La communication financière ce n’est pas un "truc pour frimer" (excusez l’expression!). C’est un outil à la disposition de l’entreprise encadré par des règles et des dispositifs stricts afin de ne pas tromper le marché.

Ce n’est pas une question anodine surtout quand vous êtes une entreprise cotée en bourse donc faisant appel à l’argent des épargnants. En interdisant toute fausse information et toute communication inexacte (par omission par exemple) et en imposant la clarté de la communication financière, on protège les actionnaires, surtout les petits porteurs, contre toute tromperie. C’est le rôle qui incombe au régulateur, celui de contrôler et surveiller pour protéger.

Il y a quelque semaines ; le holding ONA a largement diffusé par voie de presse un communiqué des résultats annuels 2007 , faisant part des résultats exceptionnels du groupe. Dans ce communiqué vous pouvez lire entre autre « Wana enregistre une première année prometteuse avec un nombre de clients supérieur à l’objectif initial. » , « Croissance soutenue en 2007 portée par la Distribution, les Télécoms et l’Immobilier », « Une bonne année 2007 dans l’ensemble des métiers d’ONA: (…) Démarrage de Wana conforme aux prévisions. ».

Il s’agit d’un communiqué portant sur un exercice passé (2007) et comptablement il n’y peut être rien à y reprocher. Mais dans ce genre de communiqués, on ne se contente pas de donner des chiffres mais on expose aussi des perspectives portant sur les exercices futurs et tout élément pouvant aider les actionnaires (ou les futurs actionnaires) à apprécier la santé financière de l’entreprise. Je suis un petit épargnant , quand je lis le communiqué « des résultats annuels 2007 », j’ai envie toute de suite d’acheter des actions ONA, et peut être je les ai achetées le lendemain de la publication de ce communiqué.

Le 11 Avril, un communiqué du groupe ONA nous apprend que la stratégie appliquée à Wana est technologiquement un fiasco , et que la filiale telecom du holding a besoin d’un financement additionnel de 5 milliards de dirhams. Bref un cauchemar pour les actionnaires et un constat d’échec pour les administrateurs. Si bien que Saâd Bendidi a été démissionné de sa fonction de PDG et remplacé par Mouatassim Belghazi. Le titre a été depuis suspendu de cotation à la demande des administrateurs.

Or tous ces éléments n’apparaissaient pas dans la communication financière de l’entreprise sur ses résultats annuels. Au contraire le communiqué laissait croire que Wana est sur les bonnes railles et, mieux, elle porte le groupe vers le haut (aux côtés de l’immobilier et la distribution). Tout dans ce communiqué rassure sur la stratégie financière et industrielle de Wana et rien ne fait référence à ses difficultés.

Les éléments portés à la connaissance de la place ce 11 avril , étaient-ils connus des administrateurs avant l’annonce des résultats du groupe ? Le communiqué des résultats de l’exercice 2007 répondait-il à l’exigence de sincérité et d’exactitude d’information financières nécessaires à la protection des petits porteurs ? Il est permet de s’interroger.

Dans n’importe quelle autre place financière, l’Autorité de Marché aurait diligenté une enquête sur la sincérité de la communication financière du holding. Elle aurait aussi déclenché une opération de surveillance du titre car visiblement les administrateurs en savent plus que ce qu’ils veulent bien distiller au marché. Elle aurait enfin prévu une sanction en en cas de communication d’informations fausses ou incomplètes. Rien de tel à présent.

Mounir Majidi, Secrétaire Particulier du roi du Maroc et administrateur du Groupe en tant que représentant de Siger (société gérant la fortune royale) a expliqué à l’Economiste que « la demande de suspension du titre ONA de la cotation[a été faite] en attendant que les esprits se calment». (sic ! les esprits des initiés s’entend, quid des porteurs des titres côtés en bourse ?). En fait cela échappe à beaucoup d’observateurs, mais la société Siger est un actionnaire très minoritaire, elle ne détient que 5% (Correction : 5% directement, et un peu plus via la SNI) du capital du groupe et elle dicte sa loi au conseil d’administration ! Par quel miracle ? et au nom de quelle logique de gouvernance d’entreprise un actionnaire minoritaire souffle le chaud et le froid sur le conseil d’une entreprise de droit privée ? Ne cherchez surtout pas à comprendre, c’est comme ça !

La vérité , c’est que cette entreprise échappe à tout contrôle , va à l’encontre des principes les plus élémentaires gérant l’actionnariat et la gouvernance d’entreprise. Pour protéger les petits porteurs , elle devrait être interdite d’introduction en bourse . tout court !