L’abstention semble avéré au terme d’une campagne électorale qui n’a intéressé pratiquement que ses animateurs. Peu d’enjeux politiques, une classe politique jugée inapte et inefficace, un jeu institutionnel se rapprochant d’un pouvoir absolu. Ce n’est une surprise pour personne : l’abstention s’est installée depuis longtemps dans le paysage politique marocain. Et comme si ça tout cela ne suffisait pas l’ami du roi, et la tragi-comédie qu’il avait jouée ces derniers mois, est venu détruire le peu de crédibilité qui restait à ces élections. 

On entend déjà certains criminaliser les abstentionnistes, comme si cette abstention de résignation n’était pas, par essence, un vote passif et une expression de la défection à l’égard du système politique. Comme le souligne si bien Ahmed Reda Benchemsi « Le jour où le peuple marocain sera assez mûr pour comprendre et s’opposer à cette bouffonnerie dantesque qu’on ose appeler “politique”, il boudera les urnes massivement – beaucoup plus massivement qu’il ne l’avait fait en 2007, avec un taux d’abstention de 63%. Peut-être, un jour, ce taux atteindra-t-il 90%, ou plus.. »

Paradoxalement jamais élection n’a porté un enjeu politique aussi majeur que celle du vendredi prochain. Des choses doivent être dites clairement. En plus du message des abstentionnistes, les électeurs qui se déplaceront aux urnes  auront une occasion en or pour exprimer leur désaccord face à l’hégémonie du palais. Une hégémonie qui se manifeste aujourd’hui dans la création et la promotion du parti de Fouad Ali El Himma, l’ami du roi, en vue de saccager et d’emporter les muettes de pouvoir qui restaient encore aux partis politiques. Enjeu politique majeur que celui de dire stop à la domination et la main mise de la monarchie sur le système politique. Que celui de dire qu’après plus de quinze ans de « transition démocratique » , si chère aux communicants du Royaume, et alors qu’on en attendait une évolution des institutions vers une monarchie parlementaire, l’entrisme de l’ami du roi, tout droit sorti des années 60, constitue un grand bond en arrière. L’ingénierie politique et institutionnelle qui se met en place, axée sur ce Fdic nouveau de l’ami du roi, est inacceptable sur le fond et détestable sur la forme. Elle insulte le sens politique. Elle insulte l’Histoire.

Les électeurs pourront vendredi prochain utiliser le bulletin de vote pour passager le message. En infligeant, sans haine et sans crainte, une humiliation politique au parti de l’ami du roi. En votant systématiquement pour ses concurrents. Même si pour cela il faudrait pour un islamiste voter USFP. Même si pour barrer la route au parti de l’ami du roi il faudrait pour un socialiste voter PJD. Eliminer les candidats du parti de l’ami du roi en premier, choisir ensuite, sans hésitation, la rage au cœur et la mort dans l’âme.

Stopper l’hégémonie institutionnelle et renvoyer l’ami du roi au palais, voilà bien un enjeu qui mérite considération. Voilà bien un acte politique majeur, plus salutaire que de se résigner à tirer le trait sur la démocratisation tant espérée.  

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Photos : Une du journal Hebdo N°399 - Logo communales 2009