Arbitraire. Quelqu’un a donné l’ordre aux policiers d’investir et d’évacuer le siège du quotidien arabophone marocain. Ils n’avaient pas de mandat ils ne savaient même pas quelle est leur mission. Envoyés comme on envoie des enfants-soldats à la guerre. Ils réquisitionnent des numéros du journal et ne se rendent même pas compte qu’il ne s’agit pas du bon.

En fait le numéro incriminé a été mis en vente tout le week-end et n’en reste plus que les invendus. Aucune réaction n’a été observée durant sa mise à vente, c’était un numéro entre autres, comme les autres. Puis dimanche soir, on a décidé qu’il y a matière à s’amuser les prochains jours et on s’est dit Radi Nrabbiw Din Mhoum chez Akhbar Al yaoum. On envoie des policiers à la guerre, investir un siège de journal et l'évacuer.

Pravda . Et c’est la Pravda du pouvoir, payée sur le dos des contribuables, qui assure la propagande et la désinformation. Comme toujours, une laconique dépêche de la MAP vaut acte d’accusation et condamnation. Un jour viendra, il faut penser à fermer cette agence et envoyer ses télégraphistes rédiger des contrats de location. Et encore ça serait leur faire trop d’honneurs. 

Illégalité. L’affaire est réglée manu militari. C’est propre au totalitarisme : sans aucune base légale, sans aucune décision de justice, un journal est fermé. La question de l’illégalité de la fermeture ne fait aucun doute. L’Etat marocain bafoue la loi et viole le droit. L’Etat marocain est un délinquant que personne n’ose discipliner. Aussi pire que las voleurs à la machette qui terrorisent la population.

Méthodes de Voyous. Rien n’y fait, rien ne perturbe l’illégalité. Par la force, par les troupes et par les matraques, le siège du journal est fermé. Sur quelle base légale? sur quelle disposition juridique ? On s’en fout, après tout on n’est pas au Suède, on est même pas en Mauritanie. Voyez tous ces « braves » gens qui, sans même savoir de quoi il s’agit, montent au front pour applaudir l’arbitraire. On leur avait donné des pierres ils lapideraient volontairement tout ce qui porte une carte de presse. Ils sont même prêts à jouer les cellules psychologiques pour soutenir ce pauvre pouvoir si sensible et si doux , injustement victime d’acharnement. Après avoir été « briefés » tout ce que compte le royaume comme partis politiques sort son communiqué de dénonciation. Tous sortis du même moule. Celui de la prostitution politique. 

Les pays qui peuvent permettre tant de violence et d’illégalité avec de telles détestables méthodes, dans tant d’indifférence ont un nom : ce sont des régimes totalitaires. Des dictatures. 

Mascarade judiciaire. La règle c’est la règle. Dans les affaires de sacralité, si vous êtes poursuivis, vous êtes automatiquement condamnés. La dépêche organisatrice de la MAP vaut verdict. Jusqu’à preuve du contraire, au Maroc de Mohammed VI comme au Maroc de Hassan II, jamais un juge n’oserait acquitter dans une affaire dont la famille royale est partie prenante. C’est un fait. Un constat. Tout au plus l’interdiction peut être levée mais les journalistes de Akhbar Al youm, et les autres poursuivis dans d’autres affaires, sont d’ores et déjà condamnés. Reste juste à prononcer la peine.

Mais que fait-on quand on est juge au Maroc et on veut valider une décider prise d’en haut qui n’a pas de base légale? On cherche et on se surpasse pour plaire au Seigneur. Souvenez-vous quand le juge n’a rien trouvé pour juger un sondage illégal, il a inventé un motif hallucinant pour valider l’interdiction de Telquel. Il dit « c’eût été improductif de l’invalider, puisque de toute façon, les exemplaires saisis avaient déjà été détruits ». Inimaginable mais seul le Maroc peut se vanter d’une telle performance du ridicule ! 

Baisser le Pantalon. C’est un truc à la mode, tellement à la mode que ça devient trop vulgaire. Ce qui se joue dans ses affaires répétitives c’est aussi cela : un recadrage via une politique de la peur. Une limitation de la relative liberté d’expression, qu’on n’a jamais réellement concédé à ce peuple traité comme un peuple d'enfants. Ce qui a marché pour les élites politiques et économiques et en phase d’être appliqué sur la presse indépendante. C’est un peloton d’exécution. La machine est sophistiquée : les uns massacrent, les autres jettent sur les cercueils leur pelletée de merde. Désolé, beaucoup d’amertume et pas d’autres mots.

Addendum. Arrivé à ce stade du billet j’apprends que dans l’affaire santé du roi, Driss Chahtane, directeur de publication du journal Al-Michaal a été condamné aujourd’hui à un an de prison ferme. Rachid Mahamid et Mustapha Hayrane (journalistes dans le même journal) ont été condamnés à trois mois de prison ferme. D’autres journalistes d’autres publications suivront. Ainsi en va de la deuxième décennie du règne de Mohammed VI : elle ne présage de rien de bon. Inquiétante et décevante.