Ecran noir su Motic
Le professeur DRISSI BAKHKHAT, bloggeur hors-pair, intelligent et formidablement travailleur a décidé d’arrêter son blog. En l’espace d’un an MoTIC est devenu la référence incontestée en terme d’informations sur les médias et les télécoms au Maroc. Plus qu’un blog un concept qui a inspiré beaucoup d’autres et un portail riche et complet. Son combat contre la censure Internet au Maroc est admirable et mérite notre reconnaissance surtout qu’il s’est senti bien souvent seul. Je regrette cette fermeture et j’espère sincèrement que cette grande figure du blogguing marocain reconsidérera sa décision.

L’arbitraire judiciaire… cette épée de Damoclès
Qu’on se le dise , le principal enseignement de l’affaire Fouad Mourtada est celui ci : n’importe quel internaute est à la merci de l’arbitraire judiciaire. Du jour au lendemain votre vie peut basculer dans le drame pour un fait anodin . Vous risquez d’être kidnappé, torturé et mis en détention. On trouvera laborieusement des chefs d’inculpation et des enquêteurs pour faire de vous un coupable, sinon un monstre, et un procureur qui enfoncera le clos pour vous maintenir en détention dans procès inéquitable et surréaliste. Du jour au lendemain le ciel peut tomber sur votre tête, c’est là le message subliminal , dit en en filigrane , de cette affaire. L’arbitraire judiciaire est désormais une épée de Damoclès suspendue au dessus de la tête de chacun et qui menace de tomber à tout instant. On en est aujourd’hui là et on espère que le tribunal de Casablanca nous donne tort et rattrape le coup en libérant Fouad. Il en a la responsabilité historique. Par contre si la cour condamne Fouad vendredi prochain , elle créera un précédent tragique aux prix d’une monstrueuse injustice. Et il ne faudra pas attendre longtemps pour voir les tribunaux du Royaume juger d’autres internautes pour des faits anodins prenant des tournures folles.

Lâchetés contemporaines
Cette affaire, plus que n’importe quelle autre, est révélatrice des lâchetés contemporaines. Un avocat sollicité par la famille de Fouad, a fait une crise de panique et s’est désisté dès qu’il a lu le dossier, non sans avoir préalablement soutirer 2000 Dhs à la famille. On ne plaide pas dans dossier concernant le frère du Roi . Et ce qui vaut pour cet avocat vaut pour beaucoup d’hommes politiques et acteurs associatifs, ces chantres de la modernité, des libertés individuelles, du progressisme, de Dawlatt Al 7ak Wa Wa al 9anoun et toutes leurs conneries là. Ils observent aujourd’hui un silence assourdissant et on les comprends : quand on a été longtemps élevé dans l’école de la courtisanerie et de l’ obséquiosité, on ne prend pas le risque fâcher un Monarque pour défendre un citoyen Lambda issu d’une famille lambda. Telle est leur « gloire » et ils rentreront dans l’histoire par la porte de service !

Une politique de la peur
Cette affaire est la manifestation même d’une politique de la peur . Ce blog n’a jamais autant recueilli de commentaires passant par un serveur proxy ! Mêmes certains parmi les plus modérés : on est jamais assez prudent face à l’arbitraire judiciaire ! Pour la première fois , on panique, on s’interroge ici est là sur le risque de blogguer et de se mettre a la merci de l’arbitraire. Ah si seulement on pourrait s’assurer contre ce risque là. Voilà où en est aujourd’hui !

Il faudra pourtant résister face à cette politique de la peur. Il ne faudra pas céder et faire l’impasse , par peur, sur les sujets qui fâchent. Il faudra pourtant continuer à ne pas tolérer les atrocités d’un régime capable du pire comme la mort de Ahmed Nasser, un vieillard de 95 ans, décédé récemment dans une prison où il purgeait sa peine pour atteinte à la sacralité ! Il faudra continuer à défendre ce papy de 72 ans qui meurt à petits feux dans une autre prison du Royaume, lui aussi condamné, comme beaucoup d’autres, pour atteinte à la sacralité du Roi. Il faudra pourtant continuer à défendre la démocratie, la liberté d’expression, la liberté syndicale et, pourquoi ne pas le dire, les libertés individuelles dans un pays qui souffle le chaud et le froid , qui manie tantôt le bâton et tantôt la carotte et qui se comporte parfois comme l’un des régimes les plus autoritaires de la planète. Et puis à dire les choses comme elles sont ou plutôt comme je les ressens: Le Roi Mohamed VI m’a déçu. Le Roi Mohamed VI n’a rien fait pour empêcher ces procès au contraire il a laissé faire et multiplier des jugements arbitraires qui prennent motif du respect du à sa personne pour condamner et emprisonner à tout bout de champ au nom de la sacralité de sa personne . Et pourtant il a le pouvoir d’arrêter ces parodies de justice et cette folie judiciaire , il pourrait le faire, il pourra le faire.

Le procureur du Roi : la clé du procès
Quitte à se répéter encore et encore : ce procès qui juge un crime qui n’a pas été commis, après une procédure entachée d’irrégularités, n’est pas équitable. Les meilleurs pénalistes du monde ne peuvent rien devant un tribunal qui juge, non pas en fonction des textes de loi, mais en fonction des usages et le zèle qui entoure les affaires concernant le Roi ou sa famille.
Dans ces affaires c’est le procureur du roi qui donne « le La » à la cour, et les juges ne font qu’entériner ses réquisitoires. Il est à craindre un réquisitoire sévère vu que le procureur s’est opposé à la liberté provisoire de Fouad et a été, bien entendu, suivi par la cour, on ne déroge pas à la règle !
Ce n’est pas un secret : Les procureurs reçoivent instructions des pouvoirs publics qui, quoi qu’on dise, interviennent dans la procédure et inspirent les sentences. Ces pouvoirs publics devraient saisir l’ampleur et l’enjeu de ce qui joue dans le tribunal vendredi prochain , et l’émotion qui s’est exprimée après ce surréaliste et ô combien symbolique procès pour garantir un procès équitable. Un procès équitable , rien d’autre.
La balle est dans leur camp et il est encore temps.