Yassine Belassal , né en juin 1990, est élève en terminale scientifique au Lycée Abtih de la commune d’Ait Ourir. Selon l’OMDH , qui a rencontré sa famille, il a été interpellé le 20 septembre 2008 . Son crime ? Il a fait une bêtise celle d’avoir dessiner un graffiti sur le mur de son lycée. Une bêtise comme il nous en arrivait à tous de faire à 18 ans et pour peu que j’ai la mémoire de mes bêtises, ce qui arrive à Yassine je l’ai échappé un jour. 

Yassine aurait taggué « Allah in3al din Al-Malik » (de l’Espagne selon son père). Il aurait plutôt tagué « Allah – Al Wattan – Al Barca » substituant dans le triptyque « sacré » du Maroc le nom de son équipe favorite à celui du roi. On ne sait pas exactement. On ne sait pas parce comme il en arrive souvent dans ce genre de situations Yassine Belassal a été jugé dans un procès expéditif. Toujours est-il que le 29 septembre 2008 le tribunal de grande instance de Marrakech l’a condamné à un an de prison ferme (selon l’OMDH) pour « atteinte à la sacralité du roi ». Il a eu le droit aux classiques du genre : tortures par la gendarmerie royale et jugement expéditif sans pouvoir être défendu par un avocat. Yassine Belassal écope actuellement sa peine à la prison Boulmehraz de Marrakech placé dans une cellule de plus de 50 personnes. Dans l’attente de son procès en appel. 

Voilà. C’est tout. Et c’est abominable. Et ça nous fait honte et mal pour ce pays.

Heureusement que quelques journalistes ont eu l’élégance de révéler l’affaire. Et les internautes de la relayer. Avec cette justice folle et cruelle (à gerber) il n’y même pas un moment de répit. Une affaire de sacralité chassant une autre, la société civile marocaine n’a même pas le temps, ni les moyens, de suivre ce mauvais film et de rendre compte de tous ses épisodes. Ni d’être aux côtés des victimes, souvent de milieu très modeste, pour les assister. 

Cette affaire intervient après une longue série de procès de sacralité. Elle n’est ni la première ni la dernière (ce blog parle d’au moins une dizaine de cas allant du jeune syndicaliste, aux vieillard de 95 ans mort en prison pour atteinte à la sacralité). 

La victime dans cette affaire s’appelle Yassine Belassal. Il n’y en a pas d’autres. Et ça serait malhonnête de blâmer le juge de Marrakech car il n’est pas seul responsable de cette mascarade. Toutes les affaires judiciaires relatives aux délits d’atteinte à la sacralité de la famille royale se sont systématiquement soldés par des condamnations (Erraji ayant été relaxé pour vice de forme le tribunal ne s’est pas prononcé sur le fond). J’aimerais bien, croyez-le, j’aimerais bien qu’on me donne tort.

Il ne faut pas compter sur le courage des juges. Il ne faut pas se leurrer. Les juges marocains sont les enfants du système de courtisanerie et de culte de personnalité en vigueur. On n’est pas sur le terrain du droit mais sur celui des us et des coutumes d’un autre temps. Un « mécanisme intellectuel»  qu’explique bien un éditorialiste marocain : 

La voilà, la réalité du Maroc d’aujourd’hui. L’Etat de droit, c’est un joli slogan, et on veut bien faire semblant de l’appliquer (parfois). Mais dès qu’il est question de la royauté, on ne rigole plus. La loi devient immédiatement hors sujet, et tous ceux qui sont supposés en garantir le respect n’obéissent plus qu’à une chose : la peur. La peur que quelqu’un, quelque part, puisse les accuser de complaisance envers un “ennemi” de la royauté – même présumé, même considéré tel pour des raisons stupides. 

Pour éviter cela, l’excès de zèle devient la norme. C’est que, par le même mécanisme qui a fait qu’un vieillard en chaise roulante est mort en prison, ou qu’un jeune naïf a été sauvagement torturé avant même qu’il sache ce qu’on lui reproche… eh bien, le policier, le procureur ou le juge peuvent, eux aussi, se retrouver dans la même situation – et pour des raisons tout aussi ridicules. 

C’est la logique de “je sauve ma peau avant de sauver la tienne”. C’est la logique de la terreur aveugle, de rigueur dans tous les Etats totalitaires. On avait la faiblesse de penser que le Maroc n’en était plus un. Demandez à Fouad Mourtada et à la famille de Ahmed Nasser ce qu’ils en pensent…

Voilà. C’est tout. Et c’est frustrant. Comme qui dirait un sentiment de résignation. Un sentiment déchirant de ne rien pouvoir faire sauf alerter l’opinion mondiale et en appeler aux organisations internationales : Aidez-nous à faire libérer le lycéen Yassine Belassal . Aidez le, s’il vous plait! 

(photo via)