Ainsi se forgeait mon antipathie pour Hassan Nasrallah : Lorsque les journalistes d’Al jazeera parlent de lui c’est à la manière des disciples face à leur mentor, le Cheikh cesse d’être un homme politique et devient, aux yeux des faiseurs d’opinion de Doha, une icône, un emblème … un Dieu sur terre.

Le Cheikh n’a pas besoin de se forcer, il suffit qu’il commence ses phrases par un « au nom d’Allah » et qu’il les termine par « vive la résistance » et la côte de sa popularité explose ratissant large du Golf à l’Océan Atlantique. C’est dans l’air du temps parait-il ! Au nom d’Allah et de la sacralité des Ayatollah . Amin !

Le Sayyed aurait pu s’arrêter au retrait israélien du Sud Liban et choisir l’option purement politique au sein d’un parti entre autres, soumis, comme les autres, au suffrage universel fût-il imparfait et aux règles politiques fussent-elles injustes . Au lieu de cela et au nom de la légitimité dite « de résistance » il ne cesse de se considérer au dessus du lot renvoyant la légitimité des élections au magasin des accessoires. Il est la minorité, d’autres forment la majorité, alors où est le problème ? Qu’il accepte la réalité politique du pays et ses institutions, fussent-elles mal élues, et qu’il ne complique pas les choses elles sont déjà assez dramatiques ! Qu’il les conteste s’il veut, et c’est son droit, en homme civilisé pacifiquement et sans armes.

Ils ne lui rendent pas service ses adeptes qui , soit dit en passant, n’ont rien à envier aux courtisans des dictateurs arabes. L’admiration que lui vouent les observateurs et intellectuels de la région n’a fait qu’accentuer son arrogance et ses certitudes, lui le milicien armé comme personne au Liban. Il a une haute idée de lui même et il n’en fait qu’à sa tête, déclenchant ici et là des combats armés, pour un oui ou un non, pour un fonctionnaire limogé ou un réseau de télécoms coupé . Ses admirateurs , les auto-proclamés « experts en Liban » , observent aujourd’hui un silence gêné tant que la cause de Nasrallah est indéfendable et ses méthodes sont détestables!

Il n’est pas besoin d’être un agent du Moussad ou de la CIA pour dire que Monsieur Nassrallah doit stopper son aventurisme effréné et arrêter de faire la tête comme un gamin de dix ans à qui on refuse une glace et qui menace de « couper les mains » (sic!). Qu’il se comporte, au moins une fois de sa vie, comme un homme politique responsable, conscient de la complexité de la situation et de la nécessite de compromis, et non comme un milicien aventurier tripotant sa kalachnikov et attendant impatiemment l’occasion de l’utiliser .

C’est facile quand on vit à Rabat ou à Doha d’utiliser le Liban comme défouloir de toutes les frustrations nées des humiliations arabes. C’est facile d’essayer de transformer le Liban en une boite à lettre pour régler leur compte à tous les ennemis de la « nation arabe ». Mais encore faudrait-il demander aux Libanais leurs avis, car c’est eux qui devront payer le prix in-fine. Or aux dernières nouvelles, ils ne sont pas demandeurs !