Poème sur le désastre
Par Larbi le mardi, janvier 19 2010, 01:37 - Lien permanent
L’entêtement du malheur et du désastre. Comme une malédiction de l’époque ! Haïti : combien de morts ? 70 000 déjà enterrés, peut-être plus de 200 000.
Et encore les chiffres ont cela de terrible : abstraits, indolores tout au plus ils peuvent comptabiliser l’horreur. Il y a 254 ans, en 1755, un terrible tremblement de terre a détruit Lisbonne. La ville entière a été dévastée et les secousses ont fait plus de 50.000 victimes. Face à l’arbitraire de la catastrophe, Voltaire, meurtri par le drame, a commis un poème sur l’impossibilité de concilier l’existence du mal et la bonté de Dieu. Comme qui dirait un constat d’absence de Dieu. Il s’insurge contre le « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Il dit :
POÈME SUR LE DÉSASTRE DE LISBONNE
O malheureux mortels ! ô terre déplorable !
O de tous les mortels assemblage effroyable !D'inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez: « Tout est bien »
Accourez, contemplez ces ruines affreuses
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l'horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris.Un jour tout sera bien, voilà notre espérance;
Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.
Les sages me trompaient, et Dieu seul a raison.
Humble dans mes soupirs, soumis dans ma souffrance,
Je ne m'élève point contre la Providence.
Sur un ton moins lugubre on me vit autrefois
Chanter des doux plaisirs les séduisantes lois :
D'autres temps, d'autres mœurs : instruit par la vieillesse,
Des humains égarés partageant la faiblesse
Dans une épaisse nuit cherchant à m'éclairer,
Je ne sais que souffrir, et non pas murmurer.
Un calife autrefois, à son heure dernière,
Au Dieu qu'il adorait dit pour toute prière:
« Je t'apporte, ô seul roi, seul être illimité,
Tout ce que tu n'as pas dans ton immensité,
Les défauts, les regrets, les maux et l'ignorance. »
Mais il pouvait encore ajouter l'espérance.
S’en suit une querelle sur la question de la providence entre Voltaire, le « pessimiste gai » , et Rousseau, l’«optimiste triste ». Ce dernier lui répond dans sa « Lettre sur la Providence ». Il dit :
LETTRE SUR LA PROVIDENCE
Vos deux derniers poèmes, Monsieur, me sont parvenus dans ma solitude, et quoique mes amis connaissent l’amour que j’ai pour vos écrits, je ne sais de quelle part ceux-ci me pourraient venir, à moins que ce ne soit de la vôtre….Tous mes griefs sont donc contre votre Poème sur le désastre de Lisbonne, parce que j’en attendais des effets plus dignes de l’Humanité qui paraît vous l’avoir inspiré.
Vous reprochez à Pope et à Leibniz d’insulter à nos maux en soutenant que tout est bien, et vous amplifiez tellement le tableau de nos misères que vous en aggravez le sentiment : au lieu de consolations que j’espérais, vous ne faites que m’affliger ; on dirait que vous craignez que je ne voie pas assez combien je suis malheureux, et vous croiriez, ce semble, me tranquilliser beaucoup en me prouvant que tout est mal.
Je ne vois pas qu’on puisse chercher la source du mal moral ailleurs que dans l’homme libre, perfectionné, partant corrompu ; et, quant aux maux physiques, ils sont inévitables dans tout système dont l’homme fait partie ; la plupart de nos maux physiques sont encore notre ouvrage. Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez, par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également, et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul. Combien de malheureux ont péri dans ce désastre, pour vouloir prendre l’un ses habits, l’autre ses papiers, l’autre son argent ?
Vous auriez voulu, et qui ne l’eut pas voulu ! que le tremblement se fût fait au fond d’un désert. Mais que signifierait un pareil privilège ? [...] Serait-ce à dire que la nature doit être soumise à nos lois ? J’ai appris dans Zadig, et la nature me confirme de jour en jour, qu’une mort accélérée n’est pas toujours un mal réel et qu’elle peut passer quelquefois pour un bien relatif. De tant d’hommes écrasés sous les ruines de Lisbonne, plusieurs, sans doute, ont évité de plus grands malheurs ; et malgré ce qu’une pareille description a de touchant, et fournit à la poésie, il n’est pas sûr qu’un seul de ces infortunés ait plus souffert que si, selon le cours ordinaire des choses, il eût attendu dans de longues angoisses la mort qui l’est venue surprendre.







Commentaires
Entre rationalité de Voltaire et spiritualité de Rousseau, merci de m'avoir replongé dès mon réveil dans des réflexions qui ont bercé ma prime jeunesse!
