Fouad, 27 ans. Condamné à trois ans de prison ferme pour création de faux profil de Moulay Rachid. En prison pour un crime qui n’a pas été commis. Plus d’infos: Help Fouad


Feu Ahmed Nasser, 95 ans. Condamné le 4 septembre à trois ans de prison pour « atteinte aux valeurs sacrées » du Royaume. Vieillard, souffrant de troubles psychiatriques et se déplaçant sur une chaise roulante. Le tribunal l’a condamné le jour même de son interpellation refusant toute expertise médicale. Il est mort en prison le 15 février dernier . Un crime d’Etat.


Mohamed Bougrine, 73 ans. Une vieille figure de la résistance marocaine du temps du colonialisme . Condamné à trois ans de prison pour « atteinte aux valeurs sacrées » du Royaume. Gravement malade, il purge sa peine dans la prison de Beni Mellal . il pourrait y laisser sa vie.


Mehdi 20 ans. Condamné à deux ans de prison pour « atteinte aux valeurs sacrées » du Royaume. Il purge sa peine dans la prison de Agadir.

Il y en a des centaines d’autres qui croupissent en prison dans l’indifférence générale. Tous condamnés pour « atteinte aux valeurs sacrées » du Royaume. Plus exactement pour « manque de respect dû à la personne du Roi.
Ma main au feu, si ça continue comme ça Mohamed VI finira par dilapider tout le capital de sympathie et de confiance dont il a bénéficié durant les premières années de son règne. Si ce n’est pas déjà fait. Mais chutttt ! quand on est un « sujet » bien élevé de Sa Majesté , on ne dit pas ces choses là.
Chutttt donc.
Reprises dans quelques jours.



Etat de roi
Ahmed R. Benchemsi


Dans ce pays, il suffit que le mot “roi” ou “royal” figure dans l’intitulé d’une plainte pour que tout le monde perde la tête : ces policiers, qui n’ont pas hésité à jeter au cachot un vieillard en chaise roulante, ce juge, qui a écarté sans même le consulter un certificat médical plus que probant, ces autres policiers, qui ont fait disparaître un citoyen de la surface de la terre pendant 48 heures, ces autres encore, qui l’ont torturé sans pitié, et jusqu’à cet avocat, engagé dans l’urgence par la famille du jeune informaticien, qui a… fui sans demander son reste, dès qu’il a entendu le chef d’inculpation de son client !

La voilà, la réalité du Maroc d’aujourd’hui. L’Etat de droit, c’est un joli slogan, et on veut bien faire semblant de l’appliquer (parfois). Mais dès qu’il est question de la royauté, on ne rigole plus. La loi devient immédiatement hors sujet, et tous ceux qui sont supposés en garantir le respect n’obéissent plus qu’à une chose : la peur. La peur que quelqu’un, quelque part, puisse les accuser de complaisance envers un “ennemi” de la royauté – même présumé, même considéré tel pour des raisons stupides.
Pour éviter cela, l’excès de zèle devient la norme. C’est que, par le même mécanisme qui a fait qu’un vieillard en chaise roulante est mort en prison, ou qu’un jeune naïf a été sauvagement torturé avant même qu’il sache ce qu’on lui reproche… eh bien, le policier, le procureur ou le juge peuvent, eux aussi, se retrouver dans la même situation – et pour des raisons tout aussi ridicules.
C’est la logique de “je sauve ma peau avant de sauver la tienne”. C’est la logique de la terreur aveugle, de rigueur dans tous les Etats totalitaires. On avait la faiblesse de penser que le Maroc n’en était plus un. Demandez à Fouad Mourtada et à la famille de Ahmed Nasser ce qu’ils en pensent…