AFP - Deux journalistes du quotidien marocain arabophone Al Massae (indépendant) ont été condamnés lundi à de la prison ferme par un tribunal de Casablanca pour "publication de fausse information" en liaison avec un article sur un cas de trafic de drogue, a-t-on appris de source judiciaire.
Le directeur, Rachid Nini, a été condamné à une peine de trois mois d'emprisonnement et le journaliste auteur de l'article incriminé, Saïd Laâjal, a pour sa part été frappé de deux mois fermes pour les mêmes raisons, a-t-on ajouté. Les deux hommes ont été laissés libres de leurs mouvements. Ils ont dix jours pour interjeter appel de ce verdict mais Rachid Nini a d'ores et déjà déclaré à l'AFP qu'il ne le ferait pas.
Les deux journalistes sont poursuivis pour avoir publié une "fausse information" liée au démantèlement, le 17 août, d'un important réseau de trafic de drogue au Maroc, une filière baptisée "Triha", du nom de son chef présumé. Ce dernier figure parmi les seize "barons" présumés de la drogue arrêtés dans le nord du pays après un vaste coup de filet policier.
"C'est une mascarade, je ne ferai pas appel", a affirmé à l'AFP Rachid Nini, ajoutant que le parquet lui "reproche d'avoir écrit que pendant l'interrogatoire de +Triha+, celui-ci a +balancé+ le nom d'un responsable de la justice". "Ma condamnation est une intimidation, il faut poursuivre les vrais trafiquants", a poursuivi M. Nini.


Je n’irais pas jusqu’à dire, comme eatbees, qu’en ne faisant pas appel Rachid Nini « fait œuvre de courage et de désobéissance civile ». Il n’en a tout simplement pas le profil. Non il n’est pas cet homme-là. Ce n’est pas un héros!

Le directeur de l’hebdomadaire « Al Michâal» , Idriss Chahtane, n’a pas eu la chance de Rachid Nini. Il a été écroué a la fin de l’audience le condamnant à un an prison ferme. Je voudrais que certains lecteurs mettent de côté le conflit ARB-Nini et se rappellent ce qui suit. Qu’a fait Rachid Nini, lorsque Idriss Chahtane et une dizaine d’autres journalistes de publications arabophones subissaient les foudres de la justice marocaine ? Rachid Nini n’a pas ménagé ses efforts et n’a pas raté une seule occasion pour les stigmatiser et les enfoncer. Rachid Nini a utilisé son journal pour jouer le procureur médiatique et donner un coup de mains aux procureurs judiciaires. Il ne s’est pas solidarisé avec ses confrères. Au contraire, il les a attaqués. Il a lâchement tiré sur l’ambulance qui les transmettait. Quelle élégance ! Il a même censuré l’un de ses chroniqueurs pour le seul crime de s’être solidarisé avec eux.

Le fait est que dernièrement Monsieur Nini s’est montré indigne. Le fait est qu’il a prêté main aux oppresseurs de ses confrères et a fournit à la police des argumentaires qui ont effectivement été utilisés dans les interrogatoires. Le fait est qu’il s’est montré sous un nouveau visage: celui de la lâcheté intellectuelle. Demandez à Idriss Chahtane. Demandez à Taoufik Bouachrine. Demandez à Ali Anouzla. Demandez aux autres journalistes.

Mais voyez-vous, heureusement que tout le monde n’a pas la même conception de la liberté d’expression et liberté de la presse que celle de Monsieur Nini. La place des journalistes n’est pas la prison mais dans leurs rédactions. Cela vaut pour tous les journalistes. Cela vaut pour Monsieur Nini . Et encore plus pour le journaliste Saïd Laâjal. La place de Rachid Nini et de Saïd Laâjal n’est pas la prison mais dans leur rédaction. Je suis bien entendu solidaire avec Rachid Nini et Saïd Laâjal. Parce que la peine de prison ferme qui leur est infligée est injuste au vu de ce qui leur est reproché. Et parce que même Monsieur Nini a a droit à ce qu’il a toujours dénié aux autres : exercer son métier de journaliste et s’exprimer librement, sans intimidations et sans procès arbitraires débouchant sur des peines infamantes.