Abou Nawas (757 – 815) est l’un des poètes arabes les plus célèbres du 8ème siècle. Actes Sud a publié en 2003 un excellent livre sur son œuvre « Abû-Nuwâs: Le vin, le vent, la vie». Un recueil de certains de ses poèmes joliment traduits en français par Vincent-Mansour Monteil (dont sont extraits les poèmes ci-dessous).

Abou Nawas, c’est connu, aimait le vin avec excès et ne s’en cachait pas . Il était d’une époque ou boire était un acte normal et toléré. Il en faisait même du prosélytisme :

              Verse à boire !                          

Dis-moi : « voilà du vin ! », en me versant à boire.
Mais surtout, que ce soit en public et notoire.
Ce n’est qu’à jeun que je sens que j’ai tort.
Je n’ai gagné qu’en étant ivre-mort.
Proclame haut le nom de celui que tu aimes,
car il n’est rien de bon dans les plaisirs cachés.
ألا فاسقني خمراً وقل هي الخمر    ولا تسقني سراً إذا أمكن الجهر
فما العيش إلا سكرة بعد سكرة    فإن طال هذا عندها قصر الدهر

Ah ça… ça a de la gueule ! Il rendit hommage au diable, ses contemporains en ont sourit et ont passés leur chemin. Tout au plus, il s’est fait gentiment grondé par les docteurs de la foi qui lui ont bien trouvés des circonstances atténuantes. Il dit :

          Hommage au diable           

Toi dont l’œil est sorcier, ô Destin endormi !
Le mystère des cœurs pour toi est sans secret.
Il te suffit de voir pour percer, par magie,
   et rendre clair ce qui était discret.
Ton pouvoir fait surgir les secrètes pensées :
  ce que tu fixes du regard devient connu.
Qu’y a-t-il entre nous, toi qui m’as dépecé
  et qui m’as recouvert, toi, Destin, qui es nu?
Tu te venges de moi sans raison et me tues ;
  comme un sacrifice agréable au Seigneur.
… Et maintenant, buveurs, rendons hommage au diable,
toute la nuit dont un moine annonce la fin.

Abou Nawas ; ça aussi c’est connu, était un déraciné, sous influence des médias étrangers, il avait un abonnement TPS et s’abreuvait toute la journée des émissions de TF1 et FOX News. Si bien qu’il pensait comme eux et se comportait comme eux ! Un imitateur de l’occident sous influence de ses médias. Voyez par exemple ce qu’a écrit ce déraciné :

         Au bain maure            
 
Ce que les pantalons ont caché se révèle.
Tout est visible. Rince-toi l’œil à loisir.
Tu vois une croupe, un dos mince et svelte
    et rien ne pourrait gâcher ton plaisir.
On se chuchote des formules pieuses…
Dieu, que le bain est chose délicieuse !
Même quand, venant avec leurs serviettes,
   les garçons de bain ont troublé la fête.

Mais il y a des jours où il ne faut pas le chercher, Abou Nawas, mais alors pas du tout! Sinon il vous tombe dessus avec son verbe acerbe et son ton violent et ça fait mal. Ce jour là, un dénommé Ibrahim an-Nazzam en a fait les frais :

             Blasphème             

Ibrahim an-Nazzam, nous tient
       de vrais propos blasphématoires.
Il me surpasse en athéisme
       et son hérésie est notoire.
Lui dit-on : « Que bois-tu ? »,
      il répond : « Dans mon verre ! »
Lui dit-on : « Qu’aimes-tu ? »
      il répond : « Par-derrière ! »
« Et que délaisses-tu ?» 
       réponse : « La prière ! »
On lui dit : « Que crains-tu ? »
      il dit : « Rien que la mer ! »
On lui dit : « Que dis-tu ? »
     il dit : « Ce qui est mal ! »
Puisse Dieu le brûler dans le feu infernal !

Je vous ai dit qu’il ne faut pas le chercher !

Finalement sa vie à lui peut se résumer en ce poème. Sans dissimulation et sans hypocrisie, il dit ce qu’il est, un homme avec ses faiblesses et ses contradictions, ses travers et ses qualités :

         La religion d’Abu-Nuwas             

Cinq fois par jour je fais pieusement mes prières.
Docile, je confesse l’Unité de Dieu.
Je fais mes ablutions lorsqu’il me faut les faire.
Je ne repousse pas l’humble nécessiteux.
Une fois l’an, j’observe tout un mois de jeûne.
Je me tiens à distance de tous les faux dieux.
Il est vrai, cependant, que point ne suis bégueule
et que j’accepte un verre quand il est en jeu.
J’arrose de vin pur la bonne viande
de chevreaux et cabris gras et pleins de saveur,
avec œufs et vinaigre et des légumes tendres,
souverains contre la migraine du buveur.
Et quand un gibier passe à ma portée,
Je me jette dessus comme un loup affamé.
Mais je laisse à l’Enfer l’hérétique portée
des Shiites, pour qu’ils y brûlent à jamais.

أصلي الصلاة الخمس في حين وقتها    وأشهد بالتوحيد لله خاضعا
وأحسن غسلي إن ركبت جنابة    وإن جاءني المسكين لم أك مانعا
وإني وإن حانت من الكاسِ دعوة    إلى بيعة الساقي أجبت مسارعا
وأشربها صرفاً على جنب ماعز    وجدي كثير الشحم أصبح راضعا
وجواذب حوّاري ولوز وسكر     وما زال للخمار ذلك نافعا
وأجعل تخليط الروافض كلهم     لنفخة بختيشوع في النار طائعا

Ne cherchez pas pourquoi il s’en prend aux Shiites à la fin du poème . Il chercherait un mot pour la rime et Shiites sonnait bien, alors ils s’en sont pris plein la gueule !

Ainsi parlait donc Abou Nawas!