Driss Benzekri est né en 1950 à Aït Ouahi dans la Province de Khémisset. Dirigeant de l’organisation Ila Al Amame, il fut emprisonné par le régime du Roi Hassan II en 1974. Il était trés jeune et avait à peine 24 ans et ne sera relâché que 17 ans plus tard après avoir passé toute sa jeunesse (41 ans à sa sortie) dans la prison et subi son lot des tortures physiques et psychologiques qui étaient infligées aux opposants politiques. Son combat était des plus nobles : faire en sorte que la démocratie ne soit pas un vain mot et que les droits de l’homme soient respectés au Maroc. Nous lui devons de nous en souvenir.

En 1999 il contribue à la fondation du « Forum Marocain pour la Vérité et la Justice » et continue le combat de sa vie en défendant les victimes des années de répression et essayant d'élucider le sort des disparus. En novembre 2003, le roi Mohamed VI le nomme à la tête de Instance équité et réconciliation (IER) un organisme chargé de faire la lumière sur les graves violations des droits de l’homme perpétrées au Maroc. Il est le Desmond Tutu marocain. A la tête de cette instance Driss Benzekri instruit plus de 16 000 dossiers de victimes de la répression au Maroc. Il organise des audiences publiques, transmises sur les ondes de la radio et la télévision, où les victimes ont livré des témoignages durs et très poignants sur les exactions qu’elles ont subies. Il tente d’élucider le sort des disparus, de retrouver les corps des morts et expliquer les circonstances des graves violations des droits de l’homme perpétrées au Maroc.

Au terme de son mandat Driss Benzekri décide d’indemniser financièrement plus de 10.000 victimes et leurs familles, demande à l'État de présenter ses excuses aux victimes des violations des droits de l’homme et présente au Roi un rapport recommandant la révision de la Constitution, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice. Malheureusement ses recommandations sont restées lettre morte. Aujourd'hui le plus bel hommage que l'on puisse lui rendre et de mettre en oeuvre les préconisations de ce rapport.

Fin 2005, un sondage réalisé par un hebdomadaire marocain sur l’homme de l’année a donné en tête Driss Benzekri devant le roi Mohamed VI qui arrive en deuxième position. C’est dire combien feu Benzekri a marqué durablement les esprits et les coeurs de nos concitoyens .

Les auditions organisées par feu Benzekri m'ont profondément marqué et transformé. Rien en effet n'est plus poignant que de regarder les victimes du régime du roi réfunt raconter les blessures du cœur et du corps, avec ce sentiment douloureux de ne pouvoir rien faire pour soulager les souffrances du passé et ses cicatrices. Les écouter raconter le traumatisme sans pouvoir expliquer le pourquoi et le comment des atrocités. Ni pouvoir donner réponse à cette question pressante : Comment de telles exactions ont pu être possibles ? Comment c’était possible que si peu de gens aient réagi ?

Driss Benzekri, la cheville ouvrière de ce travail de mémoire et d'équité, faisait partie des victimes. Un homme, dont l’intégrité est reconnue par tous, qui a mis toute sa vie au service de autres hommes. Il a luté toute sa vie avec courage et abnégation. Il incarnait les plus belles des qualités humaines : un homme de dignité et de simplicité . Qu'il repose désormais en paix et qu'on se souvient de lui comme d'un des grands hommes de l'histoire du Maroc. Honneur à lui pour toujours!

NB: j'avais il y a quelques mois rédigé une biographie de Feu Benzekri sur Wikipedia. Vous pouvez l'enrichir ou créer une version anglaise.