« J'aime bien ceux qui quittent le Maroc, et commencent à le critiquer de là bas...Et quand ils reviennent, ils disent y porter un "Regard croisé"...Avant, c'était surtout leurs bras qu'ils croisaient ! » Lu chez Selwa


J’avais 19 ans, quand je fus invité à débattre du rapport de la banque mondiale annonçant que le Maroc risque « une crise cardiaque ».

C’était en 1995, Elaine Wolfensohn voulait discuter du catastrophique rapport confectionné par son époux James (à l’époque Président de la Banque Mondiale). Après le déjeuner, elle m’avait gentiment grondé : « Mais enfin, si des gens comme toi ne s’intéressent pas à l’avenir de leur pays et de quoi il sera fait, qui va s'en préoccuper ?».
« Dis-lui de te laisser vivre en paix » me chouchouta, en Darija, le Gouverneur de Marrakech.

J’ai fait (partiellement) l’impasse sur les propos du gouverneur et je me suis appliqué à exaucer le vœu de Mme Wolfensohn. Prendre part à la chose publique. S’intéresser aux questions de développement, de la démocratie… Aider les faibles et tendre la main aux laissés-pour-compte. Espérer construire une vie et un avenir meilleurs. Rêver, avec bien d’autre, de changer le siècle marocain. Se dévouer à un idéal. Tout tenter pour faire naître l’espoir. Le virus de la politique m’est venu très jeune.

A quel moment me suis-je pris à douter de tout cela ? Aujourd'hui, avec le recul et les années, il m’arrive de m’interroger. Est-ce que cela avait un sens ? Est-ce que cela a encore un sens ? Pourquoi dix ans après, cette histoire à l’air d’en avoir cent ?

Et si, en me grondant ce jour-là, Madame Wolfensohn m'avait fait une farce …