Mercredi, « Les Echos Quotidien » a publié une « grande interview » du ministre de l’Economie sous le titre « Mezouar défend don budget 2012 ». Sous-titres : « Salaheddine Mezouar se confie aux Echos Quotidien et défend bec et ongles son projet : les contraintes, les objectifs, les priorités.. » 

-Bonjour tonton Larbi
-Bonjour mon filleul préféré
-Demain à la fac, on va faire un jeu de rôle. Je dois jouer au Ministre de l’Économie et des Finances du Royaume du Maroc répondant aux questions d’une journaliste. Tu peux me donner quelques astuces pour frimer un peu et réussir mon interprétation?
-Heuuh je n’en sais rien moi, Ministre de l’Économie et des Finances est un job compliqué et ce n’est pas parce que tu es en première année de la fac que tu peux le faire ! Voyons ! Tu dois exposer tes choix, tes arbitrages, les expliquer, argumenter, défendre tes dossiers… Puis si en plus tu veux faire Salaheddine Mezouar , n’oublies pas qu’il prétend à la présidence du prochain gouvernement et on veut même ajourner les législatives rien que pour lui… c’est un gros calibre, que dis-je, un homme d’Etat !
-Siteuplé tonton je peux y arriver. 

-Si on me pose la question sur les hypothèses de l’élaboration du Projet de Loi de Finances 2012 et sur pourquoi sont-elles optimistes que dois-je répondre ?
-Ok, je te donne une astuce, tu connais le Haut-commissariat au plan ? ils ont fait un rapport sur le sujet, tu dis que tu t’es basé sur des hypothèses arrêtées à fin juin. et ça sera tout comme réponse. 
-Mais tu te fous de ma gueule tonton ? je te rappelle que je suis censé jouer ministre des finances. Ça ne serait pas une réponse ça ! 
-Beh justement, heureusement pour toi, tu n’es pas ministre de finances. Si tu l’étais, tu devrais naturellement exposer les principales hypothèses et expliquer pourquoi, contrairement à ce que disent les experts, elles ne sont pas optimistes. Pourquoi retenir un cours de baril à 108 USD et une parité Euro-dollar 1.4 par exemple. Tu devrais expliquer tes prévisions en matière de campagne agricole … situer le tout dans le contexte de la conjoncture économique mondiale. Tu vois le genre des choses qu’un vrai ministre des Finances peut naturellement exposer. 
-Oh c’est compliqué. Je crois que je dois me rendre à l’évidence et m’en tenir à la première réponse laconique. Après tout ca ne serait qu’un jeu de rôle , pas pour de vrai.

-Juste pour me rassurer, et si mon amie journalistes me repose la question sur l’impossibilité de ces hypothèses je fais quoi ?
-je t’avais bien dit qu’avant de réaliser une loi de finances il faut bien étudier, assimiler et maitriser ses hypothèses et le montrer. Tu es mal barré dans ce cas, mais tu peux compter sur l’indulgence du jury.
-Non faut vraiment que je montre quelque choses… 
-Ok dans ce cas Ok, utilises une antisèche. Tu vois le rapport HCP dont je t’ai parlé, vas à la page 30 tu trouveras ce paragraphe « Le dynamisme de la demande intérieure, avec une augmentation de 4,3% en volume au lieu de 2,5% en 2011, serait attribuable à la confirmation de la relance de l’investissement brut et de la consommation finale nationale, depuis le début de l’année 2011, après le ralentissement conjoncturel de 2010. En effet, la contribution de la demande intérieure à la croissance du PIB passerait ainsi de 2,7 points en 2011 à 4,7 points en 2012 ». récite-le lors de ton interprétation. 
-Bonne idée… mais je vais le reformuler quand même si jamais y a un nihiliste dans le coin. 

