La cour d’appel de Rabat a condamné la semaine dernière Rachid Nini à verser six millions de dirhams (545.000 euros) de dommages et intérêts à quatre substituts du procureur du Roi . Le procès avait été intenté après la déclaration de Mr Nini de disposer d’une « liste d’un réseau homosexuel comprenant le nom d’un substitut du procureur du roi à Ksar Lekbir » . Les quatre substituts actuellement en poste dans la localité de Ksar Lekbir ont tous porté plainte. La cour qui n’en demandait pas tant a saisit cette occasion en or pour régler son compte à une publication indépendante. Elle a eu la main lourde et a condamné Rachid Nini à payer la somme record d’un demi-million d’euros.

Le SOS de Rachid NINI: اللهم إني قد بلغت اللهم فاشهد

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A la tête du quotidien Al Massae, premier titre de la presse marocaine, Rachid Nini s’est fait connaître grâce à ses chroniques très appréciées et à sa plume brillante et fiévreuse. Le journaliste, une des rares voix critiques dans le paysage médiatique marocain, dénonce constamment dans ses chroniques les injustices, la répression et la corruption des élites. Et de ce fait il était dans le collimateur de ceux qui ne peuvent concevoir la presse qu’en une « machine à applaudir » qui se serait bien passée des brebis galeuses au ton critique vis-à-vis du pouvoir. Mais il me faudra dire aussi que la chronique quotidienne de Monsieur Nini est très souvent entachée de propos intolérants et intolérables flirtant avec l’homophobie, le racisme et la misogynie. Ce qui ne justifie en rien ce qui lui arrive.

L’occasion de punir était donc trop belle pour la laisser filer. La décision du tribunal ne constitue pas un acte de justice mais a tout l’air d’un acte de vengeance téléguidé par les autorités. La condamnation à payer 545.000 euros de dommages et intérêts est tout simplement une mise à mort du quotidien Al Massae. Un règlement de compte qui s’ajoute à la longue liste de condamnations de journalistes et d’atteintes aux libertés publiques et individuelles.

L’année 2008 est un grand cru et rentrera dans l’histoire comme « annus horribilis » pour la liberté d’expression au Maroc. Les choses vont de mal en pis.