Ségolène Royal a réussi un coup de maître : centrer le deuxième débat télévisé des prétendants socialistes autour de ses propositions et ses idées. Carte scolaire, jurys citoyens, encadrement militaire,… Tombant dans le piège, DSK et Fabius n’ont eu de choix que de contre-attaquer et de confirmer, maladroitement, qu’ils sont là plus en tant qu’outsiders que challengers.

Très fort en gueule comme en véhémence, Laurent Fabius est définitivement hors course si doute il y avait. Quand on veut faire du Mitterrand, il vaut mieux s’appeler François Mitterrand. Quand on prétend être le meilleur, il vaut mieux avoir quelque chose en stock à côte des « 100 euros tout de suite ». Quand on ignore et on passe outre le vote des militants à propos du traité constitutionnel européen vaut mieux ne pas avoir le culot de venir le solliciter pour l’investiture. Cela fait beaucoup et on se demande comment (ou pourquoi) il ne s’en est pas rendu compte plus tôt.

Dominique Strauss-Kahn a une « morphologie » politique qui ressemble d’avantage à celle d’un premier ministre qu’à celle d’un président de la république. Le débat de ce soir le confirme, DSK était cerné de toutes parts. Cerné, à sa gauche, par un Laurent Fabius très combatif et très endurant malgré vents et marrés. Cerné à sa droite par une Ségolène qui se veut pédagogue et ferme. Il ne lui restait plus que le ton professoral et la posture technocratique ce qui lui permettra certainement de progresser dans les sondages mais reste très insuffisant pour remonter la pente. Le professeur d’économie aurait dû miser sur le ticket : Royal-Présidente/DSK-Premier ministre. Il avait tout à y gagner !

Et que dire de Ségolène Sondage ! Le slogan « vos idées sont les miennes » tient lieu de programme, difficile de trouver une démarche plus simpliste (le mot est faible). « Les citoyens sont experts » voilà ce qui la dispensera de toute proposition programmatique. Les sondages disent qu’un tiers des Français contourne la carte scolaire ? Elle propose d’assouplir la carte scolaire peu importe si cela produit l’effet inverse en terme de mixité. Soixante pour cent des Français jugent leurs élus corrompus ? Pas de problème elle a aussi cela en stock : elle instaurera des jurys citoyens contrôlant les élus démarche qui rappelle, ô comble de l’absurde, la révolution culturelle de Mao en Chine. Madame Royal a trouvé l’ingénieuse astuce : commander des sondages « quali » et suivre l’air du temps. Pour l’instant elle n’est toujours pas enrhumée ! Mais n’ayons pas la cruauté de l’accabler, ses camarades du parti s’en chargeront.

Et maintenant ? Après les deux débats télévisés, faut-il vous confesser sans gêne et sans réserve ce qui suit : si j’étais militant socialiste je voterais pour la moins pire et je choisirais malgré tout Ségolène Royal. Si j’étais militant socialiste je ne donnerais pas un chèque en blanc mais j’exige un avenant : que la candidate applique en priorité le programme du PS et non celui de ses communicants qu’elle s’engage à ne plus courir derrière les sondages. Puis je prendrais sur moi-même et je voterais pour elle. Car il faut bien arriver à cette conclusion : Ségolène Royal est la seule capable de battre le démagogue de la droite française Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa. Et vaincre Sarkozy est la seule chose qui compte.