans. Comment se répartissent-ils selon le statut :

  • 44 sont salariés
  • 28 sont indépendants (catégorie fourre-tout des vrais indépendants aux survivors du système D)
  • 23 travaillent dans le cadre des … « aides familiales ».
  • Les 6 restants sont employeurs, apprentis ou autres situations.

Le gouvernement remercie son ministre le plus performant : les familles marocaines qui, en mode rural en particulier, permettent à 23 personnes sur 100 employées d’avoir du travail.

Ah… l’agriculture

On a beau crier à tout bout de champs : offshoring, service, industrie et autres Plan Maroc machin , il n’en demeure pas moins que la répartition de la structure de l’emploi selon les branches d’activité économique est étonnante !

Supposons que les Marocains qui ont un emploi sont 100. Comment se répartissent-ils par activité économique :

  • -    40 travaillent dans l’agriculture, forêt et pêche
  • -    13 dans le commerce
  • -    12 seulement dans l’industrie
  • -    10 dans le BTP et 10 dans la fonction publique et collectivités.
  • -    Les 15 restants se répartissent sur les services et autres secteurs.


A fin 2010, l’agriculture continue à employer 40 travailleurs sur 100 ! 

Et le sous-emploi ?

Le sous-emploi, il en explosion (+ 22%) ma petite dame …. et ce sont les statistiques officielles qui le disent.

Supposons que le Maroc compte 1000 actifs. Selon les statistiques officielles, les 1000 personnes actives se répartissent ainsi à fin 2010 :

  • -    804 ont un emploi
  • -    106 ont un sous-emploi
  • -    91 sont au chômage

En 2007 la répartition était :

  • -    813 ont un emploi
  • -    89 ont un sous-emploi
  • -    98 sont au chômage.

Autrement nous sommes passés, très officiellement, d’un taux de chômage et sous-emploi de 18,7% en 2007 à 19,6% en 2010. Et ils appellent ça un progrès.

Mais n’acharnons pas trop, et passons ici sur le plein emploi en mode rural (3,9% de chômeurs uniquement !) qui ferait pâlir de jalousie les Suédois et les Hollandais. D’ailleurs si j’étais concepteur de Makassib, c’est ce chiffre que j’aurais mis à la une du site tant il constitue un exploit mondial.