[Billet invité] Bergson et le temps réel de la monarchie
Par Invité le jeudi, juillet 23 2009, 01:01 - Lien permanent
Par SC
Les fours à micro-ondes sont de bien curieuses machines. Si on décongèle un pain en deux fois cinq minutes on obtient un résultat différent d'une décongélation en dix minutes. Peut-on juger dix années de règne de Mohammed VI comme on jugerait deux quinquennats consécutifs de Nicolas Sarkozy? Assurément non. Leur temps politique est différent. Evidemment il n’est pas dans la logique des medias d’en tenir compte, qu’est-ce que le journalisme si ce n'est précisément l'art de mettre sur un même plan une chute de vélo et un effondrement de civilisation ?

Normé par un mandat biologique, le règne d'un roi est une continuité indivise. Il s'oppose en cela au temps spatialisé des horloges, des médias ou de la Ve République. Pour filer une métaphore animalière, le temps médiatique a la cadence respiratoire d'un colibri tandis que la monarchie a le souffle long des pachydermes et cachalots. Avec Fernand Braudel il faut ici distinguer entre le temps long - géographique - le temps moyen - celui des systèmes sociaux, culturels et économiques - et le temps court - celui du politique.
On ne peut apprécier ce dixième anniversaire qu'à équidistance des temps court et moyen, en somme un travail d'historien qui nous dépasse. Alors que célébrons-nous, au juste, du haut de notre ignorance crasse? La dixième Fête du Trône du 23e souverain de la 6e dynastie d'une monarchie exécutive depuis sa fondation au VIII siècle. Pourquoi la dixième précisément? Probablement que la base dix est très ancienne en mathématiques et qu'elle découle d'un choix naturel dicté par le nombre des doigts des deux mains.
-Now let's get down to business
Commençons par comparer l'incomparable, mettre pied à pied les dix ans de règne du roi actuel avec ceux de son illustre prédécesseur, et assumer la caricature qui en résulte. Que s'est-il passé lors du dixième anniversaire de règne de Hassan II? Réponse à cent jours près : la première tentative de coup d'état de 1971. A l'approche du 30 juillet 2009, quelle est la situation du Trône dans l'opinion marocaine? Disons-le tout de go : une indiscutable allégeance morale et religieuse le lie à une écrasante majorité des citoyens.
-Avantage M6
On peut s'amuser à déterrer l'ensemble des classements internationaux pour constater, carnet de PV et stylo bic à la main, telle ou telle évolution sur la décennie. Seulement les indices et classements ne disent souvent que ce que leurs auteurs présupposent, maladroitement parfois. L'Organisation Mondiale de la Santé classait l'an dernier le système de santé marocain 29ème du monde, huit rangs devant les Etats-Unis d'Amérique (37e).
-Avantage... euh pardon g rien dit
Entrons à reculons dans le jeu des classements et indices. C'est vrai, le PNUD a attribué au Maroc une décevante 127e position en terme de développement humain. J'attire toutefois votre attention sur l'Université du Maryland vient tout juste de publier le Happy Planet Index. Le Maroc y est classé 21e sur 143 pour le Bonheur Intérieur Brut. Ces deux études sont sans doute complémentaires (match nul donc), mais si on y ajoute le classement de la FIFA, le plus mauvais de notre histoire, on bascule en dessous de zéro (cela dit M6 n’est pas sur la pelouse).
-Avantage Classements & indices
A part les classements internationaux et le duel freudien, quel critère retenir encore? La qualité du débat démocratique peut-être, sa vitalité en tout cas. Non seulement la cinétique du débat public a nettement augmenté, mais les talk-show radiophoniques sont devenus les agoras d’un Maroc qui a un avis sur tout. Si on admet avec Amyarta Sen que le développement des libertés publiques favorise les mécanismes fondamentaux du développement, qui peut nier que le libéralisme culturel des ces dernières années a constitué une manne? Un pactole malheureusement occulté par la vétusté du système judiciaire marocain.
-Avantage nul
Enfin qu’est-ce que Mohammed VI a apporté de résolument neuf ? Trois choses à mon sens : le diagnostique clair et inédit posé par le Rapport du cinquantenaire qui a relancé au Maroc la culture thinktank ; une approche scientifique de la planification industrielle ce qui n’est pas rien quand on y intègre les subtilités d’un mental marocain rétif au stress ; et sans hésitation la proposition d’autonomie au Sahara qui a redonné de l’aplomb à notre diplomatie tout en portant en germe une régionalisation téméraire.