Ceux textes m'ont ramené à une époque où la jeunesse essayait de voir les grands catastrophes de ce monde autrement qu'à travers la "colère de Dieu" (Ghadab Allah)!
Le tremblement de terre venait de détruire Agadir et personne à l'époque n'avait pensé que cela pouvait être un acte divin délibéré pour punir les hommes, comme certains ont qualifié le tsumani qui avait ravagé le Sud-est asiatique il y a quelques années!
Je rejoints l'avis de Hmida. A l'époque du séisme d'Adagir, 28 ans avant mon arrivée dans ce monde, je n'ai pas eu d'échos de punitions divines.
Les Hommes croient en ce qui leur arrange. Cette peur extrême du Créateur apparut après la polarisation du monde (occident, orient), c'est donc tout naturel de ramener tous les bonheurs et les malheurs de la terre à une origine mystique... Comme le Tsunami ! Même les plus grands religieux clament le même message, la colère de Dieu s'est abattue sur nous !
C'est l'explication de l'ignorant, du paresseux, celui qui ne voit pas plus loin que sa vision.
Et pour revenir à Voltaire, j'apprécie l'état d'esprit de ses textes, mais je les trouve lourds, un brin trop irrationnel. Rousseau, ce semi-révolutionnaire, a libéré les hommes, mais n'a jamais oublié de préciser, dans "Emile et Sophie", que la femme est douce, belle, aimante, que sa place est au foyer ! Un vrai macho !
certes il est bien plus aisé et accommodant et plus aisé, de croire aux poèmes des poètes, à la philosoqhie des philosophes, au savoir des savants, aux promesses des politiques, aux mascarades des économiques, à l'athéisme des athées, à l'incrédulité des incrédules...
tout cela est bien beau, mais où cela nous mène...
en tout cas, moi, dans ces cas et devant de telles catastrophes là, je prie le CREATEUR, tant pour les morts que pour les vivants et je laisse les philosophes philosopher, les économiques économiquer, les politiques politiquer, les athéistes athéiser, du moment que ça les défoule et que ça les rassure sur leur vaine existence, et surtout que ça leur rapporte et leur donne l'impression d'être des...créateurs...
en outre si je peux agir, j'agis...
Voltaire serait un Marocain contemporain, on l'aurait mis en prison pour atteinte au "sacré".
@hmida
On dit parfois de vrai pour servir aux intrigues.La tragédie de l'ile Haiti n'est pas une bonne occasion de règlement de comptes entre intégrisme makhénien et intégrisme PJD,ni s'en servir pour ça.Il ne faut en profiter pour marquer de point,on a déjà reprocher au PJD en 2005 l'usage de Tsunami pour marquer des points dans l'opinion,on doit aussi reprocher telle conduite quoi qu'elle en soit la provenance.
L'affaire de haitiens dépasse les mini comptes, elle est humain et l'humanité doit étre solidaire là sans contre partie, le devoir humanitaire l'oblige.
C'est beau que le roi Mohammed VI exprime une solidarité de fait avec les haitiens.
doukkali et hmida
mohammed VI et hassan II avant lui citent l'intervention divine lors des catastrophes naturelles.
@bzzz com 6 et autres:
J'ai des opinions politiques et des convictions philosophiques,je ne suis contre athés, ni agnostiques ni croyants, je suis différent de certains semblables aux autres.Que Mohammed VI et Hassan II implorent Dieu, ce n'est pas un défaut, pourquoi doit on le leur reprocher? quelle objection on a contre tel acte de leur part, surtout eux commandeurs des croyants?
Devant le drame,l'épreuve on a peur et devant la peur on est faible,chacun de nous se trouve dans de telle situation.Quand on a peur et on cultive l'espoir on s'adresse à une puissance transcendante.Quand on est incapable de l'implorer d'autre le font à sa place, remarque un malade ou un mourant quand il ne peut rien, on prie pour lui.Nous sommes si faibles pour avoir du courage qui défi la peur, mais en vain.La tragédie d'Haïti exige que tous les hommes fasses des gestes de solidarité.C'est nécessaire pour le morale des gens en difficulté, des survivants de drame.L'essentiel est de ne l'exploiter pour marquer des points, on ne s'intéresse aux drame des gens pour tirer profit, pour d'autres buts qu'être solidaire avec des gens en difficulté, c'est le calcul des minables!
com 7 2éme ligne:lire "je suis différent de certains,semblable aux autres"
C'est malheureux ce qui survient à Haïti. Et c'est encore plus triste de voir que certains profitent de ce malheur pour gagner du capital politique ou régler leurs comptes.
