Inutile de revenir sur la manière détestable et les ingrédients ingérables expliquant les résultats de l’ami du roi. C’est du plus c’est gros, plus ça passe. Dans combien de pays du monde, un parti crée en février 2009 , arrive à constituer un important groupe parlementaire et à remporter quatre mois plus tard des élections ? Très peu peuvent se permettre cette insulte au sens politique et s’auto-humilier de cette façon là.

Oui applaudissons l’exploit hors commun de l’ami du roi . On en avait vu pourtant d’autres : le parti de l’ami du roi Hassan II Ahmed Reda Guédira en 1963, le parti du beau-frère du roi défunt à la fin des années 1970 (deuxième vendredi dernier). Après tout, pourquoi pas le roi Mohamed VI ? Pourquoi pas en 2009 ?

Two months before the election, Hassan also entered the race by having his closest confidant, Interior-Agriculture Minister Ahmed Reda Guedira, 40, organize a pro-Hassan party christened the Front for the Defense of Constitutional Institutions. Unsurprisingly, the F.D.C.I. enjoyed the use of government vehicles to haul wondering tribesmen to rallies, plus the organized support of the government's administrative bureaucracy.

Time, Friday, May. 24, 1963

Après dix ans de règne quasi-absolu du roi Mohamed VI, le coup d’état politique de son ami Fouad Ali, a le mérite de nous renseigner sur l’agenda politique des prochaines années. Jusqu’en 2012, le parti de l’ami du roi continuera à grandir, à attirer autour de lui tous les opportunistes du royaume, tous ceux qui pour diverses raisons sont en quête de proximité avec les proches du roi. C’est sons sésame, c’est sa raison d’être. Le récent passage en « opposition » lui permettra d’acquérir un semblant d’indépendance et d’intégrité. Les médias d’Etat continueront à le promouvoir, à le banaliser à masquer son côté inscestieux. Il n’y a pas urgence, le premier ministre actuel est si effacé et réduit à un rôle subalterne qu’il ne dérangera pas cette machine en marche. L’exploit de vendredi dernier sera réédité, voire amplifié, à l’occasion des élections parlementaires de 2012. L’ami du roi ne sera peut-être pas désigné premier ministre, un de ses proches fera largement l’affaire, mais celui que l’on surnomme vice-roi s’emparera du gouvernement pour au moins jusqu’à 2017. Autant de temps gagné pour repousser aux calendes grecques les réformes institutionnelles et conserver le statut quo. Et à supposer, hypothèse impossible, que l’ami du roi s’épanouira du palais, on lui opposera à lui et à sa bande l’évidente apostrophe « qui vous a fait Seigneurs ? ». 

La boucle est bouclée, le système est verrouillé pour au moins 10-15 ans. Oh bien sûr, entre temps on calmera la foule avec une parodie de réforme constitutionnelle qui survolera le fond , on alimentera le débat public par des polémiques futiles à titre de diversion. L’essentiel est que la machine est lancée avec un système politique s’articulant désormais autour de deux pôles : Le roi en monarque quasi-absolu, le parti de l’ami du roi en « classe politique » à lui seul. Un pouvoir et guère de contre-pouvoirs. 

Pas besoin d’être un doctorant en sciences politiques pour relever cette ingénierie institutionnelle. Et c’est ça qui s’est joué vendredi dernier. Un chef-d’œuvre politique qui permet pendant les quinze prochaines années un « recadrage » du débat public et un « verrouillage » du système politique marocain. Même Hassan II n’avait pas réussi pareil exploit ! 

Et maintenant ? Il faudrait peut être déclarer la levée de séance, à tout le moins la suspendre, car la messe est dite . Oui, chers lecteurs, je crains qu’on ait plus rien à dire sur ce sujet! Mais n’ayez crainte, vos enfants reprendront les choses dans quinze, peut être vingt ans, là où on les laisse aujourd’hui. Quand ce détestable bail politique attribué à l’ami du roi arrivera à échéance, ça finira bien par faire du Maroc la rusée des nations et mener le pays à l’impasse si ce n’est pas déjà fait. Quand vos enfants, chers lecteurs, vous demanderont comment avez-vous laissé faire ça, dites leur tout simplement que la machine politique, conçue par les ingénieurs du palais, était très forte. On ne pouvait rien face à pareille sophistication. Quand vous leur dites ça, n’en ayez pas honte, parce que c’est ce qui se passe aujourd’hui et parce que c’est la vérité. Il faut reconnaître ses impuissances et constater ses échecs.