Vendredi dernier à l’aéroport du Caire, c’était un peu le retour de l’enfant prodigue. Mohamed El Baradei, revient en Egypte pour la première fois sans sa casquette de Directeur général de l’AIEA.

Pour certaines composantes de la société égyptienne, le Prix Nobel de la paix 2005 pourrait incarner le changement, tout au moins une alternative à Hosni Moubarak et sa progéniture. Depuis qu’il a déclaré en novembre dernier sur CNN qu’il n’exclut pas d’être candidat à la prochaine présidentielle égyptienne de 2011.



Des activistes égyptiens l’on accueilli comme un messie, un site web bien fourni de soutien à sa probable candidature a été crée et sur Facebook pas moins de 100.000 personnes ont rejoint en un temps record le groupe El Baradei for Presidency of Egypt un des plus gros groupes politiques du réseau social. Un sondage en ligne d’Al Jazeera va dans son sens : 85,4% des internautes de la chaîne qatariote soutiennent la candidature El Baradei.



Difficile de dire si l’enthousiasme et la dynamique suscités par Mohamed El Baradei sont partagés par une large majorité d’Egyptiens ou si ces derniers restent cantonnés à certains activistes et intellectuels locaux. Toujours est-il qu’il est sujet de toutes les conversations et fait objet de débat passionné idéalisant souvent l’homme. A défaut de projet politique, sa stature internationale, ses récentes critiques de l’état de la démocratie en Egypte et le rejet de la transmission héréditaire du pouvoir valent tout un programme.

Il a devant lui un obstacle de taille, l’article 67 de la constitution égyptienne amendée en 2007 qui exclue pratiquement les candidats indépendants. Moahmmed El Baradei semble parier sur la dynamique suscitée par son retour pour pousser le régime à réformer la constitution.
Mais avant, Moahmmed El Baradei, qui s’exprime toujours en diplomate laconique, devra préciser ses ambitions comme le souligne Issandr El Amrani dans un excellent article. Ne serait-ce que pour faire face à la machine politico-médiatique du pouvoir en place, qui commence à se déchaîner, et à sa sophistication souvent mésestimée, et pour tenir jusqu’à la construction de la nécessaire assise populaire qui lui fait toujours défaut aujourd’hui.

Il n’est pas interdit de rêver. Et peut-être que ce mur de Berlin version monde arabe tombera un jour de 2011 en Egypte ouvrant ainsi la voie à d’autres pays de la région, dont les populations, las des régimes autoritaires en place, aspirent au changement.