A vrai dire j’avais complètement oublié d’y passer jusqu’à ce que quelqu’un me le rappelle. Alors soit allons-y quelques minutes. Ce qui est bien avec le stand du Maroc, c’est qu’on a toujours l’impression que rien n’y a changé et que c’est le même que celui de l’année dernière et l’année d’avant et donc deux minutes suffisent pour faire le tour. Une bonne partie est occupée par les livres de cuisine et une autre par les livres de témoignages et de récits des victimes des années de plomb. 90%, au bas mot, des livres ont été édités depuis au moins deux ans et le tout ne devrait pas dépasser 200 titres.

J’entends déjà les cris de protestation, c’est un salon tenu à Paris et il est normal que l’édition marocaine soit sous représentée, après tout le salon de Casablanca fût un énorme succès avec ses milliers de livres exposés. N’est que le stand du Maroc à Paris n’expose que les éditeurs marocains donc pas grand monde et pas grande chose. Allez chez le meilleur libraire de Casablanca, enlever les livres édités en France, en Egypte et au Liban, les programmes scolaires, les rééditions, les livres de religion et de théologie. Faites le compte et dites-moi combien il vous reste de rangées.

Ceci dit je ne suis pas rentré complétement bredouille. J’ai enfin su qui est ce bonhomme :

Pour la petite histoire, chaque édition du salon de Paris je croise cet homme au stand du Maroc. Walou y a pas une année où je ne l’ai pas croisé à la Porte de Versailles. Renseignement pris il s’agirait de Abdelkader Retnani patron de la maison d’édition Eddif. Je voulais lui dire que j’aime bien ce que fait Eddif, et que je me rappelle encore de « Ma vie, mon cri » un roman de Rachida Yakoubi que j’ai lu quand j’étais ados et qui m’a profondément marqué. Mais j’ai pas pu le lui dire, car comme chaque année il était occupé à papoter avec ses amis « babas cool » ignorant complétement les lecteurs.

Pour l’instant, revenons à nos beaux petits moutons. Je disais donc que le bilan de l’édition marocaine reste assez mitigé et indigne d’un pays comme le Maroc. Mais ça, on ne peut pas le reprocher aux éditeurs. Songez donc, amis lecteurs, qu’un livre vendu au Maroc à 1500 exemplaires est considéré comme un best-seller ! Que le tirage moyen ne dépasse pas 1500 à 2000 exemplaires par livre ! Comment voulez-vous avec ça rémunérer l’auteur, l’éditeur et le libraire et encourager d’autres à écrire et éditer ? Songez donc, amis lecteurs, que Doc Gynéco qui dédicaçait au salon vendrait peut être plus d’exemplaires de son torchon que tous les éditeurs marocains réunis ! Songez donc, amis lecteurs…

Allez, le coup de grâce : l’écrivain marocain Ahmed Bouzfour avait refusé le Grand Prix du Maroc du Livre 2002. Interrogé sur son refus, il a eu ces mots terribles : « Je ne peux accepter ce Prix récompensant un livre imprimé à 1.000 exemplaires dont n’ont été vendues que 500 copies dans un pays qui compte plus de 30 millions d’habitants ».