La genèse de ce projet est une phrase prononcée le 6 mai 2007 soir de l’élection de Nicolas Sarkozy tout droit sortie de la plume de Henri Guaino « Le temps est venu de bâtir ensemble une Union Méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique ». Une idée subite et loin d’être réfléchie, jamais évoquée auparavant par le candidat. Personne ne savait en quoi consiste cette union. Les paris sont ouverts : un substitut du processus de Barcelone, un vrai projet fondateur d’une nouvelle organisation internationale, ou un concept inventé pour contrôler l’immigration. Bien malin celui qui pourrait prévoir ce que s’est l’UPM. Le discours de Tanger, avec ses envolées lyriques et ses bons sentiments, n’a rien clarifié du tout n’est-ce une convocation des chefs d’Etat de la méditerranée à une réunion en France en juillet 2008.

Comme souvent avec Nicolas Sarkozy, il fait les choses tout seul dans son pré-carré oubliant presque que son idée implique la participation de plus de 30 partenaires de trois continents. Il y a eu les méfiances et réticences européennes et le rejet du fait de prince Sarkosyte qui marginalise les institutions de l’Union. Il y a eu Angela Merkel, qui n’a pas hésité à recadrer le président français et son conseiller, ne comprenant pas comment une Europe divisée qui n’arrive pas à se mettre d’accord sur ses institutions peut se lancer dans une autre union, floue et imprécise, et qui in fine n’est rien d’autre qu’un nouveau « processus de Barcelone » renommé.

Le projet est basé sur un lieu commun: les pays de la rive sud rêveront de ce qu’on veut bien leur donner à rêver et prendront pour argent comptant la belle union promise. C’était sans compter sur les réalités de la région et une manifestation d’un amateurisme inégalable . Le projet se basait sur un postulat indémontrable : les pays arabes accepteront de siéger aux côtés d’Israël sur la même table de l’union en contrepartie des bienfaits hypothétiques de l’UPM. D’ailleurs les opinions publiques arabes n’y ont vu que du feu : Il s’agirait d’une énième tentative de normalisation des relations de leurs pays avec Israël. On imagine la fête quand les télévisions publiques transmettront le sommet et la « photo de famille » réunissant le premier ministre israélien et les des dirigeants arabes. Par quel miracle cette question a été minorée et reléguée à un point de détail alors qu’on avait le précédent Barcelone? L’UPM s’engouffre dans l’impasse inévitable, l’autel sur lequel ont été immolées toutes les tentatives de collaboration des pays de la région. Trop tôt, trop irréaliste, pour envisager une telle union en tout cas pas avant le début d’un semblant de réponse au conflit du proche orient.

Pour sauver les meubles, Nicolas Sarkozy est dormais accroché à un espoir désespéré. Réunir le président syrien Bachar Al Assad et le premier ministre israélien Ehud Olmert sur la même table lors du sommet du 13 Juillet. Ca serait dans l’ordre du miracle, un évènement porteur d’une charge symbolique tellement forte que ça pourrait éclipser l’absence des autres chefs d’Etat et de gouvernement arabe. Et il y met les moyens en levant l’embargo politique occidental sur la Syrie et en l’invitant aux célébrations du 14 juillet.

Les choses tiennent parfois à peu de choses. Les pays arabes seront pratiquement tous présents dans le sommet du 13 juillet dont on mesurera le succès par leur niveau de représentativité . Le Liban, la Syrie, l’Egypte, la Tunisie seraient fort probablement représentés par leurs chefs d’Etat. Le colonel Kadhafi ne s’est pas gêné pour dire violemment combien il trouvait le projet abject et méprisant. Le roi Mohamed VI participerait au sommet mais pourrait aussi trouver son salut dans le nouvel usage qui veut qu’il ne participe qu’à un sommet international sur dix. Tout comme le président Bouteflika qui participerait mais pourrait à la dernière minute prendre prétexte de son bulletin de santé et bouder le sommet. Si bien que parmi la cinquantaine de pays présents, les dirigeants arabes se compteraient sur les doigts d’une main.

Sans contour précis, ni institutions connues, sans objectifs clairement affichés, ni consensus quant à son objet, sans même une information des acteurs politiques et des représentations nationales des pays concernés, l’Union Pour la Méditerranée est réduite à son expression la plus primaire: un casting de chefs d’Etat convoqués à un sommet tenu à Paris. Une fausse bonne idée née d’un caprice du président Sarkozy et son conseiller Guaino, au mieux elle serait une belle idée... sur le papier.