Même avis que cher lecteur Hmida;
c mesquin qu'on tombe dans ces petits calculs politicienne macabres de ceux qui se prétend être " éclairés" .. et qui ne cessent de donner des leçons à autrui..
mohamed
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@hmida
On dit parfois de vrai pour servir aux intrigues.La tragédie de l'ile Haiti n'est pas une bonne occasion de règlement de comptes entre intégrisme makhénien et intégrisme PJD,ni s'en servir pour ça.Il ne faut en profiter pour marquer de point,on a déjà reprocher au PJD en 2005 l'usage de Tsunami pour marquer des points dans l'opinion,on doit aussi reprocher telle conduite quoi qu'elle en soit la provenance.
L'affaire de haitiens dépasse les mini comptes, elle est humain et l'humanité doit étre solidaire là sans contre partie, le devoir humanitaire l'oblige.
C'est beau que le roi Mohammed VI exprime une solidarité de fait avec les haitiens.
@ bzzz : Si ma Tante avait été un homme, je l'aurais appelée mon Oncle... Mais tu devrais lire ce que Voltaire a écrit sur l'Islam, un texte surprenant sur le "génie" particulier de cette religion et de son prophète. ce texte figure dans le paquet de volumes de ses oeuvres complètes éditées il y a une cinquantaine d'année en Suisse je crois et que j'ai malheureusement perdus dans un déménagement... j'allais dire un tremblement de terre. Crois moi, bzzzz, il n'y a rien de plus stérile que les procès d'intention. Ou alors, lance toi dans la politique fiction !
a part ça, d'accord avec Shifty, Rousseau était un grand naze ! Sa théorie du contrat social est intéressante mais il n'y a pas plus de bon sauvage que de beurre en broche. Rousseau avait beau se promener dans les bois, il n'a jamais osé intégrer la notion d'animalité humaine qui fait que tout se détermine des rapports (pas directement sexuels) entre mâles et femelles, dominé(e)s et dominant(s). D'où la niaiserie et la supercherie foncières de bien des systèmes politiques qui se sont fondées sur son approche de la démocratie. Niaiserie, supercherie ? La république gaullienne à la sauce Sarkozy !
Ce qui m'a frappé dans le spectacle de l'apocalypse haïtienne, ce sont ces gens qui se sont servis de cadavres pour barricader des rues. Port au Prince, Auschwitz, quelle différence dans l'échelle du mépris de la dignité humaine. Les nazis n'avaient rien inventé et parfois les tremblements de terre ont du bon, que le bon Dieu s'en soit mêlé ou pas : révéler ce qu'il peut y avoir de pire dans la chair humaine lorsque c'est l'esprit qui se décompose en premier...
L'humanité n'a jamais été aussi solidaire que notre temps.Ce qui arrivait aux haitiens peut arriver à n'importe quelle communauté.La communauté new yorkaise était dans le drame le 11 septembre 2001, il faut le dire haut.Un pays aussi fort que USA affronte un drame et se montre incapable de prévenir cette malheureuse date de son Histoire.Le Maroc a connu de même, et le dernier exemple est celui du Al Hoceima en février 2004, et l'aide étranger, y compris celui des américains, est arrivé en place avant celui des marocains, il faut le dire haut et fort aussi.Ils n'ont rien exigé de contre partie.Le devoir humanitaire les y oblige, ils ont fait de même pour Tsunami sans chercher à faire de l'aide humanitaire dans ces cas un fond de commerce.Il est ridicule de sauter sur des occasions et en faire une tentation pour y chercher un crédit aux détriment des victimes d'un drame.Des responsables publiques au Maroc ne manquent aucune occasion pour faire du service publique rendu tout simplement un acte de bienfaisance dut à leur volonté, un notable peut le faire même s'il est faisable de le considérer comme acte de solidarité, pour que ça aboutisse et en donner un exemple, mais considérer un service publique comme charité ça montre combien on est encore très distancé par ce monde qui est plein des sentiments humanitaires, des sentiments qu'il n'utilise forcément pour en tirer profit.Ce ne sont que les minables qui font des mini calculs.
A vous chers amis.
COM 11 : a part ça, d'accord avec Shifty, Rousseau était un grand naze...
Bah ya qu a lire "les confessions" pour comprendre pourkoi rousseau n'a rien ecrit d'elogieux sur l'Islam (je parle de l experience humaine partagé avec un maure à marrakech). Les taupins de 95-97 doivent connaitre les dessous de l'histoire puisqu on les a obligé a savoir.
A part ca qu'ALLAH vienne en aide aux démunis.
C'était le petit Journal lol