Mohammed VI a fait ce soir un bon discours et il doit en être félicité. Mais Il faut savoir vigilance garder. 

En annonçant des réformes constitutionnelles, reprenant pour l’essentiel des revendications des militants et activistes marocains à commencer par une monarchie parlementaire, il entrevoit la grande porte de l’Histoire. Il pourra y entrer par la très grande porte comme un grand Roi de ce siècle. 

Il faudra pourtant savoir vigilance garder. Tout reste à faire et rien n’est assuré. La réforme constitutionnelle sera élaborée par une commission ad hoc, encore une, nommée à cet effet. Bien qu’on ait préféré une constituante, on se gardera ici de porter un jugement avant de voir la composition de cette commission et la distance qu’il aura par rapport au cabinet royal. Il faudra juger sur pièce ne serait-ce que pour éviter la révision de trop qui n’aurait rien résolu.

Il y a la constitution et il y a les pratiques du pouvoir à commencer par le culte de personnalité, le verrouillage des médias publics, la mainmise sur l’économie. Et ces pratiques de pouvoir, il n’y a pas à attendre quelques mois, pour juger de la sincérité de leur évolution. Dès demain on jugera sur pièce, charge à qui de droit de montrer que cette évolution-là a déjà commencé en prémices de la révision constitutionnelle. 

Il faudra savoir vigilance garder. En ce qui me concerne, et c’est sans doute pas élégant de le dire ce soir, je ne donnerais pas de chèque en blanc. Les événements des dernières années plaident pour la méfiance, hélas ! 

Tout reste à faire, mais je ne peux pas m’empêcher ici d’avoir une pensée pour les Marocains, de diverses générations, de l’indépendance aux jeunes du 20 février, qui n’ont jamais renié leur conviction et qui ont fait preuve d’abnégation dans leur combat pour la démocratisation du pays. Abnégation qui mérite admiration d’autant plus que tout autour d’eux militait pour le pouvoir absolu, les sacralités, le culte de personnalité, le conservatisme intentionnel et le statu quo. Quelque part ce sont eux les rédacteurs du discours de ce soir. Les autres, ils se reconnaitront, qu’ils fassent preuve d’un peu de pudeur et ça ne serait pas trop leur demander.

Tout a été dit par le roi ce soir, mais tout reste à faire. Et j’espère, pour le Maroc et pour la Monarchie, que l’espoir de démocratisation réanimé ce soir ne sera pas vite éteint. En attendant le combat continue ! Comme dirait feu Mohamed Bougrine : مامفاكينش Mamfakinch.