Aboubaker Jamai a joué un rôle central dans le débat public et politique au Royaume. Malheureusement on l’a poussé à quitter le pays à coup de procès expéditifs conclus par de lourdes condamnations financières. Aboubaker a laissé un vide dans le paysage médiatique marocain, on s’en rend compte aujourd’hui plus que jamais. Je suis certain que le Maroc n’en sort pas grandi. Il est étonnant de constater que ce sont ceux qui se trompent d’époque et se croient encore dans le Maroc des années 70-80 qui ont toujours le dernier mot. C’est même frustrant. Encore plus triste quand ce sont des jeunes gens qui jouent le rôle des gardiens du temple toujours prompts à se porter volontaires pour définir et délimiter ce qui peut être pensé et ce qui ne l’est pas, ce qui doit être dit et ce qui ne l’est pas.

Mais réjouissons nous il y a pire. Le Mufti d’Al Azhar a récemment édicté une fatwa interdisant l’achat des journaux qui diffusent les « fausses informations » nuisant au pays. Son éminence Tantaoui vise la presse indépendante égyptienne qui est déjà dans la ligne de mire du pouvoir en place. Son éminence a même classé ces journaux dans le registre du Haram ! Ne reculant devant rien il a rendu la sentence applicable sur la profession: « 80 coups de fouet à chaque journaliste» !

La condition des journalistes dans l’Arabie Saoudite est encore pire. Le royaume des Al Saoud est une dictature où la dignité des hommes est constamment bafouée, pas d’élections, pas de débat public, pas de liberté d’expression. Cela ne semble pas déranger Taoufik Bouachrine rédacteur en chef du quotidien Al Massae. Il a été invité par le Roi de l’Arabie Saoudite pour passer quelques jours dans ses palaces, Omra gratuite en prime ! Monsieur Bouachrine est le rédacteur en chef du quotidien le plus lu au Maroc. On est en droit de s’interroger pourquoi le Roi de l’Arabie Saoudite lui a offert le billet, le séjour et l’Omra. Et pourquoi le journaliste, qui ne fait pas partie des pauvres des orphelins et des nécessiteux , a accepté cette invitation qui manifestement ne constitue pas un déplacement professionnel ? Inutile d’espérer des réponses, Taoufik Bouachrine ne se rend même pas compte que son acceptation de l’aumône royale saoudienne est une honte puisqu’il publie un éditorial complaisant racontant la réception offerte dans l’un des palais du roi. J’aurais espéré que l’éditorialiste de Al Massae ait au moins une pensée pour ses confrères saoudiens. Mais à chacun sa liberté celle de Mr Bouachrine est de baisser le pantalon.