Quelle n'a pas été ma surprise quand j'ai découvert, en lisant hier le Monde des livres, que le romancier français Michel Butor est toujours vivant. Je ne sais pas pour quelle raison je pensais que cet écrivain du mouvement littéraire « Le Nouveau Roman» est mort alors, qu’à 80 ans, il est toujours de notre monde.

Michel Butor est l’auteur entre autres de « L’Emploi du Temps ». Au départ ce roman était l’un de mes pires souvenirs des prépas (math spé) . Quand je l’ai relu quelques années plus tard il n'avait plus la même saveur : il m’a marqué.
Difficile à comprendre et à déchiffrer, « L’emploi du temps » raconte l’histoire de Jacques Revel qui part en stage pendant une année dans la ville de Bleston (une ville imaginaire). Peu à peu il en devient le prisonnier , elle devient une ville prison : « Le ciel est gris et la ville semble comme un lieu sans fin , où on est perdu, on se sent abandonné . Tout est monotone et triste. Si cette ville est tellement négative , pourquoi est-ce qu’on construit des villes pareilles ? ». Le roman s’articule en trois parties : Jacques Revel va jusqu’au rond point, Jacques Revel discute avec le patron du café du coin et, dernière partie, Jacques Revel rentre chez lui . Cette histoire est racontée en quelques 700 pages .

A Bleston, le narrateur est perdu dans un labyrinthe sans fin, impossible de sortir de la ville, il tourne en rond, il s’égare, il a peur, il est complètement désorienté : « Il ne sait pas où il se trouve et à qui et à quoi il peut se fier, parce qu’il n’ y a pas d’endroit particulier, pas d’élément remarquable, pas d’événement impressionnant qui puisse servir de repère. » Il veut faire la connaissance de la ville mais il n'y réussit jamais.

Michel Butor, qui a écrit plus de 1000 livres!, reste humble : « Voyant cette oeuvre débordante, les gens croient que ça vient tout seul. Au contraire ! Ecrire a toujours été un énorme effort. » . Il vit aujourd’hui « à l’écart » en Haute-Savoie où il se terre, sans se taire, dans le calme . Et il dit : « Raymond Roussel disait "Je saigne sur chaque phrase". Je pourrais en dire autant. J'espère seulement que ce sang sacrificiel sera bénéfique. ».