On compte pour toute la confédération helvétique quatre minarets (quel effroi !) et une centaine de banques pratiquant le secret bancaire. Que font les Suisses ? Ils organisent un référendum pour interdire les premiers. On appelle cela le sens des priorités.

Il y a quelque chose de déroutant dans ce référendum suisse. Durant mes différents voyages en Suisse, il m’a semblé que les citoyens de ce pays ne font pas une fixette sur l’Islam et les musulmans. En tout cas pas de la même manière qu’en France. Au contraire et c’est assez surprenant, les têtes de turc la-bas sont… les Français. Ces frontaliers qui « viennent travailler la journée en Suisse et rentrent chez eux le soir sans consommer même pas un café ni participer à la vie locale » me dit-on souvent.

La deuxième chose qui me frappe assez souvent est l’absence d’identification nationaliste. Quand vous parler avec des Italiens en Italie, des Espagnols en Espagne ou même des Hollandais aux Pays-Bas, il y a toujours ce côté « nous les Italiens », « nous les Espagnols…. » . Quand vous parlez avec des Suisses en Suisse, y a rien , Nada, tout au plus une identification au canton de résidence. Sans doute le caractère confédéral de la Suisse y est pour beaucoup de choses.

Troisième chose, et j’en termine-là, c’est le rapport des Suisses de souche (pour reprendre une expression franco-française) avec la communauté musulmane. En vérité, cette communauté n’existe pas en tant que tel à la différence de la France par exemple où elle est souvent synonyme de Français et d’immigrés d’origine maghrébine. Qui sont les musulmans de Suisse ? Contrairement au reste de l’Europe ils sont constitués d’un mélange très peu homogène de nationalités diverses. Qui, je dois le dire, sont très bien intégrés dans la vie locale suisse dans une mixité sociale et professionnelle exemplaires. Il y a les Kosovars , qui sortent du lot, mais jusqu’à une date récente ils n’ont jamais été perçus comme des musulmans mais comme des Kosovars tout court.

Je ne comprends pas. A chaque fois je suis ébloui par cette Suisse cosmopolite, généreuse et ouverte sur le monde en tout cas comparativement à la France de Nicolas et de son parrain idéologique Jean-marie. Mais je ne vis pas en Suisse et je suis bien conscient que ni le canton de Genève ni celui du Vaud ne sont représentatifs de la confédération helvétique.

Mais tout de même, il y a quelque chose de déroutant dans ce référendum suisse et son net résultat. C’est un peu comme un étudiant studieux, réfléchi et silencieux, toujours le meilleur de sa classe, qui tout d’un coup, un beau jour, commence à fusiller son lycée. Oui il y a un côté tuerie scolaire, à la lycée Columbine, dans ce référendum suisse. Je cherche à comprendre. Sans doute il s’agit d’un « un double paradoxe apparent: une grande acceptation des musulmans, mais une certaine méfiance envers l’islam». Et on peut le comprendre : En se rasant chaque matin, certains extrémistes musulmans se demandent surtout qu’est ce qu’ils peuvent bien faire dans leur journée pour rendre l’Islam encore plus détestable et encore plus effrayant. Sans doute aussi il s’agit d’un triomphe de l’ignorance : le Oui l’emporte surtout dans les cantons ou il n’y a pas de musulmans et est minoritaire là où il y en a.

Ici me reviennent les images de « This is England » l’excellent film de Shane Meadows. Le film raconte l’histoire de Shaun, un enfant de 12 ans , arraché de son innocence par la mauvaise influence des skinheads qui lui inculquent le culte du rejet et de l’intolérance (ca y est… le gros mot est lâché). Il y a quelque chose d’irrespectueux dans le fait de comparer le peuple suisse à un enfant de 12 ans. Mais que penser d’un peuple dont 1,8 millions de « courageux » citoyens ont peur de quatre minarets ?