Commençons par une prière. « Ssi Fouad qui êtes (après Sa Majesté) au dessus de tout. Que votre parti soit sanctifié, que votre gouvernance arrive, que votre volonté soit faite sur ce qui reste du paysage politique. Donnez-nous le pain de chaque jour. Remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui vous sont proches. Pardonnez les offenses des nihilistes comme nous pardonnons aussi à ceux qui vous ont offensés. Ne nous abandonnez plus jamais seuls, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il. »

Après avoir rendu grâce, nous pouvons commencer. Bienvenue ! Gloire à nos valeurs sacrées. On ira droit au but : nous allons donc écouter une déclaration historique. 

Nous avons en effet une bonne nouvelle à annoncer : Frère Fouad a reçu cette semaine un soutien de taille qui devrait largement jouer en sa faveur et lui assurer un plébiscite et élargir sa base déjà bien remplie. Il s’agit d’un grand poète, un des rares artistes marocains connu au-delà des frontières, le grand Miloud El Arbaoui qui vient de composer une chanson à la gloire de frère Fouad et son parti:

لاتنساو "الأصالة" والحداثة

عطيوها الشآن و"الهمة" والحداثة

أجيو نخدمو بلادنا..ونزيدو الكدام

تبان "الشمش" ضاوية..انساو أيام "الظلام"..

N'oubliez pas l'Authenticité et la Modernité 

Donnez-lui la fierté, Al Himma et la modernité

Venez travailler le pays et aller au-devant

Pour que le soleil s’éclaircisse et pour que les années sombres s’oublient !

Quel souffle ! Reconnaissons que c’est du haut art qui fait preuve d’un patriotisme irréprochable. Gloire à ssi Fouad (après Sa Majesté). 

Le public, préalablement briefé par le sponsor : La perfection est Ssi Fouad ! Parce qu’il le vaut bien !

Sur ce, Ssi Fouad décora, sous les ovations de la salle, le directeur de la MAP, Ali Bouzerda, pour les services rendus : Vingt dépêches pour le parti de l’ami du roi, deux dépêches pour les autres.

A vous les studios.

Merci pour le compte-rendu. Retour sur le plateau. Nous recevons à l’instant un grand homme de lettre, une belle plume, qui nous racontera ce qu’étaient les artistes dans un autre temps, un temps qui contraste avec cette maudite époque où mêmes des chansonniers de second degré, comme ce pauvre Monsieur El Arbaoui, se croient obligés de déclarer leur allégeance à Ssi Fouad le vice-maître du moment:

Cheikhate Oued Zem & the first amendment

20 mai 2005 by GarAmud

Je ne sais pas si en chantant les paroles qui sont les leurs, salaces et impies, Chikhates Oued Zem et au-delà nos Hajib et nos Irsmouken ne s'étaient-elles pas placées, mine de rien, sous le First Amendment. Elles étaient les seules en effet à faire fi des pesanteurs sociales, politques, religieuses, voire ontologiques .., à pouvoir clamer impunément l’espace d’une chanson leur soif bacchanale et leur manque de foi en Allah ; les seules à faire leur déclaration d’amour au monarque dans une langue qui frise le lèse-majesté … tout autre écrivain, intellectuel ... aurait été tazmamarté (ne dit-on pas embastillé?) pour moins que cela, leur alibi à cet égard semblait être leur ignorance crasse et leur sauf-conduit résidait dans une sorte de jactance à laquelle avait droit les seuls compatriotes de Driss Basri.

Et l’on se souvient encore des tribulations européennes du groupe marocain Lemchaheb pour ne pas avoir trop appuyé sur le « ss » d’ahaidouss (danse folklorique marocaine) donnant lieu à un ahaidouh (écartez-Le) estimé alors comme un mot d'ordre anti-monarchique. L’on se souvient aussi de la disgrâce du groupe Izenzaren du seul fait d’avoir signé un album quelques jours seulement après la mort jugée douteuse d’un certain général Dlimi où le groupe chantait :

Ur immut algmad / le serpent n’est pas mort
Iska ikchem tillati/ il est seulement mis au frais
Tafukt li gha iggummar ad sul ur illani / le soleil sous lequel il sévissait qui n'est plus

Il n’y avait plus que ces chikhate et ces raissates pour chanter tout en remuant les fesses :

Ana manouite fraqo/ jamais je ne m’étais dit le quitter un jour
Houa li skha biya/mais c’est lui qui m’a quittée
Mcha ma galha liya/ il est parti sans prévenir
Halfa ta nbali bih/ je jure que je lui ferai sa fête
Chehdou ya ennass 3lih/ et je vous prends pour témoin
Ana li3titou 3omri/ c’est moi qui m’étais donnée à lui
Houa li n3ass o faq O nwa lefraq/ mais il s’est réveillé un beau jour pour prendre le voile, le salaud
Houa sbab jrahi/ je lui dois toutes mes blessures

lehwa wa3er : l'amour c'est pas du beurre ( vous l'aurez donc compris le H de lehwa : comme celui de Houda et non pas comme celui de Habiba (wibihi wajiba li3lam wa choukrane))