Alors que la finance mondiale s’est écroulée et le monde s’est enfoncé dans une crise financière sans pareille, un petit village résiste encore à cette déferlante. Il s’appelle la « Finance islamique ». La crise ? Connaît pas ! Songez qu’en 2008, en pleine crise, les actifs des 100 premières banques islamiques ont crû de plus de 66% atteignant le chiffre de 580 milliards de dollars.

Les banques iraniennes à elles seules totalisent 40 % des actifs détenus par les 100 premières institutions islamiques. Et c’est en Iran où l’on trouve la première banque islamique du monde : Bank Melli Iran (BMI). Crée en 1928 elle a joué pendant longtemps le rôle de banque centrale iranienne, avant de devenir banque commerciale puis banque islamique en 1984. Aujourd’hui elle détient 45,5 milliards de dollars d’actifs .

Viennent ensuite les banques islamiques des EAU, de la Malaisie, du Koweït et de l’Arabie Saoudite qui détiennent, elles aussi, 40 % des actifs des 100 premières institutions islamiques. Et c’est Al Rajhi Bank qui occupe le deuxième rang derrière la BMI avec 43,9 45,5 milliards de dollars d’actifs. Avec un résultat net de 1,7 milliards de dollars cette banque saoudienne est la plus profitable de toutes ses consœurs et la seule à dépasser un milliard de dollars en résultat net. Vient ensuite l’iranienne Bank Mellat (39,7 Md$ d’actifs), la Bank Saderat Iran (39,3 Md$) et la Kuwait Finance House (38,2 Md$).

Les facteurs du succès ? Simplicité, finance étroitement liée à l’économie réelle et absence de spéculation. Et c’est Gilles Saint-Marc président de la commission finance islamique au sein de Paris Europlace qui explique mieux , du moins pour les francophones vendus à l’occident, pourquoi la finance Islamique est en vogue. Ses propos méritent d’être cités en intégralité :

La finance islamique est une finance simple. Or nous découvrons aujourd'hui les beautés de la simplicité. C'est qui plus est une finance pérenne qui s'inscrit dans une perspective de long terme.

Par ailleurs, la finance islamique est une finance participative : le bailleur de fonds contribue aux profits et aux pertes de l'actif qu'il finance. Sa posture ressemble alors davantage à celle d'un entrepreneur. Cela est d'autant plus intéressant que dans la finance islamique, il n'y a pas de rupture entre le rendement et le risque. Autrement dit, le rendement est une fonction directe du risque pris.

Au-delà, la finance islamique permet de financer l'économie réelle par opposition à ce qu'il est convenu de dénommer la sphère financière. Dans ces conditions, elle a pour vocation de financer des actifs tangibles, des projets d'infrastructure dans des collectivités locales, des biens immobiliers, des flottes de véhicules automobiles, la construction de navires, de réseaux de chemin de fer…

Grâce à sa simplicité (Simple is beautiful!) et son réalisme, la finance islamique a évité toutes les pratiques qui ont causé l’effondrement financier mondial. Mais aussi, et surtout, grâce aux soutiens des Etats musulmans qui pour la plupart sont actionnaires de ces banques, garants de leur solvabilité et leur liquidité.

Maintenant travaux pratiques. Mais de quoi on cause ici ? Prenons le produit Islamique « Mourabaha » commercialisé par la Banque populaire du Maroc qui fonctionne comme suit :

On entend par Mourabaha tout contrat par lequel notre Banque acquiert, à la demande d’un client, un bien meuble ou immeuble en vue de le lui revendre à son coût d’acquisition plus une marge bénéficiaire convenue d’avance.

Le processus de mise en place de ce produit se présente selon les étapes suivantes :

  • Le client choisit le bien à financer
  • le client formule sa demande de financement à la banque en fournissant un dossier constitué du devis en plus de tous les justificatifs nécessaires.
  • Via le contrat Mourabaha tripartite (client, banque et vendeur), la banque acquiert le bien auprès du vendeur et le revend au client. Le prix de revente au client comprend : le prix d’acquisition, les frais, droits et taxes et la rémunération de la banque
  • La livraison se fait directement du fournisseur au client
  • Le règlement du client se fait en un ou plusieurs versements pendant une durée convenue à l’avance.

Par rapport à un crédit immobilier classique la nuance peut être difficile à percevoir (elle est même sujette à polémique) mais elle réside dans la conformité avec notre chérie Charia islamique :

  1. Pas d’usure : La banque achète pour le compte du client un bien immobilier, rajoute ses frais et sa commission et lui facture le tout. Attention nuance : ce qui justifie la rémunération de la banque ici n’est pas la transaction financière (intérêts, Chut il n’y en a pas, faut pas blasphémer) mais la transaction commerciale (transaction réelle + marge commerciale pour la banque) 
  2. Pas de taux d’intérêt variable ni de subprimes : tout est fixé dès le départ sur des bases de calculs réelles. Jamais de majoration de prix en cours de contrats. Tout au plus la banque peut facturer des dédommagements de retard.
  3. Autre nuance : contrairement à un crédit immoblier le bien ici n’est pas hypothéqué, il est propriété du client dès la réalisation du contrat. Bon c’est pas totalement vrai puisque dès la signature du contrat la banque, islamique mais loin d’être bienfaitrice(faut bien croûter mon frère), prend un gage sur votre immeuble qu’elle peut mettre en jeu pour récupérer le prix auquel elle vous a vendu (si si) votre appartement (Je ne sais pas si ceux qui suivent encore, et ils ont du mérite, ont saisit la nuance hypothèque/gage).
Voilà pour l’exemple. Ici pas de risque de subprimes : rémunération fixée et figée dès la conclusion du contrat, la banque ne s’aventurerait pas à accorder des Mourabaha à n’importe qui, ne serait-ce que parce qu’elle achète et revend le bien immobilier (Oui... on est dans le réel ma p’tite dame ! d’ailleurs où est ta Burqa ispice di counass? ).

En fait, je retire ce que j’ai dit sur la simplicité de la finance islamique. C’est plein de nuances et c’est compliqué, faire du Charia Compliant ca demande des compétences pointues. Mais n’ayez crainte le truc le plus à la mode actuellement c’est de faire un master en finance islamique. Parmi les formations les plus courues en France la « Finance Islamique » de Dauphine qui s’adresse aux hauts cadres de la place Paris. Et croyez-moi en France, c’est aussi révolutionnaire qu’un noir président des Etats-Unis.

Allez une dernière pour la route : vous trouverez sur Al-kanz (qui comme son nom ne l’indique pas n’est pas une banque mais un portail Internet de consommation compliant) une page riche de liens relatifs au sujet. Bonne lecture et une fois tout assimilé, revenez pour prononcer la profession de foi de l’Islam. Et paix sur ceux qui suivent la bonne guidance :)