Le monde : les grands procès 1944-2009
Par Larbi le vendredi, janvier 15 2010, 01:05 - Lien permanent

C’est un livre à mettre entre les mains de tous les amoureux des chroniques judiciaires.
« Le monde : les grands procès 1944-2009 » est un recueil de chroniques judiciaires de 100 procès exceptionnels, telles qu’elles ont été publiées en leur temps. Elles constituent un roman du réel avec des personnages nommés la cour, les jurées, le président, l’accusé, le procureur, la partie civile et la défense. Et elles offrent un passionnant voyage dans le temps et dans l’histoire.
Le livre commence par du lourd : le procès du Maréchal Pétain devant la haute cour. Le chroniqueur (anonyme) rend compte de la déclaration de celui sur qui pèsent de lourdes charges et qui se considère toujours « le maréchal de France, chef de l’Etat ». Il ne veut pas s’adresser à la cour mais au seul peuple français « c’est à lui seul que s’adresse le maréchal de France, chef de l’Etat. Je ne ferai pas d’autre déclaration. Je ne répondrai à aucune question ». L’éditorialiste Rémy Roure : « Il eût mieux fallut, pour lui-même et pour la France, que Pétain disparût dix ans plus tôt ». Le procureur général Mornet « Le gouvernement de Pétain, né de la défaite et d’un abus de confiance, n’a pu se maintenir pendant quatre années qu’en acceptant l’aide de la force allemande, en mettant sa politique au service de la politique allemande, en collaborant dans tous les domaines avec Hitler. Cela, messieurs, c’est la trahison ! ». Me Isorni, avocat de Pétain : « Vous avez fait parler les hommes qui sont partis ; laissez-moi faire parler les hommes qui sont restés. Qu’ils viennent tous aujourd’hui, qu’ils forment cortège au maréchal et qu’à leur tour, ils protègent celui qui les avait protégés ». Le 14 août 1945 la Haute Cour condamne Pétain à mort et « tenant compte du grand âge de l’accusé demande que la condamnation à mort ne soit pas exécutée ».
Pierre Laval jugé trois mois plus tard a été plus loquace « Bravache, ironique, accusateur, Laval ne cesse de provoquer ses juges» raconte le chroniqueur. Malgré la gravité des faits et du moment, l’interrogatoire de l’ancien chef du gouvernement de Vichy se transforme en un condensé de joutes oratoires. « Le président : A Vichy, lors de la réunion secrète de l’Assemblée nationale, vous avez tenu des propos hostiles à l’Angleterre. Pierre Laval : Que pensiez-vous de Mers El-Kébir ? . Le président : Je ne suis pas encore votre accusé et c’est moi qui vous interroge ». A la suite de son procès Pierre Laval est fusillé.
Les procès, classés par ordre chronologique ne se limitent pas aux affaires de collaboration et trahison. Les chroniques à rebondissement racontent les grandes affaires et les petites histoires. Le roman de l’étrangleur(1966), Les fesses de Polnareff qui ne font pas rire les juges (1972), les petites annonces de Libé au tribunal (1979) , le mythomane qui voulait sauver le président (1982) , la dérobade de Françoise Sagan (1995) …. Pour ne citer que quelques chroniques dont le titre est évocateur.
Parmi les chroniques les plus marquantes rendant compte des procès les plus spectaculaires, il y a assurément celle du procès Patrick Henry intitulée « Et Robert Badinter commerça à parler ». Et c’est Pierre Georges, une des plus belles plumes journalistiques françaises, qui en rend compte. Il écrit : « Les mots sont maladroits. Les écrits trahissent. Les citations limitent. Comment rapporter ici la dimension incroyable de ce qui s’est passé jeudi après-midi dans cette salle d’assises comble et surchauffée, ce souffle prodigieux qui a inversé la séance d’un procès pour en changer le dénouement apparu inexorable ? ». Il écrit : « Tout semblait dit parce que, en effet, Patrick Henry, par son comportement ici et pour les faits ailleurs, semblait indéfendable, parce que cet homme-la avait même réussi, on l’avoue, à créer un doute affreux dans l’esprit de ceux qui, par principe, refusent la peine de mort ». Patrick Henry a tué le petit Philippe, les faits étaient établis et avoués, et la France presque entière réclamait sa mort. Robert Badinter essaya de le sauver de la mort. Pierre Georges raconte un « Me Badinter, pâle, maigre, le visage blême, [qui] commença à parler d’une voix volontairement assourdie, cassée, martelant les mots un peu au rythme d’une marche funèbre, et prononça les premières phrases d’une plaidoirie improvisée et qui mériterait pourtant publication ». Il rapporte les propos de l’avocat : « … S’il y a un endroit où on ne peut croire à l’exemplarité de la peine de mort, eh bien ! c’est ici; où habitait Patrick Henry quand Buffet et Bontems ont été condamnés à mort ? Vous n’exécutez pas une fonction de défense sociale, avec cette fonction sanglante ; on apaise, on fait croire que l’on défend ; on se trompe. A mort, à mort, c’est politiquement payant. Et moi je vous dis : Si vous le coupez en deux, cela ne dissuadera personne… Vous allez voter maintenant. C’est vous et vous seuls, et chacun de vos votes est acquis pour toujours. Et puis il y aura un autre crime affreux. Et puis vous y penserez. Et puis, il y’aura l’abolition. Vous diriez à vos enfants que vous avez condamné un homme à mort, même un tueur d’enfant, et vous verrez les regrets ». Après une heure trente de délibéré, la cour condamne Patrick Henry, qui échappe miraculeusement à la peine de mort, à la réclusion criminelle. Maître Badinter sera l’artisan de l’abolition quelques années plus tard.
