Les autorités marocaines, semble-t-il, ont de graves soucis de compréhension de ce qui secoue le monde arabe actuellement.

Nous les aiderons ici à comprendre. Les manifestations du 20 février tout d’abord. Il se s’agit pas, comme certain semblent l’interpréter à Rabat, d’un pique-nique d’un dimanche pour faire plaisir à quelques névrosés qui veulent manifester. Dès le lundi suivant, les autorités marocaines semblent pressées de tourner la page, de passer à autre chose comme si rien n’y était. 

C’était compter sans les jeunes, et moins jeunes, de 20 février qui inscrivent à juste titre leur mouvement sur la durée, avec des manifestations certes pas énormes mais étalées sur le temps et dans les villes. Dès lors les autorités marocaines ont choisi de durcir le ton : interpellation des militants, matraquage, harcèlement … toute la panoplie habituelle pour éviter d’être submergées par des manifestations régulières et stopper l’élan du 20 février.

Le fait est que tout cela est inutile. On aurait été au mois de novembre ou septembre derniers cela aurait marché. Il faudrait peut-être que les autorités marocaines se résignent à comprendre : quelque chose s’est levée dans le monde arabe et plus rien ne pourra la retenir. Les méthodes d’hier , à supposer qu’ils aient montré leur efficacité, ne peuvent plus rien face aux aspirations d’aujourd’hui . On a beau matraquer les manifestants de Rabat, ceux de Casablanca donneront la voix. On a beau harceler ceux de Casablanca, d’autres dans d’autres villes prendront la relève. On a beau interdire toutes les manifestations dans toutes les villes, d’autres prendront le relais ne serait-ce que par entêtement. Et même si on ait une baguette magique pour effacer les aspirations de ceux qui manifestent aujourd’hui, d’autres se réveilleront demain ne serait-ce qu’à la vue de la démocratie en construction dans des pays qui jusqu’à hier étaient les pires dictatures de la région. 

Il est peut-être temps, pour les autorités marocaines, de reconnaitre que la donne a changé et qu’aux aspirations des manifestants il faudrait apporter des réponses constitutionnelles, politiques et socio-économiques et non recourir aux méthodes sécuritaires révolues. Autrement, ça serait l’effet boule de neige assuré et faire courir au pays un grave risque d’implosion. 

Les manifestants du 20 février, et des jours suivants, ont fait preuve de grande responsabilité. Ils demandent juste une évolution et une ouverture démocratique, là où dans d’autres pays c’est une révolution qui est en marche. Ils ont ménagé le roi et la famille royale là où dans d’autres endroits les chefs d’Etat sont hais et insultés. Ils ont plaidé pour une monarchie démocratique là où dans des pays voisins la rue demande un total changement de régime. Oui, les manifestants marocains ont fait preuve de beaucoup de responsabilité et on ne pourrait que s’en réjouir.

On ne peut pas dire autant du pouvoir marocain. Le hasard du calendrier a fait que le souverain marocain inaugure au lendemain du 21 février le Conseil économique et social. 100 membres siègent dans ce conseil, presque autant de nouveaux obligés du roi Mohammed VI, qui il est vrai ne les a pas tous nommés. Le discours d’inauguration aurait été une occasion au roi du Maroc de donner un signe d’ouverture et de compréhension envers les revendications des manifestations de la veille. Le roi se contenterait de cette phrase qui fait froid au dos «Nous nous sommes constamment refusé à céder à la démagogie et à l’improvisation dans Notre action visant à consolider notre modèle singulier de démocratie et de développement. » 

Au mieux , cette phrase avait été écrite avant le 20 février et a été maintenue dans le discours, ce qui constituerait une maladresse. Au pire cette phrase a été ajoutée dans le discours en réponse aux manifestations et ça serait une faute politique.

Le fait est qu’à ce jour le pouvoir marocain n’a pas jugé utile de donner le moindre signe qu’il a entendu les revendications des manifestants et qu’il entreprend de leur donner les réponses qui s’imposent. On n’ira pas ici jusqu’à dire que le contraire aurait été étonnant tant le dit pouvoir semble engoncé dans ses certitudes et son pré-carrée. Par ailleurs, les Moncef Belkhayat , Khalid Naciri et autres Taïeb Charkaoui personne ne les a interpellés. Les manifestants se sont adressés au patron pas aux secrétaires. 

Je n’aime pas l’expression « une évolution pas une révolution » mais il me semble qu’un consensus assez large a été établi sur cette manière de faire. Le mouvement du 20 février a donné beaucoup de gages aux autorités marocaines. Charge au pouvoir marocain de ne pas être sourd et aveugle, de se montrer responsable et de répondre aux aspirations légitimes des manifestants. A chacun de prendre ses responsabilités. Et aujourd’hui le sens de responsabilité se place du côté des manifestants pas du côté du pouvoir marocain.