Pendant des années l’Iran se réduisait à ses Ayatollahs, à quelques-uns de ses dirigeants, à son hypothétique bombe nucléaire à quelques réformateurs locaux. Des Iraniens on ne savait mettre des visages, les Iraniennes c’est encore pire. Un peuple qui n’existait que pas les déclarations de ses religieux, rendu fantôme par le concours des circonstances et par la rigidité des lois de la république islamique.

Puis il y a eut les élections et l’après élections. Il n’est pas question ici de jouer en expert en Iran prenant ses rêves pour la réalité du pays. Devant ce déluge d’informations contradictoires, on ne sera peut être jamais s’il y a eu fraude électorale. On ne pourrait qu’assister, en spectateur, à ce déchaînement des passions perses et par delà mondiales.

En même temps, on ne peut pas être indifférent à ce qui passe en Iran tant nos destins sont mêlés. La révolution iranienne qui a aboutit à la création de la république islamique en 1979 a changé le courant de l’histoire dans la région. Elle a beaucoup inspiré, a restructuré le paysage politique dans les pays voisins et a enclenché la naissance des mouvements politico-religieux, qui chacun à sa façon et dans son contexte local, réclamait sa république islamique puisque les Iraniens ont réussi à avoir la leur. Une république-type de l’enfermement idéologique, des dogmatismes religieux et nationalistes où la religion cadre les corps et les esprits. A sa décharge, les régimes des pays islamiques dits laïques , corrompus et despotiques, ont fait pire et ont eu l’absolution.

Puis, pourquoi ne pas le dire, on ne peut pas rester muet devant cette répression impitoyable qui s’abat sur des jeunes gens qui pour beaucoup n’ont connu que le régime des Ayatollahs et leurs dictats liberticides. Cette quête courageuse de liberté et de dignité, payée au prix du sang et des larmes, mérite respect et soutien. 

La société iranienne existait avant le vendredi 12 juin 2009. Elle existera après. Peut être ni meilleure ni pire, les Iraniens en peuple souverain en décideront. Mais les évènements des jours deniers, tristes et douloureux, laissent présager de quelque chose de bon. Parce qu’ils furent l’occasion d’une grande découverte : des Iraniens épris de liberté existent. Ce peuple existe ! Peut-être il est encore minoritaire, peut-être il se lève trop tôt dans la marche de l’histoire. Mais ce peuple existe ! Et en cela, les réformateurs ont déjà gagné.

Visages d’Iran :