En Egypte, un collectif de 100 avocats a présenté un mémorandum au Général ministre de l’intérieur lui demandant l’arrestation et la mise en écrou de tous les éleveurs de porcs en attendant l’abattage de leur bétail.

Avant l’initiative de ces avocats, le gouvernement égyptien avait donné le ton en décidant l’abattage de tous les porcs élevés sur son territoire. « Il a été décidé de commencer immédiatement à égorger tous les porcs en Egypte, en faisant tourner les abattoirs à leur maximum » déclare sur un ton guerrier le ministre de la santé. 300.000 cochons à abattre en quelques jours, mine de rien le pays s’est engagé dans la plus grande guerre de son historie contemporaine. Le pays fait sourde oreille aux avis de l’OMS, la FAO et l’OIE qui rappellent l’absurdité de ce genre de mesures. 

Il ne s’agit pas ici de défendre le bétail du porc égyptien. Après tout, le gouvernement égyptien est de son droit de prendre les mesures que son QI juge nécessaires, d’autres pays dans le monde ont procédé à des abattages d’animaux en cas d’épidémie. N’est que sa motivation reste douteuse, l’épidémie de grippe A/H1N1 a donné lieu à l’exacerbation des passions et des tensions communautaires et à des dérapages regrettables.

Cela n’a échappé à personne, les porcs à abattre appartiennent à la minorité copte (chrétiens, 10% de la population). Et forcément quand il s’agit de minorité, les relents nauséabonds fleurissent et s’épanouissent à ce genre d’« occasion ». C’est le cas du collectif d’avocats égyptiens, censés être hommes de loi et de droit, qui demande la mise en écrou systématique des (coptes) éleveurs de cochon.

Samir El-Chechtaoui, un avocat respecté dans le pays, résume assez bien ces relents dans sa lettre au gouvernement et à l’avocat général demandant la poursuite de l’abattage :

Nous attirons votre attention sur le fait que l’existence de cochons sur la terre d’Egypte représente un crime et un péché capital (kabira) étranger aux religions monolithiques qui interdisent la viande de porc pour ses dangers sur la vie de l’homme (…) Il ne faut pas écouter la minorité des oppresseurs qui mélangent les choses et qui prétexte la protection des droits des frères chrétiens.

Sans doute, il faut lire dans ceci un souci sanitaire de bonne foi, pour prévenir l’apparition de la grippe porcine dans le pays. Mais il y a, surtout et avant tout, une motivation idéologique, celle de débarrasser la terre égyptienne de l’impureté du porc. Une fois pour toute. 

Bien entendu, il faut compter sur les prêches des Imams qui voient naturellement dans l’épidémie « une punition devine en raison de l’éloignement des Egyptiens de la religion » Un remake des précédents épisodes (Tsunami en Asie, séismes,..).

Comme il se doit, la lutte contre les porcs, décrétée grande cause nationale de la nation égyptienne, mobilise tout le monde. Les abattoirs de l’armée égyptienne ont été réquisitionnés pour la cause. Les députés ont donné l’exemple : ils ont tenu la séance du parlement en portant… des masques censés les protéger contre la grippe. On ne sait pas s’ils les ont enlevés à la fin de séance et si le reste de la société a eu droit au même équipement. Pour couronner le tout, le chanteur populaire Shaaban Abdel Rahim, dit Sha’bola, prépare un single, une sorte de chant de partisans pour mobiliser les guerriers et les préparer à la guerre. Parions que ça sera le tube de l’été.  

Et comme on peut s’y attendre, des émeutes des éleveurs du porc, c’est leur gain pain quotidien, se sont déclenchées dès le début de l’abattage. 

Tout ça pourquoi ? Le dernier bulletin de l’OMS fait état de 506 cas d’infections confirmés dans 18 pays : 

Mexico (506), US(226),  Austria (1), Canada (85), China, Hong Kong Special Administrative Region (1), Costa Rica (1), Denmark (1), France (2), Germany (8), Ireland (1), Israel (3), Italy (1), Netherlands (1), New Zealand (4), Republic of Korea (1), Spain (40), Switzerland (1) and the United Kingdom (15).

Aucun de ces cas ne résulte d’une transmission du porc à l’homme dixit l’OMS. Aucun cas n’a été recensé en Egypte. Le gouvernement égyptien le confirme d’ailleurs dans un communiqué officiel. 

A quelque chose malheur est bon. Cette hallucination collective, dont l’effet sur les finances publiques est exorbitant, a au moins soudé l’unité des différentes composantes de la société égyptienne : du mouvement des frères musulmans au parti de Moubarak, c’est un front uni qui s’élève dans la bataille contre le cochon. La-bas, on en vient presque à bénir l’apparition du H1N1.