Jusqu’ici les relations Maroc/UE ont été régies par un accord d’association comme il y en a beaucoup avec d’autres pays de la méditerranée. Le « statut avancé » accorde, sur le papier du moins, une place privilégiée au Maroc par rapport à ses voisins et c’est sa principale avancée. Le renforcement des réunions de dialogue et de coordination en est une autre.

Concrètement, il est très prématuré de parler des bénéfices que le Maroc puisse tirer de ce statut. Ni même des relations Maroc / Europe, tant ces dernières se sont réduites aux seules relations bilatérales entre le Royaume et l’Hexagone. Pour le Maroc, l’Europe se résume à la France (et dans un second degré à l’Espagne) et pour l’Europe, le Maroc reste in fine une « affaire française ». Les échanges commerciaux, le partenariat et l’investissement restent concentrés sur l’axe Paris-Rabat et c’est sans doute pour cela que l’accord d’association avec l’union n’a pas fait beaucoup parler de lui les huit dernières années.

Les relations Maroc/UE doivent s’ouvrir sur les 26 autres pays européens, Europe du Nord et anglo-saxonne notamment, et aller plus loin que les relations usées et bilatérales avec l’Hexagone. Il est permis aussi de dire qu’en jouant le Tout-Europe, le Maroc s’enferme dans le grenier du vieux continent alors que les événements récents montrent que l’Europe perd du terrain au profit des nouvelles puissances comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Mieux valait explorer ces terrains au lieu de tout miser sur une Union qui n’arrive pas à s’en sortir ; écartelée entre ses anciens et ses nouveaux adhérents, ceux qui aspirent à l’être et ses problèmes internes.

Le gouvernement marocain a bien travaillé pour décrocher son « statut avancé ». Face à lui l’union européenne a formidablement négocié usant et abusant de son rapport de force. Dès lors il est normal que les dispositions les plus concrètes concernent… la coopération sécuritaire. Si le Maroc se contente de statut d’observateur et d’invité dans les institutions informelles européennes, il est par contre membre actif et responsable quand il s’agit des organismes et des outils de contrôle des frontières et des flux migratoires, de l’office européen de police, de la lutte contre la criminalité et les drogues. L’Europe sait sortir ses griffes et imposer des actions concrètes quand il s’agit de ses politiques d’immigration et de contrôle de frontières. Gageons que le Maroc se montrera trop « coopératif » sur ce volet. Quant à la zone de libre échange, qui n’est pas une nouveauté, on peut là aussi, s’interroger si c’est en faveur du Maroc : le pays a peu de choses à exporter. Son tissu industriel et de services ne fait tout simplement pas le poids face au vieux continent, il suffit de regarder les chiffres de l’énorme déficit commercial actuel (même expurgé des produits énergétiques) qui sont sans appel. Reste à espérer une vraie implication de l’Europe dans le développement du pays pour favoriser une nouvelle dynamique économique et de croissance et non se contenter des aides en fonds qui sont actuellement légèrement supérieurs aux pays voisins et dont personne ne voit les résultats. C’est le prix à payer pour faire quelque chose de juste et d’équitable.

Le gouvernement marocain a beaucoup travaillé. D’ailleurs, il a si bien travaillé que dans ce qui a été communiqué sur les dispositions du nouveau statut, l’Union européenne s’est abstenue de poser des exigences de libertés publiques et individuelles et de démocratie hormis une promesse de coopération pour la mise en œuvre des recommandations de l’IER. Tout se passe comme si l’union a délivré dans ce domaine un satisfecit au gouvernement marocain et cela même alors que la liberté d’expression, la liberté d’Internet et les libertés publiques sont constamment bafouées, même s’elles ont connu un progrès il y a quelques années. Et ce alors que la pratique du pouvoir au Maroc s’apparente plus à un pouvoir absolu aux mains du seul Roi et alors que tous les progrès en la matière se sont arrêtés aux premières années du nouveau règne. C’est regrettable, d’autant plus regrettable que la même Union a posé des conditions et exigences en la matière à …. la Turquie (même s’il s’agit d’un statut différent), un pays plus démocratique et plus respectueux des libertés publiques que le Royaume. L’intention n’est pas de dire ici qu’il a fallait lier la coopération économique à des avancées démocratiques et politiques mais la commission aurait fait preuve de courage en rappelant au Maroc qu’il a encore beaucoup de chemin à faire en matière de libertés et qu’il faut qu’il le fasse. Il est à craindre que le pouvoir marocain interprète ce mutisme comme un satisfecit à l’égard de ses politiques et qu’il l’oppose à toute revendication de plus de libertés et d’avancées démocratiques.

Dans cette négociation, comme dans les précédentes, le parlement marocain et le gouvernement, hormis les ministres de souveraineté, ont été tenus à l’écart. Aucun débat public n’a été ouvert sur la question. C’est une fois de plus l’occasion de regretter que des choix importants et des décisions essentielles se prennent entre initiés en dehors de toute implication des Marocains ou leurs représentants.