-Avantage M6
Il y a chez Mohammed VI une part d’insensé. Quel rifain aurait parié que Tanger Med serait construit à la face de l’Europe, suivi par une baisse de 65% de la production de cannabis ? L'essentiel est qu'un jour cette décennie apparaîtra pour ce quelle est : l’enfance prometteuse du règne de Mohammed VI. Vivement « l’album de la maturité » !
-M6 vainqueur en quatre manches par 2-1
Goulou L'3aqd Zine 
Par spinoza@casa







Commentaires
Et La FEMME ? Qui n'était autre que la Moitié (occultée) de l'homme ? qui reprend sa place par une reconnaissance du référentiel Royal (quand le Roi s'intéresse à "une chose", cette "chose" devient Intéressante pour tout les autres).
Le Maroc ne connaitra son enclin sans la femme, et ça Mohamed VI l'a bien compris.
Introduire dans les mœurs la notion de complémentarité homme-femme, sans pour autant que l'un soit le semblable de l'autre, est un autre combat, mais qui entrain d'être gagné.
Excellent article, et Bravo pour la blogosphère Marocaine qui a su sauter sur l'occasion d'une fête (10 ans de règne) pour polémiquer, penser et repenser, débattre du passé et de l'avenir de ce Pays : Le Maroc.
@ SC,
Côte forme, j'ai bp aimé lire ton billet. Beau style !
Côté fond, j'ai bp apprécié les premier et deuxième paragraphes.
@ SC
C'est vrai qu'il est nécessaire de prendre du recul par rapport à ces "dix ans de règne" qui ne veulent pas dire grand chose sur le long terme.
Deux, trois choses cependant qui me paraissent importantes :
- faire le bilan de Mohammed VI ne veut pas dire comparer ces dix dernières années avec celles du règne de feu Hassan II. (de toute façon, "l'indiscutable allégeance morale et religieuse" dont bénéficie M6 est, je pense, un simple "héritage" du défunt roi).
- le bilan est pour moi une "photographie" du règne à un instant précis (juillet 2009) permettant de mesurer le chemin parcouru, pointer certaines failles et surtout indiquer la direction prise sur le long terme. C'est vrai que Mohammed VI a pris en main la destinée de son peuple. Beaucoup de choses ont été faites ou sont en voie de réalisation. Les progrès sont indéniables.
- mais prendre du recul et replacer l'action du roi sur le long terme ne doit pas, je pense, servir de prétexte pour éluder les questions qui fâchent ou relativiser les problèmes que rencontrent encore quotidiennement les Marocains. Ce n'est pas une question de "classements" ou "d'indices" plus ou moins subjectifs : la pauvreté, la corruption, l'état catastrophique du système éducatif ou du secteur de la santé sont bien réels et sont dûs aussi à des problèmes d'orientation, de gestion et d'organisation qui, eux, n'ont pas à attendre « l’album de la maturité » pour être pris à bras le corps.
@ Larbi
Merci d'avoir permis à la blogmoma de se rafraichir!
@ SC
Approche que beaucoup trouveront trop intellectuelle , mais juste et bien argumentée. A lire avec beaucoup d'attention!
Justice sociale ? Respect des droits de l'Homme ? Réformes constitutionnelles afin de démocratiser la constitution ? Indépendance de la Justice ? Séparation des Pouvoirs ? Eradication de la corruption et de l'analphabétisme ? Liberté de la presse ? ou zid ou zid ou zid...
Avantage : le désespoir !!!
PS: Il est clair que les problématiques, citées ci-dessus, ne pouvaient etre traitées et résolues en une décennie mais on attendait un début, un commencement, enfin un "la" royal qui n'a pas été au rendez-vous et c'est bien dommage...
diagnostique s'écrit Diagnostic
@ e-Energumene
Tu as bien raison, même si on peut considérer que l'apparition des cartes téléphoniques prépayées a au moins fait autant pour la libération des femmes que la réforme du Code de la famille
@ Hassan H
Comme en physique quantique, le simple fait d'observer une particule modifie sa trajectoire ou sa vitesse (principe d'incertitude de Heisenberg). Faire une photographie à un instant t, c justement tomber à pieds joints dans le piège à éviter (extinction du micro-onde au bout de dix minutes) puisque tu te mets en situation de mettre au débit de M6 des éléments qui n'ont rien à y faire : la misère (largement héritée), la corruption (qui peut croire sérieusement que le Maroc de 2009 soit plus corrompu que celui des années Basri), l'éducation (l'arabisation sauvage ne date pas d'hier) ou la santé (il y a tout de même la généralisation de l'Assurance Maladie Obligatoire qui est un "acquis social" authentique).
