Nous n’irons pas jusqu’à dire que les secours doivent être apportés spontanément et sur le champ. Sans attendre des instructions royales ! Si toutefois le respect de la vie humaine signifie encore quelque chose.

Nous n’irons pas jusqu’à dire que tout ce qui va être dit dans les prochains jours sur le drame humain de Lissasfa a été dit auparavant , et à plusieurs occasions, notamment lors de l’effondrement de l’immeuble de Kenitra! Et qu’entre temps rien n’a changé ou presque.

Nous n’irons pas jusqu’à dire que les services de la wilaya de Casablanca n’avaient pas besoin de 55 corps calcinés pour découvrir qu’une usine ne répond pas aux normes les plus élémentaires de sécurité et de protection des ouvriers. Que c’est cher payé pour une « découverte ». Que la corruption qui ronge ses services, comme les services d’autres administrations et opérateurs publiques, rend tout le monde sourd et aveugle . Et complice.

Nous n’irons pas jusqu’à dire que des usines comme celui de Lissasfa il y en a probablement beaucoup d’autres et que des immeubles comme celui de Kenitra il y en a aussi beaucoup d’autres au Maroc . Nous n’irons pas qu’à dire que face à la médiocrité et l’incompétence des gérants de ce pays, il faut hélas se résigner à attendre d’autres incendies et effondrements pour les découvrir .

Nous n’irons pas jusqu’à dire que le silence du premier ministre nous n’étonne pas tant depuis longtemps il a été réduit à un simple fonctionnaire chargé de recevoir les ambassadeurs et les syndicats et que s’il faut chercher une responsabilité politique dans cette affaire il faut la chercher auprès de ceux qui décident et qui gouvernent. Il ne saurait y avoir un pouvoir exécutif uniquement quand il s’agit d’inaugurer des routes et des dispensaires. Ce pouvoir ne peut être tronçonné : les mêmes qui le détenaient avant l’incendie de Lissasfa le détiennent après l’incendie de Lissasfa. Ils sont politiquement responsables de ce drame.

Nous n’irons pas jusqu’à dire que nous avons beaucoup de peine pour les familles des victimes et que c’est qui nous chagrine le plus c’est que ce drame aurait pu et aurait du être évité . Que ce qui nous chagrine le plus c’est qu’il y avait des morts avant Lissasfa et qu’il y aura des morts après Lissasfa .

Non! Nous ne dirons rien de tout cela pour éviter d’être taxés de nihilistes. Nous nous contentons de ceci : ce film de très mauvais goût n’amuse plus personne !