Lettre à Kareem

Vous avez commis l’irréparable en doutant de l’Islam et en critiquant votre gouvernement. S’en est trop pour Leurs Saintetés les Religieux de l’Azhar (mais a-t-on seulement le droit de les citer sans blasphémer). Et s’en est trop pour les généraux du régime (a-t-on seulement le droit, sans inciter au rébellion, de parler d’eux). Votre tort est d’avoir oublié que vous êtes né dans un mauvais endroit du monde, en Egypte. Votre tort est d’avoir oublié que là où vous êtes né vous n’avez pas droit à l’ouvrir, à dire ce que vous avez dans le ventre, ce que vous pensez et de débiter des conneries et des bêtises pourquoi pas après tout vous n’avez que 22 ans.

Vous êtes cerné de toute part et votre horizon est bouché comme celui des millions de jeunes des pays limitrophes. Vos dirigeants ont bradé les richesses de votre pays et l’ont conduit à la faillite économique, vous n’avez aucun espoir de compléter vos études et d’avoir un travail et un logement. Qu’à cela ne tienne, votre pays a refusé toute critique toute liberté de penser à vos grands parents, à vos parents et maintenant c’est votre tour : à vous même. Les généraux de votre pays ont emprisonné, torturé des générations entières pour étouffer toute contestation et toute forme d’opposition pacifique. Les religieux de votre pays les épaulent désormais pour dicter ce qui doit être pensé et ce qui ne le doit pas.

Vous voici donc décrit en monstre absolu, condamné à quatre ans de prison et touché en plein cœur. Vous n’avez que 22 ans et pourtant vous passez déjà par la case prison et interrogatoires et sûrement vous allez en sortir blessé et marqué à vie. Votre tort est d’être né dans un mauvais endroit du monde caractérisé par le déni de la pensée, la persécution, l’inhumanité et l’absence de liberté. Votre seul tort est d’avoir dénoncé et le régime autocrate et affairiste d’Hosni Moubarak et son alternative radicale et rétrograde des islamistes. Sans doute ceux qui se sont acharnés contre vous, religieux et dirigeants, entreront dans l’histoire par la porte de service. Et vous, à l’instar du héros du procès de Kafka, vous deviendriez peut être un symbole nécessaire. Telle est votre gloire.

Release Abdelkareem Soliman