La série noire continue : Le gouvernement marocain a ordonné samedi la saisie des deux hebdomadaires Nichane et TelQuel pour "non respect dû au roi". Il faut dire NON à la politique de la peur.

S'autoriser des commentaires relatifs au discours du trône que le Souverain a prononcé à l'occasion de son huitième couronnement, on ne saurait oser. Le Roi du Maroc, Chef de l'Etat et Chef de l'exécutif a fait le bilan de son année , de ses choix, ses orientations et de ses actions. La règle voudrait qu'on applaudisse à tout rompre et qu'on salue le discours royal . Jugez-en:

« Huit ans de mutations tranquilles » (Al Alam), «une symbiose entre le trône et le peuple » (Rissalat Al-Oumma), « La marche du progrès et de la modernité » (Le Matin), « SM le Roi fait bouger le Maroc , tous les chantiers ouverts avancent, tous, en même temps dans une espèce de suractivité permanente » (Aujourd'hui le Maroc), « Sa Majesté le Roi a met le Maroc sur les rails d'une nouvelle ère fondée sur la modernité, la démocratie et le développement » (Al-Ittihad Al-Ichtiraki), «Le règne de SM le Roi est riche en réalisations et réformes » (L'Opinion), « Discours bilan mais aussi un programme annonçant des réformes et chantiers d’envergure » (l'Economiste), «8 ans de règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Des prouesses et des promesses » (Maroc Hebdo) , « Un Roi bâtisseur et développeur... a réussi, en 96 mois à peine, à transformer le pays en un gigantesque chantier à ciel ouvert » (La Gazette du Maroc) , « Huit années de règne ont été incontestablement fécondes et positives pour le Maroc... Le Maroc a l’incommensurable chance d’avoir un grand Roi. » (la Nouvelle tribune) .
Mais encore... ce n'est qu'un petit échantillon de l'autocongratulation à tous les étages. On vous épargnera des extraits des journaux de la radio et la télévision et les déclarations des chefs des partis et organisations politiques.

Entendons-nous, ces journaux , ces journalistes et ces personnalités sont dans leur droit de louer et bénir le Souverain. En démocratie il faut accepter les idées des autres . J'irais même jusqu'à exprimer l'idée que tout n'est pas faux dans ce florilège des éloges. Mais que fait-on dans le Maroc d'aujourd'hui quand on est pas convaincu par le discours du Souverain ou quand on est pas d'accord avec ses propos ? Soyons honnêtes: Il n'existe pas un seul dirigeant politique au Monde, pas un seul chef d'Etat pas un seul être humain qui requiert l'unanimité des avis favorables. Ça serait dans l'ordre du miracle et du surhumain! A fortiori quand il s'agit d'un Chef d'Etat on peut ne pas être d'accord avec ses discours. C'est ce qui fait la différence entre un régime autoritaire et un autre en transition. C'est le cas du journaliste Ahmed Reda Benchemsi qui a critiqué le discours du trône et en particulier le sens et l'utilité d'organiser des élections législatives dans un régime où le Roi concentre la quasi-totalité des pouvoirs (soit dit en passant c'est mon avis aussi). Suite à quoi le gouvernement à saisi les deux hebdomadaires Nichane et TelQuel pour « non respect dû au Roi » ! J'aimerais qu'on s'arrête un instant et qu'on m'explique avec des mots simples : est-ce blasphémer que de critiquer le chef de l'État? Où est le mal si quelques publications le fassent attendu que plus de 90% de la presse et des hommes politiques font des éloges à bout de champ ? Le respect du Roi est-il synonyme du ouiouisme?

La série noire de l'année 2007 continue hélas! Pas une semaine ne passe sans qu'un journaliste ne soit inquiété, traduit devant la justice ou un militant du droit de l'homme tabassé. L'année 2007 est même un record en matière de saisie de journaux et d'entraves à la liberté d'expression.

J'ai longtemps réfléchi, tâtonné, hésité et réfléchi. J'arrive à l'évidence suivante: le Maroc a opté pour une politique de la peur visant à faire taire tous ceux qui sortent du moule habituel. Il ramène tout à la « haute trahison» là où il y a de simples opinions personnelles. Il cadre, aujourd'hui plus que jamais, la pensée et définie son champ d’exercice. Il n’en finit pas de multiplier les intimidations et les contraintes. Ancré dans ses certitudes, il ne supporte pas le regard différent de certains de ses citoyens, interdit leurs questionnements, rejette leurs colères. Il les veut tous semblables, alignés sur la même pensée, roulants à la même cadence, conformes au même modèle modélisant . De ce fait, il est plus proche d'un pays totalitaire du tiers-monde, et peut être il l'est, que d'un pays qui aspire à la démocratie. C'est triste, c'est vraiment triste. Je dis NON à cette politique de peur. Nous ne cèderons pas !