Encore un hasard, heureux, qui m’a poussé, tout à l’heure, à lire un ancien supplément de Libé que quelqu’un a laissé à côté de la télé. Un coup de stabilo est passé sur l’interview de Cynthia Fleury. C’est comme qui dirait un clin d’œil.

Allons bon ! Ca parle de « savoir dire non ». De ce qu’est le courage et ce qu’est la soumission. A la question pourquoi notre époque serait-elle particulièrement celle de la disparition du courage ? Cynthia Fleury évoque l’individualisme qui n’est pas paradoxalement un processus de non-contraintes mais de déchaînement de peurs et, in fine, de lâchetés :

L’individu se focalise sur ses propres intérêts, délaissant l’engagement public. Livré à cette quête narcissique, il est, en fait, fortement fragilisé, rendu vulnérable par ce processus d’individualisation qui le coupe des formes collectives de défense.

On croit se sauver en succombant à de régulières petites lâchetés, en fait, il y a un prix à payer. L’émergence de ce moi décomplexé, non distancié d’avec soi-même, signe la fin du courage moral. En se faufilant, l’individu pense sauver sa peau. Il fabrique sa propre érosion et sombre dans la dépression. L’érosion de soi vient de la somme de ces démissions quotidiennes.

Et c’est dans le monde de travail que l’on s'initie au manque de courage :

Chaque matin, en allant travailler, un certain nombre d’individus adhèrent à un système qui désavoue les principes mêmes qui  les construisent. Ils critiquent la culture de l’évaluation, les objectifs de rentabilité, le management par le harcèlement. 

Le monde du travail est le lieu même de l’érosion du moi et des structures collectives de résistance. A défaut de faire exploser le système, les individus se font imploser eux-mêmes. 

Vient ensuite la question « pourquoi est-ce si difficile d’être courageux ?» . En une phrase : on sait ce qu’on va perdre, pas ce qu’on va gagner : 

Faire preuve de courage, c’est instaurer un rendez-vous radical avec ses principes et soi-même. Voilà pourquoi la majorité des individus se défilent. L’autre difficulté est que cette épreuve se vit seul. Savoir dire non, en assumer le risque et le sacrifice est une démarche solitaire. Peu d’entre nous prennent ce risque. On sait ce qu’on va perdre, pas ce qu’on va gagner. Mais le courageux n’est pas non plus celui qui ignore la peur. On juge le courage d’un homme à ses peurs, celles qui sait éviter ou bien garder.

Une copie de l’interview est disponible sur cette adresse. Cynthia Fleury a publié chez Fayard « La Fin du courage » un livre que je lirai sûrement.