Vous lirez cela et d’autres chroniques dans ce bijou du genre journalistique « Le monde : les grands procès 1944-2009 » (Edition les arènes). Des chroniques passionnantes, parfois drôles et parfois cruelles, réédités en récidive.







Commentaires
@ Larbi
Bon sang ne saurait mentir: tu es un un bon blogueur, toujours à l'affut de sujets intéressants sortant des sentiers battus ...On retrouve dans ce billet, le Larbi qui nous a fait aimé la blogoma!
Merci de signaler ce bouquin!
C'est du pottecher tout craché ! j'ai vite été projeté dans les émissions animées jadis à la télé par ce dernier.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%...
J'ai pensé aussi à Pierre Bellemare .
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre... .
C'est ce que m'inspire ce billet.
Ce livre ou plutôt ce monument est une merveille. En remontant les pages c’est l’Histoire que l’on découvre. La grande Histoire avec Pétain, Papon, Clearstream, mais aussi la petite histoire, l’histoire des moeurs… Le fait divers permet de prendre le pouls de la société. Il est aussi le lieu où se révèle toute la complexité de l’humain et ses horreurs.
Ces grandes histoires judiciaires semblent étrangement résister au temps pour nous poser question, comme si elles avaient le pouvoir de nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes ou sur l’Homme.
Le chroniqueur tente d’approcher l’énigme du crime. Parfois le criminel est semblable à l’image que l’on peut attendre de lui, comme Fourniret. Il peut fasciner comme Simone Weber. Apparaître comme une énigme insondable qui trouble l’observateur, comme Jean-Claude Romand qui craque dans une crise d’hystérie et donne l’impression au journaliste d’être voyeur. Parfois, le criminel apparaît aussi incompréhensiblement normal et tellement différent de son crime comme Florence Rey. L’acte dépasse souvent ses protagonistes incapables de se l’expliquer à eux-mêmes, et a fortiori aux victimes ou à leurs proches. Ce sont des parents qui ont tué leur enfant, des déchéances inimaginables comme celle de Marc Cécillon.
En feuilletant le livre on retrouve des affaires qui ont marqué l’inconscient collectif et que découvriront les plus jeunes (les lettres de sang qui accusent Omar Raddad, les mensonges de Jean-Claude Romand, la folle cavalcade de Florence Rey, l’innocence de Richard Roman l’affaire Ranucci, Lucien Léger, le procès de la peine de mort fait par Badinter qui sauva Patrick Henry, le fiasco d'Outreau, Oradour, la Josacine empoisonnée…). Mais aussi des affaires plus anciennes ou moins connues. Il ya aussi des moments extrêmement drôles comme le récit du procès de la bande à Rouillan.
@ Larbi
Il faut cependant reconnaitre que ce genre de billet, fort utile et signe d'un esprit ouvert et curieux, n'inspire pas beaucoup tes commentateurs habituels!
Et c'est bien dommage!
Il ne fait trop faire confiance à la justice française, c’est une des plus raciste au monde....y a que ces procès entre eux qui peuvent connaître un peu d’équité.
Je ne manquerais pas de voir s'il est disponible ce dimanche... si je peux.., bien que j'avoue être scéptique d'avance vu que je n'imagine pas une publication pareille sans la validation d'un comité de lecture ''politically correct''...bref, je ne suis pas spécialement un fana du genre bien que les procès historiques.. c'est tellement passionant.. on verra !
Larbi, à propos...je n'ai jamais eu de doute pour ton penchant pour la justice.. sociale en particulier, et je tiens à te dire que ton pays, le mien, celui des marocains.. ne serait pas ce qu'il est est sans cette diversité dans les sensibilités..., cette richesse et cette complicité que nous avons tous à aimer ce pays...finalement... chacun à sa manière, chacun selon sa culture il est vrai aussi..et surtout lorsqu'on le quitte pour s'installer ailleurs ! en tous cas, et à mon avis.. il faut garder à l'esprit que l'histoire ne se refait pas.. et que tant qu'il y aura une justice revendiquée pour des causes justes, il finira par y avoir justive... enfin.. si Dieu le veut comme on dit ! et souhaitons à ce pays que nous aimons de notre coeur; le meilleur qui soit.