Ainsi donc sur les colonnes du Matin du Sahara et du reste il déclare « Maintenant parlons entre nous les yeux dans les yeux ». « Maintenant » après avoir porter la voix des censeurs je vous autorise à parler. Dans ma grande bonté, moi Khalid Naciri, je vous autorise « Maintenant » à débattre après vous avoir recadré et fixé les limites de ce que vous pouvez discuter et de ce que vous ne pouvez pas. Voyez j’autorise même « les nihilistes sincères, à se joindre » au débat. « Maintenant » 

Mais une chose lui a échappé : le débat est ouvert depuis des années et personne ne lui demande la permission d’y participer ni de fixer ses limites et ses paramètres ni de désigner ses acteurs. La suffisance du ministre de la communication, qui se prend pour un maître d'école, est désarmante !

« Le terrorisme intellectuel a tué le débat » dixit Khalid Naciri . Le terrorisme intellectuel, Monsieur Naciri, c’est quand des journaux sont saisis et détruits à l’imprimerie par des agents des renseignements généraux. Le terrorisme intellectuel, Monsieur Naciri, c’est quand des journalistes sont poursuivis devant des tribunaux, et condamnés par une justice de vengeance, à des peines de prison ou des amendes lourdes. Le terrorisme intellectuel c’est quand vous ne pouvez pas parler du Chef de l’Etat  sans risquer un procès ou au mieux d’être transformé en un monstre aux yeux de l'opinion publique. Le terrorisme intellectuel, Monsieur Naciri, c’est cette épée de Damoclès appelée atteinte aux sacralités qui est suspendue au-dessus de la tête de chacun, journaliste, bloggeur et simple citoyen, et qui menace de tomber à tout instant. Arrêtez avec cette ridicule posture de victimisation et qui pour le moins insultante puisque aujourd’hui, sans juger de votre passé, vous êtes dans le camp de ceux qui exercent ces exactions qui censurent et expliquent la censure. 

Vous affirmez sans scrupules «le pays est soumis au matraquage cacophonique du discours unique négativiste ». Vous rendez vous compte de ce que vous dîtes ? Faut-il vous rappeler, bien que vous soyez ministre de la communication, que les chaînes de télévision nationale , la TVM et 2M, se livrent quotidiennement à un florilège d’éloges et de flatterie et que les voix qui sortent du rang  y sont quasiment interdites. Faut-il vous rappeler, bien que vous soyez ministre de la communication, que l’Agence officielle de presse , la MAP, alimente quotidiennement les rédactions de dépêches dévolues exclusivement à l’éloge du pouvoir . Faut-il vous rappeler, bien que vous soyez ministre de la communication, que la majorité des titres de la presse écrite est muselée par les pouvoirs publics et les partis politiques, moue et dubitative quand elle ne verse pas dans l’adulation, les louanges et la flatterie. Vous vrendez vous compte de ce que vous dîtes ? 

On vous a beaucoup vu à la télé ces derniers jours, expliquer l’absurde et le rétrograde, que les Marocains ne sauraient donner leur avis sur le Chef de l’Etat et le chef de l’exécutif. On vous a vu dire que «demander aux citoyens ce qu’ils pensent de l’œuvre de leur roi est déjà en soi une atteinte au principe et au fondement du système monarchique » et répondre à la question du journaliste de France 24 sur ce que vous pensez de l’œuvre du roi que « le bilan est absolument fabuleux, le Maroc de Mohamed VI est un chantier extraordinaire » Monsieur Naciri quand vous trompez-vous ? Quand vous dites qu’il ne fait pas évaluer l’œuvre du roi ou quand vous en faites l’évaluation élogieuese ? quand vous trompez-vous ? C’est à se demander s’il faut vous prendre au sérieux. Demandez à n’importe quel étudiant de CM2 il vous dira qu’ou bien vous ne vous rendiez pas compte de ce que vous dites ou bien vous insinuez que les Marocains ne doivent évoquer le bilan du roi qu’en le qualifiant d’extraordinaire.

On me pardonnera la redondance mais l’impasse sur laquelle bloque le débat est celle-là : comment est-il possible en 2009, que dans un régime de Monarchie absolue où pas une seule affaire majeure ou mineure n’a échappé au contrôle du roi, les 30 millions de citoyens ne peuvent pas discuter la pertinence des politiques publiques ni les évaluer ni même donner leur avis. Comment est-ce possible ?

Qu'est-ce qui vous dérange tant ? Qu’est ce qu’il y a de nihiliste si  effarant et monstrueux  à dire qu’il est temps de passer à une vraie monarchie parlementaire  ou lieu de l’actuelle absolue. Qu’un teneur d’affaire publique, fut-il le Roi du Maroc, se doit d’accepter l’évaluation de ses administrés fut-ce par symbolique sondage.  Que l’entourage du chef d’état n’a pas à s’immiscer dans le secteur privé sinon il se placerait en conflit d’intérêts ou du moins à être juge et partie. Qu’il est grand temps de finir avec l’absolutisme, la corruption et le despotisme et que le suffrage universel doit être source du pouvoir et immunisé contre l’interventionnisme des autorités publiques. Que la séparation des pouvoirs n’est pas un luxe mais une exigence fondamentale pour la démocratie. Que la torture et les atteintes aux droits fondamentaux et à la liberté d’expression sont des crimes et que ceux qui en sont responsables doivent répondre de leurs actes. 

Qu'est-ce qui vous dérange tant ? Qu’est ce que vous ne compreniez pas ?

Et voyez-vous, nous ne sommes pas au bout de nos peines, le Souverain a même élevé ses décisions économiques au rang des sacralités dans le dernier discours de trône (et a-t-on seulement le droit de citer un discours royal sans blasphémer) : « Au même titre que la protection de nos sacralités religieuses et nationales qui est une charge dont Nous sommes le dépositaire, Nous veillons à ce que chacun s’astreigne aux constantes économiques et sociales, qui figurent au cœur de la bonne gouvernance en matière de développement. Ces règles s’imposent à tous et en toutes circonstances, surtout lorsqu’il s’agit de faire face à des conjonctures délicates » Et en cela le citoyen est invité à dire  Amen. 

Si même les choix économiques et sociaux du roi « s’imposent à tous et en toutes circonstances » de quoi voulez-vous qu’on parle ? du sexe des anges ? Que peut-on espérer de vous , vous qui n’êtes qu’un sous ministre dans un sous gouvernement, vous qui bottez en touche et esquivez les questions de fonds concernant l’architecture institutionnelle de la gouvernance du pays et le pouvoir absolu de la Monarchie ? Vous dont le seul apport au « débat » est une posture moralisatrice, méprisante et méprisable, et une excellence, je dois le reconnaître, dans l’art de l’explication de la censure et le cadrage de la pensée. Mais voyez-vous, les yeux dans les yeux, tout cela vous dépasse un peu. Engoncé dans vos certitudes et votre arrogance vous êtes définitivement d’un autre temps et votre acharnement à mériter votre strapontin ministériel n’arrange rien en l’affaire.