Aujourd’hui, c’est 24 heures sans nous
Par Larbi le lundi, mars 1 2010, 01:51 - Lien permanent
En ces temps de « débat » sur l’immigration et l’identité nationale et de blessures médiatiques, ces « 24 heures sans nous », auxquelles je participe, sont louables.
Le sens populaire de ce côté-ci de la rive voudrait qu’un immigré se doit de ne jamais oublier qu’il est immigré, de s’incliner devant ceux qui lui ont accordé la grâce de vivre sur « leur terre ». Il voudrait que « ceux qui arrivent » baissent la tête et l’allure devant « ceux qui accueillent ». Paradoxalement, le sens populaire de l’autre côté de la rive ne dit pas mieux, il voudrait aussi que « ses » immigrés se comportent en étrangers reconnaissant et remerciant chaque jour le pays d’accueil et en « ambassadeurs » irréprochables.
Ce sens populaire, poussé à son paroxysme, voudrait étendre ces exigences héritées d’un autre temps, à ceux qui sont nés ici de parents étrangers, censés faire aussi partie du camp de « ceux qui arrivent»; étrange expression dite par un président de la république.
Ici faisons gagner en temps, ce qu’on perdra en malentendus. Ceux qui se trompent d’époque et confondent la réalité des sociétés contemporaines avec celles des années 60 et son lot d’immigrés trimant dans les usines et sur les autoroutes le jour et rentrant aux foyers le soir en rasant les murs, ceux qui se trompent d’époque et de contexte, risquent de ne pas comprendre grand chose en cette journée, si ce n’est d’être engoncés encore plus dans leurs certitudes.
Ici faisons gagner en temps, ce qu’on perdra en non-dits. La métamorphose des hommes et des sociétés bouscule les esprits chagrins du « bel » ordonnancement des choses. Ils sont passés à côté de cette réalité toute simple : Etre immigré ou enfant d’immigré ne donne pas plus de droits qu’aux autres (on l’aura compris, à force de répéter ce discours à satiété) mais il ne fait pas d’eux des sous-hommes, moins que d’autres, condamnés à s’excuser d’être-là, à s’excuser de naître là, à constamment se justifier et être sur la défensive. Ce qui a été possible dans la France et l’Europe des décennies précédentes, ne l’est plus heureusement aujourd’hui et ne le doit plus l’être à jamais. En tout cas, pas en ces temps d’universalisme et du métissage qui, pour les nations les plus avisées, constituent un moteur économique et une richesse nationale et pour d’autres un moment de nostalgie passéiste et de défoulement médiatique face aux « ennemis de l’intérieur ».
Ici faisons gagner en franchise, ce qu’on perdra en la pudeur des mots. Parmi ceux qui sont concernés par cette journée, beaucoup d’enfants d’immigrés n’y participeront pas , parce qu’ils sont cantonnées dans des ghettos urbains et de précarité sociale, et probablement ne sauront même pas que cette journée ait jamais existée ou, au mieux, ne pourront pas se permettre le luxe d’y participer. Ces jeunes dont on n’entend parler que quand certains d’eux se manifestent par des actes de violences urbaines faisant écho à la violence, jamais dite et jamais dénoncée, de la société à leur égard. Ces jeunes qui n’ont pas choisi d’être nés ici et qui ne pourront pas saisir cette occasion pour dire leur mal-être né de la précarité sociale, des brutalités policières, de la pauvreté, du racisme, des délits de faciès et de l’exclusion sociale. Ces enfants d’ici, qui se sont résignés depuis longtemps à aspirer à des emplois plus valorisants et à réclamer une citoyenneté complète et égalitaire avec les autres Français et qui en ont assez des discours jamais suivis d’actes sur l’égalité des chances. Ces gamins qui à cause de la couleur de leur peau ou leur prénom, n’ont pas la moindre chance, ou si peu, de trouver un emploi, un logement ou même de franchir la porte d’un lieu de loisir. Ils seront les grands absents de cette journée. Et y’a-t-il plus formidable constat d’échec et plaidoyer à charge contre la société qui les a vus naître et les a laissés grandir piégés dans des ghettos urbains et d’exclusion que cette absence ?
L’Europe, et la France en particulier, ont choisi le durcissement des politiques migratoires et n’en finissent plus de voter des lois encore plus liberticides violant souvent les droits humains, en particulier le droit d’asile, et multipliant les expulsions dans des conditions humiliantes par ailleurs souvent condamnées par la Cour européenne des droits de l’Homme. Des milliers de sans-papiers vivent un drame quotidien humainement inacceptable, chassés par les forces de l’ordre et parfois même honteusement raflés aux portes des écoles. Michel Rocard a dit un jour « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part » . Force est de constater que le pouvoir actuel, dans ses délires droitiers, s’est contenté de la première partie de la phrase.
A Paris , dans le douzième arrondissement , il existe une Cité nationale de l’histoire de l’immigration exposant 200 ans d’histoire de l’immigration en France. Elle a ouvert ses portes en 2007 sans que ni le chef de l’Etat ni aucun ministre et aucun officiel ne daigne se déplacer. Elle a été ouverte sans inauguration officielle presque en mode clandestin. Et cette anecdote, mieux que tout, dit en quel enfermement et dans quelle ingratitude sont tenus les esprits.









Commentaires
Peu importe au fond que la journée soit massivement ou non suivie. C'est à mon sens déjà un succès.
larbi : tu as prévenu ton employeur toi ? tu lui a annoncé que ta journée de congé eventuelle est pour une action militante dont tu révèles le contenu ?
Ca peut aider de le savoir, ca donnera aux gens interessés par la démarche comment faire !
