Le 14 décembre 2006 Nakheel Development Limited émet le plus grand emprunt obligataire islamique Soukouks pour 3,52 milliards de dollars. Le marché plébiscite l’émission qui fut un grand succès.

Nakheel promettait aux investisseurs de faire d’énormes profits : les actifs sous-jacents à l’émission obligataire sont des projets, immobiliers et d’infrastructure, faramineux et prometteurs.



Source: Nakheel Development Limited- Offering Circular, 13 December 2006

Quelques mois auparavant l’émirat s’est dotée d’un nouveau « PDG » le Cheikh Mohamed ben Rached al-Maktoum, dit «Cheikh Mo», qui voulait faire de Dubai un mix de New York, Venise et Orlando, un Miami du Golfe Persique, à coup de projets démesurés. Après tout, le très glamour Mohamed ben Rached al-Maktoum est à la tête d’un émirat qui cultivait les paradoxes : un mélange de régime politique autoritaire et régime économique ultra-libéral. Ce qui n’était pas sans déplaire au émirat voisin , Abou Dhabi, qui regardait d’un œil fâché la démesure et les ostentations de son frère ennemi. Abou Dhabi, qui contrairement à Dubai déposait d’énormes réserves pétrolières, s’est résigné à laisser la célébrité et les paillettes au royaume du «Cheikh Mo» se contentant du pouvoir politique.

Nous sommes la veille du 14 décembre 2009 date d’échéance des Soukouks émis par Dubai et le lendemain d’une crise immobilière et financière qui a bouleversé la planète. Voici l'état des projets faramineux qui promettaient aux souscripteurs des profits énormes et hallal compliant :


Infographie le Monde du 11 décembre 2009

 En rouge : projets abandonnés. En Orange : projet inaboutis.


La plupart des projets immobiliers, hors prix, et autres îles artificielles sont inaboutis quand ils ne sont tout simplement pas abandonnés. Ceux qui ont fait objet de transactions ont été vendus contre un petit acompte à des spéculateurs qui les remettait sur le marché alors qu’ils ne sont même pas aboutis. Si bien que cette luxueuse offre ne correspondait à aucune demande. Et pour ne pas arranger les affaires des souscripteurs des Soukouks Nakheel , l’émetteur et son garant, Dubai World , demandent un moratoire sur leur dette et se font sanctionner par toutes les agences de notation qui les rétrogradent.

Dubai a trop de fierté pour crier famine, du moins publiquement, chez le frère ennemi. Abou Dhabi a les moyens et pour cause il est à la tête de « Abu Dhabi Investment Authority » le plus grand fonds souverain du monde avec plus de 800 milliards de dollars gérés. L’émirat d’Abou Dhabi a attendu la dernière minute pour renflouer son frère de 10 milliards de dollars dont une partie servira à rembourser les Soukouk d’Annakhil. Comme qui dirait une correction infligée par un frère austère et raisonné à son petit frère glamour et gourmand .