Tel Quel Magazine titre « l’Etat c’est lui », une expression qui résume bien ma pensée, je l’avais d’ailleurs utilisée le 19 mai dernier :

Ainsi va la pratique du pouvoir au Maroc. Chaque jour confirme encore plus cette réalité : aujourd’hui le Roi représente l’unique source du pouvoir de l’État et l’unique acteur de l’Etat. L’Etat c’est lui.


Vous l’aurez compris à la question de Maroc-hebdo je réponds : Oui !


           Cérémonie d'allégeance (La Beïâ), Fès 31/08/2008, Photo: MAP

L’absolutisme est « un type de régime politique où le détenteur d’une puissance attachée à sa personne, concentrant en ses mains tous les pouvoirs, gouverne sans aucun contrôle ». A mon sens cela vaut parfaitement, et sans démonstration inutile, pour le roi Mohamed VI. Et je dois reconnaître que le Souverain a clarifié les choses lors du dernier discours du trône.

Le roi décide 

- « Je Me suis attaché à faire du Discours du Trône un moment propice pour réaffirmer les choix majeurs de notre pays et pour esquisser et affiner ses grandes orientations et ses perspectives d’avenir. » .
Ce n’est un secret pour personne, le roi est le seul à décider, le seul à choisir, le seul à arbitrer et à définir la politique de l’Etat et ce dans tous les domaines. Peu importe la couleur politique du parlement et de la majorité. Les décisions et choix du monarque n’ont pas a être expliqués, ni débattus, ni réévalués ou justifiés. Il ne peut y avoir aucune discussion, les choix du roi sont à prendre tels quels et à être exécutés. Point barre.

Seul le roi peut évaluer l’action du roi

- « Menée avec assurance, clairvoyance et détermination, notre action s’inscrit dans la fidélité au pacte de la Bei’a qui unit le Trône et le peuple et les engage mutuellement. »
- « Dieu en soit loué, notre pays a eu les ressorts nécessaires pour faire face à ces soubresauts. Il doit sa résilience à l’efficacité des chantiers et des réformes que Nous conduisons en matière de développement, et qui ont déjà commencé à porter leurs fruits »
A l’occasion de chaque discours du trône, le roi fait le bilan et juge sa propre action durant l’année écoulée. Aucune instance institutionnelle n’est autorisée à évaluer l’action du chef de l’Etat et du chef de l’Exécutif. Et bien sûr, c’est humain, le roi qui s’auto-évalue apprécie son action, il est auto-satisfait et ravi de ses réalisations. Peut importe si le discours royal ne contient aucun chiffre pour juger du bilan de l’année écoulée. Peut importe si la réalité sociale, et elle est têtue, est autre que celle présentée.

Le roi dirige le gouvernement

- « Nous appelons le gouvernement à adopter, en matière de gouvernance territoriale.. »
- « Nous appelons le gouvernement à assurer la mise en oeuvre adéquate.. »
- « C’est dans cette optique que le gouvernement s’est attelé à la concrétisation de Nos Directives.. »
- « Nous attendons, donc, du gouvernement qu’il s’attache à mettre en route, ... »
- « Nous appelons le gouvernement à adopter une nouvelle stratégie dédiée aux... Cette stratégie devrait être ... »
Sensé représenter la seule partie du pouvoir issue du scrutin populaire, la mission principale du gouvernement est redéfinie : il est là pour exécuter ce qui a été décidé et appliquer ce qui a été ordonné. Le gouvernement est ainsi réduit à une équipe de hauts-fonctionnaires qui ne sont là que pour servir de caution démocratique.

Il ne peut y avoir d’opposition, il n’y a que des nihilistes

- « Il ne faut pas céder aux sirènes nihilistes qui répandent le désespoir et sèment le doute, surtout dans ces circonstances délicates. »
Pour la deuxième année consécutive le roi qualifie les opposants à la politique de l’Etat de nihilistes. Le roi détenant la vérité, le doute n’est pas permis sur la réussite de politique de l’Etat. Ceux qui critiquent l’action publique sont exclus de la communauté nationale et sont à deux doigts d’être considérés comme ennemis de l’Etat. Il ne peut y avoir que des Sujets heureux et confiants d’une part et des nihilistes haineux d’autre part. Il faut choisir son camp. Avez-vous remarqué qu’au Maroc il n’y a plus d’opposition institutionnelle? Même comparativement au règne de Hassan II.

Entendons-nous. Il se peut que ces pratiques de pouvoir plaisent à une majorité de Marocains. Il se peut qu’au nom du « réalisme économique », la majorité des Marocains préfère une monarchie absolue à une vraie monarchie parlementaire (chose qui reste à démontrer, soit dit en passant). Mais pourquoi s’entêter à nier cette constatation, toute simple et toute banale : Aujourd’hui plus que jamais, le régime politique au Maroc est plus proche de l’absolutisme que de la démocratie. Est-ce si difficile à assumer ?