Révélations après révélations, l’étendue des crimes américains en Irak se dévoile. Meurtres de civils, familles décimées, détentions et tortures.

WikiLeaks publie une deuxième vague de révélations de documents militaires américains. Plusieurs journaux (The New York Times, The Guardian, Le Monde notamment) ont été associés à cette publication et ont fait un excellent travail de tri et de synthèse de l’ensemble des documents.

-109 032 morts « officiels »

L’Irak : combien de morts ? La dernière estimation de l’OMS et du gouvernement iraquien, évaluait le nombre d’Irakiens morts depuis l’invasion de leur pays à 151 000. La société londonienne Opinion Research Business quant à elle évaluait en 2008 le nombre de morts à plus d’un million.

 Les documents militaires de WikiLeaks rendent compte de la mort « officielle » d’au moins 109 032 dont 66 081 de civils d’après le comptage effectué par les journaux associés. Les morts dus à l’invasion elle-même ne sont pas recensés puisque les documents commencent par l’année 2004.

-Mort ordinaire

Jour après jour les forces américaines ont provoqué la mort de plusieurs milliers de civils. Sûrs d’être en leur «bon droit » il suffisait parfois d’un doute, un moment d’appréhension, pour décimer une famille entière. Un exemple entre autres :

Dans ce rapport du 2005-06-14 09:30:00 on apprend comment une famille toute entière a été décimée. Le poste HURRICANE a sommé le propriétaire d’un véhicule de s’arrêter. Ce dernier n’ayant pas obtempéré les militaires américains ont tiré sur son capot en guise de sommation. Le conducteur du véhicule accélère (sans doute par panique). Les marines tirent alors sur le véhicule faisant sept morts (dont deux enfants) tous des civils non armés.

- Cynisme des bourreaux

Après avoir assassiné des hommes et des enfants, les soldats américains rendent compte de leur action avec un incroyable cynisme et une distanciation sans pareil. Le 7 septembre 2006 :

La patrouille était en route lorsqu’un break blanc est entré sur la file. L’unité a estimé que l’intention était hostile et a ouvert le feu avec un nombre indéterminé de balles de 7,62 mm. Le véhicule a pris feu et la patrouille n’a pas pu venir en aide à ses occupants. (...) La famille du mort a expliqué qu’elle comprenait qu’il ne s’agissait pas d’un meurtre intentionnel. (...) Et le rapport conclut La famille a apprécié que les soldats surveillent les cadavres. " (via le monde)

-Tortures

L’armée américaine en mission « pour instaurer la démocratie en Irak » s’est révélée en matière de torture, et à plusieurs reprises, pire que les régimes en place. Aux pratiques de la prison d’Abou Ghraib, les documents WikiLeaks versent plusieurs rapports sur des scènes d’humiliations et de tortures ordinaires. Ainsi ces chocs électriques infligés à deux détenus en juillet 2006 (rapport 2006-07-06 01:08:00)

-La mort tombée du ciel

Face au civil Irakiens, les forces américaines n’ont pas hésité à abuser de leur équipement, usant des tirs d’hélicoptère pour provoquer des morts banalement qualifiés d’ « incident » . Exemple de février 2008

" L’unité B/3-69 a effectué une reconnaissance (...) pour enquêter sur six insurgés posant un engin explosif improvisé (ils creusaient frénétiquement) sur la route Golden. (...) A 11 h 15, Carnage 27 (2 hélicoptères Apache AH-64) avait engagé les poseurs de bombes et rapporté avoir tué un insurgé et mis cinq autres en fuite vers un bâtiment à proximité. (...) La force de réaction rapide a identifié le mort comme un garçon de 13 ans, et a appris auprès des civils sur site qu’il s’agissait de six enfants cherchant des racines pour allumer un feu. (...) Aucune trace d’engin explosif improvisé n’a été trouvée. " (via le monde)

-Les forces irakiennes

Sous occupation américaine, les forces irakiennes ont continué sur leurs pratiques, s’épanouissant même dans un environnement qui facilite l’exercice de leurs exactions et tortues. Ainsi de la découverte de cette prison secrète en novembre 2005 :

 « A 16 heures, la 2e brigade de combat signale la découverte de 173 détenus dans une prison du ministère (irakien) de l’intérieur près de Karada (un quartier central de Bagdad). De nombreux prisonniers portent des marques de torture, des brûlures de cigarette, des bleus semblant résulter de passage à tabac et des plaies ouvertes. Beaucoup toussent. (...) Environ 95 détenus étaient enfermés dans une même pièce, assis en tailleur avec un bandeau sur les yeux, tous tournés dans la même direction. D’après ceux interrogés sur place, 12 d’entre eux sont morts de maladie ces dernières semaines» (via le monde) 


Vous lisez ces rapports, et beaucoup d’autres, sur la mort ordinaire en Irak sur WikiLeaks et les journaux associés. Aucun de ces rapports, et c’est leur poids, n’était destiné à la publication. Et encore on ne connait qu’une partie des faits qui sont ici racontés par les auteurs des exactions et des meurtres eux-mêmes minorisant fatalement leur responsabilité.

Si on était dans un autre monde, ces rapports constitueraient à eux seuls des pièces à charges capables de renvoyer les dirigeants américains devant les tribunaux pour crimes de guerre. Après le nombre des morts et la cruauté des exactions, ce qui frappe l’esprit c’est la « banalité du mal », la triste banalité des actions monstrueuses rapportées en des termes administratifs crus. Comme si cette barbarie-là avait une License de mort.




La sélection et traduction des rapports est tirée du « Dossier irakien WikiLeaks » le Monde 24-25 Octobre 2010.