Joli plaidoyer!
Sauf que tu victimises certains un peu trop. Ou est la leur responsabilité personnelle? Abdellah Taia évoque souvent l'aspect fataliste de la culture marocaine en parlant de "tu manges bien, tu dors bien, de quoi tu te plains" (wakline, charbine, alhamdoulila8). Et je crains que ce ne soit un aspect dont il ne faut pas négliger la portée. Ceux qui réussissent en France sont generalement ceux qui renoncent a ce fatalisme et adoptent la culture universaliste moderne. Et il n'y en a pas des masses parmi les maghrébins...
Tu accordes trop d'importance a la couleur de peau ou aux prénoms. Tu argumentes d'une perspective raciste.
@Al-Kanz on verra...
@Abdel
j'ai pris une journée et j'ai fait savoir pourquoi. En vérité j'avais pas besoin de prévenir tout le monde s'y attendait.
@lixy
crois moi, c'est pas moi qui accorde beaucoup d'importance a la couleur de peau ou aux prénoms.
Arrêter de discriminer envers l'autre est très dur pour les français et principalement pour les soi-disant politiques d'entre eux, parce que le racisme fait partie intégrante de leur vie.
Un conseil à ceux d'entre eux qui souhaitent se comporter comme des humains civilisés et traiter leurs co-citoyens sur le même pied d'égalité indépendemment de leur origine ethnique, de leur couleur, de leur croyance, de leur race, ..etc, est d'aller vivre une dizaine d'années dans le pays de l'Oncle Sam ou dans l'un des pays qui considèrent ou plutôt qui ont découvert que la diversité de la population et le respect des minorités ethniques est le principal élément du progrès d'une nation.
C'est pas pour l'économie tout ça !
Une journée de travail en moins, c'est une journée de revenus MRE en moins.
Cette journée a eu le mérite de faire parler des immigrés dans les médias, en des termes un peu différents de ceux utilisés généralement!
Les télés ont en fait état, du moins les chaines d'info continue. Les journaux y ont consacré des articles!
Mais quel en est l'impact réel?
Et y aura-t-il une suite? Une suite plus dure?
lu sur le site de la journée : "Cette loi [qui a déterminé la date du 1er mars] symbolise une conception utilitariste de l’immigration, en d’autres termes, une immigration choisie sur critères économiques"
ben là tu fait pareil ("...constituent un moteur économique et une richesse nationale"), à moins d'expliciter ce qu'est la "richesse nationale!
Les raisons d'accueillir l'immigration sont humaines, pas monétaires! toutes les considérations économiques sont donc hors sujet...
Bon et sinon, quel a été l'impact de la journée, médiatique et surtout autre?
@Larbi, il y aurait beaucoup de choses à dire sur la manifestation du samedi 27 février 2010, contre le ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire qui a introduit un risque d'enfermement identitaire et d'exclusion dont on mesure, chaque jour depuis deux ans et demi, la profonde gravité à cause de l'association des termes identité nationale et immigration qui tend à présenter les immigrés comme une menace pour l’identité nationale, comme il y aurait beaucoup de choses à dire sur la journée « 24 h sans nous » du lundi 1er mars 2010, censée rappeler l’importance de l’apport de l’immigration à la société française.
La manifestation arrive tard, elle n’a connu qu’une faible mobilisation surtout parmi les populations concernées (j’y étais), alors que l’appel des intellectuels et des multiples associations pour la suppression de ce ministère, a provoqué dés le début un débat salutaire. Quant à la journée sans immigrés, elle n’a pas eu l’impact qu’elle était censée produire, il est inutile de s’étaler sur les raisons de cet échec relatif, cela serait trop long à expliquer et nécessiterait beaucoup de courage pour l’admettre.
J’adhère plus au travail du Collectif Histoire/Mémoire de l’immigration, une histoire souvent méconnue, tout comme l’apport conséquent de l’immigration à la France, de la première génération qui a participé à la reconstruction du pays, combattu le fascisme durant les deux guerres à l’émigration économique récente, sans oublier la contribution considérable de l’association Génériques qui œuvre depuis 1987 pour la sauvegarde et la préservation des archives privées (associations, syndicats, militants…) de l’immigration et leur mise à disposition auprès de tous publics…
S’il est temps de mettre en lumière la contribution insigne de l’immigration à la prospérité de la France, il est nécessaire de cesser de nous poser en victimes et de faire face à nos propres responsabilités.
Je viens de faire le tour du Web pour collecter les quelques informations sur la journée sans immigrée.
A Paris, quelques dizaines de manifestants étaient bien là, mais les journalistes les ont confondus avec une sortie de métro. Du coup c’est tombé à l’eau, dommage !
Rendez-vous l’année prochaine.
Tout cela me rappelle pourquoi j'ai quitte un poste d'enseignant a l'IUT de Clermont-Ferrand pour aller aux USA. J'ai gagne en salaire et en dignite.
Ici aux USA, l'integration ne se parle pas. Ne se discute pas. Elle se VIT. Ma fille la vit chaque jour a l'ecole. Elle se sent 100% americaine et un petit peu Marocaine a travers de la nationalite de ses parents.
L'Europe est TRES loin derriere les USA en ce qui concerne l'integration des immigres.
Bon courage les immigres en France. Battez vous tres fort. Peut etre que l'integration veritable se fera dans un futur lointain. J'ai tres peu espoir de la voir se realiser de mon vivant. J'espere me tromper.
entre l'homme et la femme, c'est le 8 mars qui fait la différence. Entre un immigré et un enfant du pays c'est la culture qui fait la différence. Admettons la différence est un atout !