@ Dima
Sur la justice on est d"accord, c un chantier multidimensionnel mais comme tu dis c une réforme qui prendra bien une génération (30ans). Sur la réforme de la constitution, je trouve perso que le niveau du débat s'est considérablement élevé depuis dix ans. On est passé du concert des vociférations à un affrontement idéologique clairement segmenté (les uns veulent plus de pouvoir au PM, les autres aux Régions, d'autres encore au Parlement, etc). Le débat est sur la place publique et c un progrès évident.
@ SC
En aucun cas faire une "photographie" du royaume ne signifie "mettre au débit de M6 des éléments qui n'ont rien à y faire " !! (sauf pour les ignorants ou, plus sûrement, les esprits mal intentionnés). Je le répète, je me suis peut être mal exprimé : pour moi le bilan ne veut pas dire "comparer" juste pour comparer, mais faire un point sur la situation actuelle et la direction prise sur un certain nombre de sujets.
Bien sûr que des choses ont été faites au niveau de la corruption, de la santé, de l'éducation (heureusement !). Et il faut le dire. Mais pour autant faut-il se retenir de pointer les dérives ou lacunes qui n'ont pas été traitées en dix ans ?
Je ne suis pas d'accord avec ton exemple de physique quantique. Le principe de Heisenberg induit une participation extérieure, "indépendante" du phénomène à observer mais qui agit quand même sur lui.
Or, les observations et critiques formulées par la presse, les politiques, bloggeurs ou autres font partie intégrante de la société gouvernée. Ces observations et critiques ne "faussent" pas la donne, elles font partie de la donne !
(si, au contraire, je suis ton raisonnement jusqu'au bout, est-ce que ça veut dire que l'observation du régime est mauvaise par définition, et qu'il faut donc s'abstenir de toute critique pour ne pas "modifier" sa trajectoire ??)
@ Hassan H
J'insiste sur la nécessité d'avoir une vision dynamique de la décennie passée et non une approche statique qui peut fausser le jugement. Sinon ce n'est plus un exercice équilibré, ça devient juste une occasion de plus de lister ce qui ne va pas dans ce pays, auquel cas il vaut mieux relire le rapport www.rdh50.ma c plus rapide et mieux documenté que www.larbi.org (sauf ton respect Larbi
@ SC
Entièrement d'accord avec toi sur la nécessité d'avoir une vision dynamique de la décennie passée. Ce qui n'empêche pas de se pencher sur certains axes de développement choisis, de faire un examen critique de leur évolution, application, possibles dérives ou éventuelles lacunes.
merci à Larbi pour cet espace d'échanges, qui permettent à chacun d'affiner sa propre réflexion.
Au delà des résultats(bilan), que je pense globalement positifs, je crois nécessaire de se pencher sur le système (ou les process) qui génère ces résultats. Dans toute organisation, et dans le but d’assurer « sustainability » des résultats, il ne faut as compter sur une personne mais sur un process /système.
Or le process/systeme de gouvernance actuel a beaucoup de faiblesses (liste ci-dessous - non exhaustive et dans le désordre !) auxquelles il faut remédier pour espérer un dévelopment durable:
Conflit d‘intérêt : flagrant dans plusieurs domaines et tout particulièrement dans le domaine économique. Certains décideurs trés influent sont en permanence dans des situations de CI inacceptables.
Absence de transparence : Des plusieurs domaines, des avantages ou des droits sont accordes a des previligies sans aucune transparence (Pêches, terrains de l’état, terrains agricoles de la sodea….etc)
Impunité / irresponsabilité : Bien que des améliorations ont été constate très souvent les responsables impliqués dans des détournements ou mauvaises pratiques ne sont pas inquiétés. (Dans quel pays, un directeur de banque publique peut s’approprier deux appartements (400M2) de la banques au prix d’un studio……sans qu il soit traduit en justice ?)
