Les sondages se succèdent sans se démentir : le parti de la Justice et du développement devrait remporter haut la main les élections législatives marocaines de 2007.

Vous étiez quelque 357 internautes à prendre part au sondage réalisé sur ce blog et désigner le PJD (Islamiste dit modéré) comme grand vainqueur (48,74% des voix) loin devant l’USFP (gauche gouvernementale, 12,61%) et la GSU (extrême gauche, ex-aequo 12,61%). Le parti de l’Istiqlal (conservateur) n’arrive qu’en 6ème place (5,04%).
Ce sondage, faut-il le rappeler, n’a aucune valeur scientifique et ne reflète que l’opinion des lecteurs qui ont accepté d’y participer. Mais force est de constater qu’il rejoint les résultats de la seule étude sérieuse menée à ce jour celle de l’institut Républicain international (IRI) qui place le PJD en première place (47%) devant l’USFP (17 %) et l’Istiqlal (12 %).

» PJD: Parti de la Justice et du Développement 48,74%
» USFP : Union Socialiste des Forces Populaires 12,61%
» GSU : Gauche Socialiste Unifiée 12,61%
» PPS : Parti du Progrès et du Socialisme 5,88%
» ADL : L'Alliance des Libertés 5,88%
» PI : Parti de l'Istiqlal 5,04%
» UMP : Union des Mouvements Populaires 3,36%
» RNI : Rassemblement National des Indépendants 3,36%
» FFD : Front des Forces Démocratiques 1,68%
» UC/PND : Union Constitutionnelle/Parti National Démocrate 0,84%
nombre votants: 357
Abstention et enjeux du scrutin
Très peu de lecteurs se sont exprimés, si l’on compare le nombre d’impressions de page au nombre de votants, ce qui laisse présager une abstention très significative. Plusieurs facteurs expliquent cette indifférence. La décrédibilisation des partis politiques, l’absence de débat public et de propositions programmatiques et la balkanisation du paysage politique, font que le nombre d’indécis est manifestement très important. Les enjeux du scrutin ensuite : aujourd’hui il paraît clair que pour plusieurs citoyens le scrutin ne vaut pas la peine, la réalité du pouvoir étant exercée par le Roi et ses conseillers, rien ne sert de s’enthousiasmer pour des élections qui n’affecteraient en rien la marche du pays.

Le Vote PJD
Le vote PJD n’est pas, à priori, un vote d’adhésion, il a tout d’un vote contestataire alimenté par un profond malaise social. Seul grand parti d’opposition parlementaire, le PJD ne fait que récolter les voix des déçus de la politique de l’Etat sanctionnant ainsi les partis de l’actuelle coalition nonobstant leur part réelle dans les prises de décisions.
Mais il y a un autre aspect à considérer : lors des élections les plus récentes, nombre de pays musulmans ont connu des poussées fortes de partis islamistes. Cette dynamique a de belles années devant elle, dans un contexte international tendu et dans des pays où les prédicateurs religieux des chaînes satellitaires sont plus écoutés, plus crus et plus populaires que les intellectuels et les hommes politiques locaux et mènent de fait une campagne électorale permanente. La théologie, l’éducation religieuse de son prochain et l’injustice du nouvel ordre mondial comme programme politique, c’est limite insultant pour l’intelligence des électeurs mais électoralement parlant c’est de la « bonne guerre » et ça marche.

Le Cas GSU (Gauche Socialiste Unifiée)
Elle recueille, dans notre sondage, autant de voix que l’USFP. Les orphelins du parti socialiste marocain ont semble-il trouvé refuge au sein de l’extrême gauche. S’elle se débarrasse des idiologies du passé, s’ouvre encore plus sur la société et réussit sa transformation en parti de gouvernement, la GSU serait capable de jouer un rôle encore plus important dans la vie politique marocaine. Sa crédibilité n’est pas mise en doute mais sa capacité à innover, proposer et gouverner est encore à prouver.

Et maintenant
La grande inconnue du scrutin sera la réaction pré-électorale et post-électorale des pouvoirs publics. C’est un leurre de penser qu’un sacre du PJD passera comme une lettre à la poste. En 2002 déjà, le ministère de l’intérieur s’est met d’accord avec les dirigeants du parti islamiste pour ne pas présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. Il est fort probable que la même manœuvre serait tentée en 2007, certaines sources laissant entendre que le risque du discrédit du processus démocratique est supportable par rapport à celui de faire plonger le pays dans une crise politique majeure.

Par contre si le processus est respecté et va jusqu’au bout (ce qui est bien entendu souhaitable), aboutissant ainsi à une victoire annoncée du PJD, il appartiendra alors au corps électoral d’assumer son choix et ses conséquences. Une élection n’est pas un jeu, qu’on se le dise !