Cet été un enfant de 15 ans est mort noyé en se jetant dans la seine pour échapper à une patrouille de police. Comme, avant lui, les deux adolescents de Clichy-sous-Bois, morts électrocutés en 2005 alors qu’ils tentaient d’échapper à la police. Il advient que la politique du Karcher donne des « résultats ».

Restera le symbole de cet été : un adolescent qui préfère se jeter dans la seine au lieu d’affronter la police et en contre-champs un président martial qui monte encore d’un cran pour flatter les pulsions xénophobes de ses électeurs. 

Brice Hortefeux a considéré que « les policiers avaient bien agi » avant de réaffirmer « tout son soutien aux forces de l’ordre» . Brice, vous savez, c’est le ministre condamné en première instance pour injure raciale. Un ministre raciste (le théoricien du « présumé coupable » a fait appel) et qui reste ministre ce qui montre en quelle estime il faut tenir le gouvernement français. Et si on était de cette corporation-là, celle de Jean-Marie Marine et Nicolas, on aurait remarqué qu’avec sa tronche de blanc-pur-sang-et-fier-de-l-être, Brice Hortefeux est fait pour ce boulot. Et il le fait sans états d’âme, à chacun son truc, le sien c’est la politique du Karcher. 

Nicolas Sarkozy aurait gagné en cohérence s’il avait fait son discours sur l’immigration, la déchéance et le reste…. à Vichy ! Non pas qu’il est pétainiste. Xénophobe, ah ça oui (et comment !) , mais n’insultons pas l’histoire ! Mais le fait, têtu, est que la dernière fois que la déchéance a été utilisée, de cette façon-là, c’était par le régime de Vichy contre les juifs. On aimerait, on aimerait tant ne pas faire de comparaison douteuse, mais à bien d’égard, ce que propose Sarkozy a un soupçon de France des années sombres; les crimes de bureau et l’antisémitisme en moins. Et puis on aimerait comprendre. Des monstres comme un Michel Fourniret ou un Émile Louis seraient moins choquants qu’un débile polygame à qui on retirerait la nationalité contrairement aux premiers? Ou alors les meurtres en série seraient des valeurs françaises, pour peu qu’on ait la « bonne souche » ? 

Le problème avec les vierges effarouchées, c’est qu’elles sentent le ridicule à plein nez. Prenez un Christian Estrosi , ministre d’on ne sait pas quoi, et son «Français ou voyou, il faut choisir !» . Qu’il s’applique lui-même sa maxime lui l’abuseur des biens sociaux. A croire que tout est permis, du moment que les non-dits des uns et des autres suggèrent la haine de l’étranger et du musulman. A croire que tout est possible du moment que les sondages entérinent les manouvres grossières de diversion d’un pouvoir qui rajoute la xénophobie à l’incompétence. 

Interrogé par libération sur cette pluie de mesures nauséabondes, le constitutionnaliste Guy Carcassonne a eu le mot suivant « S’il fallait commenter n’importe quelle imbécillité, on n’en finirait jamais ! » . Et c’est bien là le problème : un président à court d’idées qui se couvre d’indignité présidentielle en balançant à la foule, après chaque séquence politique défavorable, une avalanche de mesures que n’importe quel militant de l’extrême droite peut débiter dans le bistrot du coin. Que lui répondre ? Que les huit ans de déclarations guerrières et de relents xénophobes n’ont rien réglé aux problèmes de sécurité et que sa stratégie répressive est un échec sur toute la ligne ? Il est vrai que son incompétence dans le domaine n’a d’égal que son excitation médiatique, détestable et belliqueuse, contre les filles et fils d’immigrés. Franchement si ses discours martiaux régleraient quelque chose, ça se saurait ! 

Restera un deuxième symbole de cet été Sarkozyte. L’image de cet officier français qui agresse un journaliste togolais à Lomé « Tu veux qu’on te donne un coup sur l’appareil ou quoi ? » . «Tu le mets en taule !»

La scène se passe au Togo et pourtant quelque chose nous dit qu’elle est familière. On retrouve le même regard, la même agressivité et le même mépris dans le comportement de Nicolas Sarkozy et ses subalternes envers les immigrés, les fils et filles d’immigrés, les Roms et gens de voyage. Le même rapport du colonisateur à l’indigène, car 50 ans après, la droite française, et par-delà, semble prendre certains de ses citoyens pour des colonisés par ascendance. Même ceux qui sont nés ici et qui sont Français que cela plaise ou non aux excités de l’UMP et leur chef.

On les avait laissés pourtant englués dans l’affaire Woerth-Bettencourt ! Politiciens affairistes ne sachant pas comment arrêter le scandale, vous avez désormais le mode d’emploi : prononcez un discours martial sur l’immigration et faites au pays l’offrande d’une « anti-France ».