La synthèse du rapport "Cinquante ans de développement humain au Maroc et perspectives pour 2025" a été rendue public en Janvier dernier.

Un rapport de haute contenance:

Durant deux ans, plus de cent experts (universitaires, membres de la société civile, …) se sont penchés sur la question du développement humain « en tirant les leçons de l'expérience passée du pays et en indiquant des pistes de réflexion pour les deux décennies à venir. »

De très haute qualité, la synthèse du rapport fournit des repères qui permettent de savoir où en est le Maroc et met en relief des pistes pour construire un autre futur. Le très riche document intitulé « Atlas Graphique » est un excellent tableau de bord qui reprend point par point toutes les données statistiques et les informations qualitatives pour évaluer le chemin parcouru depuis l’Indépendance et apprécier les résultats obtenus.

Quelques leçons:

Il n’est évidemment pas possible de résumer en quelques lignes un travail aussi considérable.

Première leçon : Globalement le Maroc a fait son chemin mais il aurait pu faire mieux et plus vite. Dans l’éducation « Un effort important a été consenti» mais « un retard considérable a été pris en matière d'alphabétisation ». En matière de croissance « une série d'actions et de réformes dont été initiées pour l’accélérer » mais elle « tarde à porter ses fruits ». Concernant la santé publique « un progrès notables du système national de santé » a été consenti mais « l’accès aux soins demeure inéquitable et limité »… Les experts ont passé à la loupe tous les secteurs soulignant ce qui a été fait et ce qu’ont aurait pu faire avant de conclure par l’amer constat : « Il reste encore un long chemin à parcourir en matière de développement humain : le Maroc est aujourd'hui au 124e rang au classement de l'Indice de Développement Humain, alors qu'il est 108ème en termes de revenu par habitant. »

Deuxième leçon : Il existe des « nœuds du futur » bien identifiés. Si le Maroc ne dépasse pas ces handicaps « Ils compromettront, à coup sûr, le développement du pays ». Le rapport établit une longue liste de ces nœuds allant du Savoir (crise du système éducatif, analphabétisme, faiblesse de la recherche) jusqu’à la gouvernance (absence de l’implication directe des populations, projets mal planifiés, absence de la culture d’évaluation et de l’obligation de rendre compte).

Troisième Leçon : Le Maroc de 2025 peut sombrer dans un scénario régressif (crise sociale aggravée, dégradation des ressources naturelles et affaiblissement de l’économise) si aucun changement n’est opéré. Pour construire le Maroc souhaitable le rapport propose cinq grand paris (normalité politique et bonne gouvernance, économie et société du savoir, compétitivité, solidarité et enfin ouverture) et rassemble un certains nombres de préconisations et de recommandations.

Acteurs :

Pour les rédacteurs du rapport, le peuple marocain reste attaché à ses racines, riche de ses multiples confluents et globalement ouvert à son environnement. Une phrase a particulièrement retenu l’attention de votre serviteur tant elle est criante de vérité : « Beaucoup de Marocains cultivent un dualisme, voire une ambiguïté, alternant des valeurs, des attitudes et des comportements ultra conservateurs ou, au contraire, modernistes à l'excès, selon les moments et les milieux où ils agissent, et selon leurs intérêts. »

Le rapport, précisent ses rédacteurs, a délibérément évité de verser dans un discours programmatique « étant entendu que c’est aux acteurs politiques d’élaborer de tels programmes et d’en débattre légitimement ». Ils rajoutent « Les jeunes doivent s'affirmer en tant qu'acteur incontournable et en tant que cible prioritaire des politiques publiques». Dans son discours à la nation, le Souverain va dans le même sens en affirmant « Au nom des générations montantes Je dis : trêve d'égoïsme et d'introversion, halte au gaspillage de précieuses opportunités et à l'hémorragie des ressources englouties dans des combats de chimère ».

L'Esquive :

Après cette brève présentation, qui se voulait neutre, on s’autorise ici à faire un court commentaire. Reconnaissons tout d’abord qu’il s’agit là d’un travail de recherche, de réflexion et de vérité inédit dans l’histoire du Royaume. Et rendons hommage à tous les membres des comités et équipes du rapport.

Reste qu’on aura beau tourner dans tous les sens, le fait demeure : Beaucoup de jeunes et mois jeunes attendent dans l’antichambre qu’on leur donne l’occasion d’être utile à ce pays et qu’on construise le Maroc avec eux et non à leur place.

Ni le Souverain dans son discours, ni la commission d’experts dans son rapport, ni les dirigeants des partis politiques n’ont donné à ce jour ne serait-ce qu’un début de réponse. Ce n’est plus tenable.