J’en parlais en 2007 déjà. Le président Sarkozy allait visiter le Maroc, son dada de l’époque était de ramener des contrats pour les entreprises françaises à chaque visite çà l’étranger. Et comme il passait par Rabat et Tanger, il lui a fallu rentrer avec quelque chose dans les bagages.

On a tendance à l’oublier, mais la genèse du TGV marocain est assez étonnante. Quelques jours avant la visite de Sarkozy personne n’a jamais entendu parler d’un TGV marocain. Ce projet de TGV n’existait tout simplement pas. Sarkozy comptait en fait vendre aux Marocains des rafales de son copain Dassault. Mais le Maroc avait choisi les F-16 américains et l’a fait savoir à la diplomatie française. Si bien que cette dernière réfléchissait, en représailles, à annuler la visite du président français.

Soudain (au sens propre de l’adverbe) quelqu’un a sorti du chapeau quelque chose du genre : ils nous n’achètent pas de Rafales, ils pourraient au moins nous acheter un TGV. Et au figaro de résumer « Cette commande [de TGV] pourrait permettre un maintien de la visite de Nicolas Sarkozy au Maroc ». A titre de « compensation», les Marocains accepteront.

C’est ainsi que les Marocains se sont retrouvés avec un TGV sur le dos. Et comme souvent en la matière, ce n’est qu’après conclusion du protocole d’accord que l’ONCF a fait une étude du projet, et ce n’est qu’après coup qu’on a vu défiler certains âmes serviles pour dire combien ce projet est beau, combien il est utile, combien il est moderne… 

Trois ans après faisons les comptes: 

- Le TGV marocain est évalué à 20 milliards de dirhams. 

- 4.8 milliards seront fournis par l’Etat,

- 1 milliard par le fond Hassan II. 

- 1.9 milliard de dons européens 

- et 1.6 de don saoudien. 

- Restera 10.7 milliards, soit la moitié, pour boucler le financement. 

(chiffres ONCF)

Et beh ces 10 milliards il faudra les… emprunter. Si seulement ça en valait la peine. Pour ne citer qu’un seul, je citerais un économiste non nihiliste, l’ancien ministre des finances Mohamed Berrada. Il déclare ceci au mensuel Economie &Entreprises : « Si on avait pas investi dans le TGV, ça n’aurait en aucun cas compromis le rythme de croissance. En cette période de crise, cet argent aurait pu être mobilisé pour financer des projets créateurs d’emploi ».

Revenons aux 10 milliards qui nous manquent (surement plus car ce genre de projet dérape toujours). L’Etat devra les emprunter. Comme il devra emprunter pour d’autres « grands projets ».

Maintenant laissons la parole à une autre personnalité non nihiliste : Abdellatif Jouahri, Wali Bank Al Maghrib, qui a présenté hier au roi son rapport dont on peut tirer ceci :

La couverture du besoin de financement du Trésor ainsi que la hausse des emprunts extérieurs de certaines entreprises publiques se sont traduites par une augmentation de 7,3% de l’encours de la dette publique2,qui s’est établi 419,3 milliards de dirhams.

Concernant le stock de la dette publique extérieure, en augmentation de 14,3%, il a atteint 152,9 milliards ou 20,8% du PIB, dont près de la moitié au titre de la dette extérieure garantie.

D’une année à l’autre, l’encours de la dette intérieure du Trésor a augmenté de 9,3 milliards pour s’établir à 266,4 milliards, soit 77,2% de la dette globale directe.

Pour des raisons historiques, à chaque fois qu’on parlait de la dette on évoque de la dette extérieure, qui, il est vrai, s’est beaucoup allégée. On oublie juste un détail c’est qu’en contrepartie la dette intérieure n’a cessé d’augmenter et d’une manière vertigineuse (et de provoquer, dommage collatéral, une crise de liquidité). Si bien que la dette publique totale a explosé atteignant aujourd’hui 420 milliards de dirhams (quelques 48 milliards de dollars). Mais bon… il en restera toujours un TGV.


Lire aussi:

-  chez Omar: TGV au Maroc : A quoi bon? 
- L'excellent mensuel Economie&Entreprises consacre,dans son édition de l’été, tout un dossier sur le « financement des grands projets » et la crise de liquidité.