-Et si on me parle de « économie et politique » dans tout ça?
-Si t’étais un vrai ministre de l’Economie tu vas adorer cette question ! parce que c’est l’occasion d’exposer tes convictions (libérales si je me rappelle bien) et celle de ton parti et ta majorité, en quoi elles ont influencé tes arbitrages… etc etc . Tu ne vas pas t’arrêter, et ton amie journaliste aura du mal a passer au thème suivant. Mais comme tu n’es pas ministre de l’Economie, ni homme politique, réponds n’importe quoi et passes à autre chose (genre oh politique donc élections, donc la bonne réponse : le lien est les prochaines législatives)

-Et si on me parlait de ma priorité : résorption du déficit ou la croissance?
-Beh fastoche tu ne fais pas le choix entre les deux. Croissance bien sûr mais en maitrisant les déficits. Le beurre et l’argent du beurre, la totale quoi, tu vois le topo ? Et n’oublies pas de placer 50,3% + 4 % - 1.3% = 53 %. 
-Mais à quoi correspondent ces chiffres ?
-Peut-importe c’est juste pour faite ton intéressant en calculant le déficit. Tu devras au moins montrer que tu sais additionner.
-Tonton, tu ne veux pas me ridiculiser par hasard ? tu crois qu’avec ces réponses de première année fac d’Eco je pourrais gagner le jeu ? 
-T’inquiètes du moment que tu ne fais pas un saut du coq à l’âne genre parler des critères de Maastricht, ça devrait passer. Et n’oublies pas ce n’est pas pour de vrai, ce n’est qu’un jeu.

 

Exclusif. Salaheddine Mezouar se livre aux Echos quotidien

Par Hanaa FOULANI, Rédacteur en chef Les Echos


  

Les Échos quotidien : Les hypothèses de base pour la loi de Finances 2012 sont jugées par beaucoup comme «très optimistes». Que répondez-vous à cela?

Salaheddine Mezouar : Il s’agit d’hypothèses préliminaires établies au vu des données arrêtées à fin juin dernier. Une actualisation sera faite, comme c’est le cas chaque année, au mois d’octobre prochain, conformément à l’évolution des données nationales et internationales et des actualisations qui en découleraient.

Mais plusieurs économistes estiment que les moteurs de croissance que sont l’investissement, l’export et la consommation interne sont en train de se dégrader, rendant ces hypothèses irréalistes...

La croissance en 2012 sera soutenue, contrairement à 2010 et 2011, par la demande intérieure, avec une augmentation prévue de 4,2% en volume contre 3% cette année. Elle est attribuable à la confirmation de la relance de l’investissement brut et de la consommation finale depuis le début de 2011. L’effort d’investissement public sera soutenu en 2012 et l’année 2011 a enregistré des augmentations substantielles de revenus. De ce fait, la contribution de la demande intérieure à la croissance du PIB se situerait autour de 4,7 points en 2012 contre 2,7 points cette année.

Jusqu’à quel point économie et politique se rejoignent-elles autour de cette question?

Nous sommes effectivement dans un contexte préélectoral, qui induit généralement des comportements d’attentisme. C’est l’une des raisons pour laquelle nous avons demandé à ce que les échéances post-Constitution soient les plus courtes possibles.

Sue quelle priorité miser pour cette loi de Finances 2012, la résorption du déficit ou la croissance?

La logique qui a jusqu’ici sous-tendu mon action comme mes décisions a toujours été celle de la croissance. Tout faire pour préserver la dynamique de croissance est ma devise, car sans croissance, il ne peut y avoir de réponse aux problématiques de l’emploi, de la pauvreté et de la résorption des déficits sociaux et spatiaux. La loi de Finances 2012 continuera dans ce sens. La maîtrise de nos équilibres sera assurée et le déficit contenu à moins de 5% en 2011 et à moins de 4% en 2012. Tout sera fait pour que la dynamique de réformes soit poursuivie et la confiance dans la bonne santé de notre économie préservée.

À quel impact faut-il s’attendre sur l’endettement public?

À fin 2010, le taux d’endettement était de 50,3%. Au vu du déficit prévisionnel de 2011, on se situerait autour de 53% dont l’essentiel est de la dette intérieure. Cela reste un taux maîtrisé au vu des critères de Maastricht et du contexte régional et international. Regardez ce qui se passe autour de nous et comparez. Nous avons eu droit à quatre années difficiles avec de grands chocs, et nous avons su préserver la confiance, la croissance, la dynamique des réformes et nos fondamentaux.