Abassitude : Comment expliquer que plus de 7 membres d’une même famille occupe des positions aussi importants dans le système d’un pays ….plein de compétence une autre forme de conflit d’intérêt). On envoi quoi comme message avec de telle situation…….Par extension, tout le monde embauchera que ses sœurs, fréres, cousins, cousines …etc au diable la compétence. J’ai même ete surpris d’apprendre que le wali de Marrakech qui a ete viré cette semaine était de la famille de abbass…..et wa bazz.
….etc …….Monopole (protégé) dans des secteurs clé de l’économie, système de rente, promotion de le servilité……etc sans oublie les fameux barrage de gendarmes (qui contrôlent rien)…et qui m’enerve au plus haut niveau…..
@ Moura n
Vrai. Beaucoup des dysfonctionnements que tu pointes résultent de l'état de notre système judiciaire. Tout ça est triste, mais il faut bien comprendre 1) que la situation ailleurs n'est pas plus agréable. En Inde, qu'on tient pour la plus grande démocratie du monde, un tiers des élus au Parlement sont des repris de justice. 2) On ne change pas un système judiciaire en une décennie (on est pile dans le "temps moyen" de Braudel). Sinon tu parles de conflit d'intérêt dans la gouvernance économique, mais la situation n'est pas plus préoccupante chez nous qu'en principauté de Monaco ou au royaume de Thailande (je te parle pas de l'Algérie ou du Nigéria). Quand des ahuris laissent entendre dans Forbes que la fortune du Roi est indexée au cours du phosphate en quoi que ce soit, ça nous renseigne surtout sur l'étendue des idées-reçues et de la paresse professionnelle de certains journalistes de la côte est. Le pire dans tout ça c'est que les gens se laissent bluffer par complexe d'infériorité. Comme cette histoire de Courrier International censuré au Maroc, du grand n'importe quoi que tout le monde a gobé en baissant les yeux.
http://bigbrothermaroc.blogspot.com...
mais non spinoza@casa. ce n'est pas que vous avez lu un billet dans blog que la censure n'est pas vrai.
le courrier international a bien été censuré au Maroc. Demandez à votre kiosquier. Moi j'ai demandé et plusieurs amis ont demandé . Le courrier n'a pas été mis en vente .
ce qui a échappé au blog dont vous faites référence (et je suis sûr que son auteur n'a même pas vérifié chez son kiosquier) c'est que le courrier n'a pas été censuré à cause de l'article , reproduction d'un article du JH, mais à cause de la caricature jugée offensante.
pourtant falait juste demander et vérifier sur le terrain avant de dire n'importe quoi. Pas plus simple que de demander à ses collègues de classe, de bureau ou à sa petite amie , ou son prof ou n'importe quel lecteur régulier du Courrier et vous vous en rendiez compte vous même.
vous avez un joli style mais vos arguments sont trop légers. Vous vous acharner à nier l'évidence, à faire appel tout ce que peut soutenir votre thèse quitte à gober le premier article qui la soutien. Je suis désolé de le dire.
@Mehdi :
Merci Mehdi, de ne pas avoir lu l'article de ce blog en totalité.
Ceci dit, l'AFP qui a fait l'annonce a rapporté que le Courrier international a "été censuré à Cause de l'Article et d'une caricature".
l'AFP en personne qui rapporte une telle supercherie (concernant l'article) ne mérite-t-elle pas qu'on la critique ou qu'on remette en question sa crédibilité ? Ou c'est parce que c'est une Agence de Presse d'un Pays "MODERNE", elle ne peut qu'avoir raison ? Mais Pas un blog dont l'auteur n'est qu'un "Simple Marocain".
La culture européenne adore caricaturer, mais pas ses emblêmes. Allez y essayer de sifller la marseillaise au stade de France et vous verrez.
La culture marocaine n'aime pas aussi la caricature de ses emblèmes, et Le Roi est l'emblème de tous les Marocains.
Pour quelle raison devons-nous accepter une chose que les autres s'interdisent ? Le Courrier International et tout autre magazine qui dénigre un emblème Marocain doit être interdit de vente. Point barre.
Nous sommes sur le même niveau d'égalité que tout autre être humain ou culture. Nous nous efforçons d'accepter l'autre, à l'autre d'essayer d'en faire autant.
Courrier Int. doit etre interdit de façon definitive du Maroc et dans tt le monde arabe. Ce torchon est dirigé par un sioniste et ardent supporter du sionisme et des masacre des Palestiniens .......
Si il veut critiquer, qu il critique israel et ces crimes contre les populations civiles sans defense.