La mort décidément ! Mahmoud Darwich nous a quittés. Sa trace dans l’histoire, faite de souffrance, la sienne et celle de son peuple, mais aussi d’humanité et d’amour  restera dans les mémoires.   A dieu Mahmoud Darwich ! Puissiez-vous trouver enfin la paix et le repos.

Mahmoud Darawich lisant « Ahmed El Arabi » au théâtre Mohamed V à Rabat le 16/02/2007:

L’aéroport d’Athènes:

L’aéroport d’Athènes nous répartit dans les aéroports.
Le combattant a dit : où combattrai-je ?
Une femme enceinte lui a crié : où t’offrirai-je ton enfant ?
Le fonctionnaire a dit : où ferai-je des affaires ?
L’intellectuel a rétorqué : c’est ton affaire. 


Les douaniers ont demandé : d’où êtes-vous ?
Nous avons répondu : de la mer.
Ils ont demandé : où allez-vous ?
Nous avons répondu : à la mer.
Ils ont demandé : votre adresse ?
Une femme de notre groupe a répondu :
         mon village, c’est mon baluchon.

A l’aéroport d’Athènes, nous avons attendu des années.
Un jeune homme a épousé une jeune fille
   et ils n’ont pas trouvé de chambre pour consommer rapidement le mariage.
Il s’est demandé : où vais-je la déflorer ?
Nous avons ri et lui avons dit :
   cette question n’a pas lieu d’être, jeune homme.
L’analyste a dit : ils meurent pour ne pas mourir.
Ils meurent par hasard.
L’homme de lettres a dit : notre camp va sûrement tomber.
Que veulent-ils de nous ?

Chaque jour, l’aéroport d’Athènes changeait d’habitants.
Et nous, nous sommes restés comme des bancs sur les bancs, à attendre la mer,
pour combien d’années,
ô aéroport d’Athènes ?