Le juge Burgaud a failli faire une nouvelle victime. Mademoiselle est folle de rage because elle comprend pas pourquoi depuis plus de cinq heures je suis scotché devant mon poste télé entrain de suivre les travaux de la commission d’enquête sur l’affaire d’Outreau. Encore une qui va se dessaisir de mon dossier à cause de mon goût prononcé pour le politique et le judicaire. Je plaiderai coupable en appel.

Aujourd’hui c’était le grand oral de Fabrice Burgaud ex-juge d’instruction du procès d’Outreau. A cause de ses erreurs, sa jeunesse et son manque d’humanité et d’expérience, 14 innocents ont passé plusieurs mois en prison, en détention provisoire, pour la pure des accusations : pédophilie. Des familles ont été déchirées, des vies ont été brisées avant que la cour d’appel de Paris n’acquitte les concernés, le dossier étant complètement vide.

Depuis, la France doute dans son institution judicaire. Une commission d’enquête a été instaurée, et les « Représentants du peuple français » auditionnent depuis quelques semaines les principaux acteurs de ce désastre judicaire. Le but est de revoir la procédure pénale, s’interroger sur le rôle du parquet, du juge d’instruction, évaluer les dysfonctionnements, et légiférer pour éviter que cela se répète. Le juge Burgaud a été montré aux doigts par les acquittés. Il aurait instruit uniquement à charge, manqué d’humanité, ignoré le droit de défense et bafoué la présomption d’innocence. « Nous sommes les Représentants de la nation, nos libertés sont entre vos mains, vos réponses sont un peu courtes quand même » l’interpelle le rapporteur de la commission avant de le sommer d’être plus précis dans ses réponses.

La France n’a pas peur de douter dans l’une de ses institutions les plus anciennes. Elle se pose des questions, elle fait sa remise en cause, elle interpelle ses juges. Tout ça en direct sur les chaînes de télé. Vous me voyez venir, si je parle de ça c’est dans la perspective de faire un comparatif avec le Maroc.

Des scandales judiciaires, il y en a eu beaucoup au Maroc. Pourtant jamais aucune réflexion n’a été engagée sur le sujet. Plus loin encore, notre pays est désespérément engoncé dans ses certitudes, il brandit la sacralité à tout bout de champs au lieu de s’interroger et de se remettre en question. Le Maroc n’apprécie pas ceux qui doutent, ceux qui questionnent, ceux qui ont des idées qui sortent du moule habituel. Il ramène tout à la « haute trahison» là où il y a de simples opinions personnelles. Il cadre la pensée et définit son champ d’exercice. Le doute est interdit même en ce qui concerne les choix économiques et sociaux et les grandes orientations de l’Etat. Les citoyens sont priés d’approuver, applaudir et chanter le même chant. Suivre une certaine grille pour une certaine façon de penser. Le modèle modélisant.

Un pays qui ne doute pas, qui a peur du débat et qui aime une seule parole, celle de sa classe dirigeante, est un pays qui se condamne à la stagnation et à l’étroitesse.
Le doute, dans les institutions ou les grandes orientations de l’Etat, n’est pas un signe de faiblesse ni un échec encore moins une trahison. Il est une nécessité surtout dans un contexte de transition et d’apprentissage démocratiques. Il est tout simplement l’expression d’un espoir de changement et de progrès.