Comme on l’a déjà fait avec le budget de l’Etat, on va faire simple pour y voir un peu plus clair concernant le déficit commercial du Maroc.

Les exportations :
Vous êtes le Maroc, et au premier trimestre 2008 vous avez exporté 100 DHs. Il y a quoi dans les 100 DHs ?
Déjà, vos 100 dhs se partagent en deux parts : 20 Dhs pour les phosphates et 80 Dhs pour le reste. En détail :
- Pour 20 dhs : Vous avez exporté des phosphates.
- Pour 16 dhs : vous avez exporté des vêtements confectionnés
- Pour 6 dhs : vous avez exporté des articles de bonneterie (chaussettes, lingerie, bas….)
- Pour 4 dhs : vous avez exporté des agrumes (al 7wamid)
- Les 55 dhs restant : ce sont les autres industries et services exportateurs. Aucun secteur n’est significatif.

Les phosphates, tout le monde le sait, représentent la principale exportation (et viva l’OCK). Mais le textile, qu’on oublie souvent, n’est pas loin, il réussit l’exploit de résister tant bien tant mal à l’invasion chinoise. Il est vrai que Karim Tazi est une grande gueule, mais il est était à la tête d’une fédération qui, quoi qu’en dise, a son poids économique.
Tout cela vous le savez peut être, mais les 6 dhs de bonneterie (chaussettes, soutiens-gorge et autre coquetteries), avouez que c’est une surprise. Ca dépasse même les exports des services informatiques .

Les importations :
Allez on inverse… Vous êtes le Maroc, et au premier trimestre 2008 vous avez importé pour 100 DHs. Il y a quoi dans les 100 DHs ? Déjà, vos 100 dhs se partagent en deux parts : 21 Dhs pour les produits énergétiques (pétrole, gaz) et 79 Dhs pour le reste. En détail :
- Pour 21 dhs : vous avez importé des produits énergétiques (pétrole, gaz)
- Pour 21 dhs : vous avez importé des biens d’équipements (machines, pièces détachées, bus, outils de travail, et vous avez échappé à un sarko-tgv…)
- Pour 17 dhs : vous avez importé des Biens de consommation (électroménager, voitures, textiles, services,…)
- Pour 6 dhs : vous avez importé du blé.
- Pour 35 dhs : les autres importations.

Là, il n’y a rien à dire. La répartition est la même depuis une décennie, sauf que cela change en valeur (voir infra).

Le déficit commercial :

Donc au premier trimestre 2008, vous avez exporté ce que vous pouvez et importé ce que vous devez, c’est l’heure du compte : Allez vous vous en sortir ? La réponse est bien évidemment non (et je m’empresse de dire que c’est pas propre au Maroc).
Ceux qui suivent, et ils ont du mérite, auraient noté qu’au premier trimestre 2008, Mr Maroc n’a pas exporté pour 100 dhs et importé pour 100 autres. En fait, il a exporté pour 47 dhs et importé pour 100 dhs : il y a donc un solde négatif de la balance de – 52 dhs.
En chiffres réels, 71 milliards de dirhams en importations et 33,5 milliards en exportations soit un déficit commercial de 37,5 milliards de dirhams.

Mais encore… :

Au début de l’année Mr Maroc, s’est trouvé devant une bonne nouvelle et plusieurs mauvaises autres.
….Mais si, il y a une bonne nouvelle :

Beh quoi, y a pas raison à ce que le cours de phosphate n’augmente pas alors que tout le reste flambe. Résultat par rapport au premier trimestre 2007, celui de cette année a vu les exportations des phosphates augmenter de +42 % en valeur (pour un volume légèrement le même)

Malheureusement y’a pas raison à se réjouir, je vous fais l’impasse sur les autres courbes des hausses du baril du pétrole et des matières premières qui plombent le déficit commercial. Sachez tout de même que les importations en pétrole ont augmenté de + 54 % (premier trimestre 2008 vs premier trimestre 2007) pour un volume légèrement supérieur. Et le meilleur pour la fin les importations en blé ont explosé de … + 330 % en valeur !

Résultat le déficit commercial s’est aggravé de 46% au premier trimestre 2008 par rapport au même trimestre de 2007.

Si tous les pays du monde souffrent de la conjoncture, il n’en demeure pas moins qu’un problème structurel aggrave la situation du Maroc. Un pays pauvre en matières premières, hormis le phosphate, et dont le seul secteur économique qui tire son épingle du jeu des exportations est … le textile. Comme il y’a dix ans ! Mais où sont passés les Moulay Hafid El Aalamy et autres Bachir Rachdi ?

Réalisé à partir des chiffres de Bank Al Maghrib publiés dans son excellente revue de conjoncture.